DERNIERES CHRONIQUES

         


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17 avril 2020

Chronique - Tome 1 de La Passe-miroir : Les fiancés de l'Hiver

Images tirées du site de Madmoizelle

DISCLAIMER

Cet article est une chronique, et pas une critique. L'une des choses qui m'a le plus dérangée avec le recul pris sur mon travail passé, est le sentiment d'avoir critiqué le travail des auteurs sans vraiment apporter d'éléments constructifs et sans véritable légitimité. Ecrire un livre est un exercice difficile, où l'on dépose tellement de soi. Les commentaires des lecteurs sont importants car l'auteur écrit pour eux et qu'il a besoin de connaître les faiblesses de son récit pour les retravailler. Cependant l'exercice du blogging est une activité spontanée, et invite donc à l'humilité. Je pense avoir toujours émis des avis dans la bienveillance au cours de mes chroniques passées, mais il m'est apparu important de clarifier ce point. Cette chronique sera donc simplement une présentation du travail de Christelle Dabos et des impressions qu'il m'a laissées dans les quelques jours qui ont suivi sa lecture.

8 juillet 2014

Salmacis : "Tout en toi m'attire, même des choses que tu ignores encore sur toi…"


Faustine et Sasha ont dix-sept ans. Ils sont jumeaux. Et sans famille… ou presque. Inscrits dans un pensionnat d’élite en pleine montagne par leur tante marginale, ils découvrent un monde de sélection et de compétition, aux règles impitoyables. Charmant et sociable, Sasha devient vite populaire, tandis que Faustine reste à l’écart. Jusqu’à ce qu’elle ait une révélation inattendue, lors du choix d’une option sportive : le corps à corps avec la pierre et les rochers, l’escalade, c’est là qu’elle retrouve la sensation de vivre. Surtout lorsqu’elle est couvée par le regard violet d’Andrea Salvaggi, le mystérieux assistant du professeur. Leur lien est plus puissant qu’un simple coup de foudre, ils sont encordés… vers quel sommet ?

En me tendant un exemplaire du livre, l’adorable Lebonbonaucassis (des blog Jeblo et De la plume à lune) m’avait prévenue : « Ce bouquin a reçu des avis tranchés. Soit tu l’aimes, soit tu le détestes ! Avec lui, pas de demi-mesure. » Sans aller jusque là, je sors assez déçue de cette lecture dont j’attendais beaucoup. 

Je vais commencer par vous donner un conseil : pour profiter de ce livre, surtout ne cherchez pas à connaître le mythe de Salmacis. Vraiment ! Férue de mythologie, je savais de quoi il s’agissait, ce qui a annihilé tout suspens… L’auteur mise beaucoup sur ce dernier et je suis donc passée à côté d’une grande partie du récit. Vous voilà prévenus ! 

Je ne sais trop par où commencer. Le style de l’auteur compte pour beaucoup lors d’une lecture, et Emmanuelle de Jesus a choisi pour les dialogues un registre oral qui ne s’embarrasse pas de convenances et qui correspond tout à fait aux âges et aux pensées des protagonistes. Sans faire de puritanisme, j’aurais préféré un langage un peu plus châtié lors des discussions entre les protagonistes : il n’y a évidemment pas d’injures ou de vulgarités (on est chez Hachette tout de même !) mais c’est tout de même familier sur les bords. Néanmoins, pour ce qui n'est pas du dialogue, l'aisance, la fluidité et les références culturelles de cette plume m’ont vraiment plu. 
Parlons à présent de Faustine, héroïne de Salmacis, Faustine, la jumelle de Sasha, Faustine, ce mélange de confiance et de fragilité tellement adolescente... J’ai commencé le livre en me disant qu’elle serait falotte, je le termine en pensant qu’en fait elle a du caractère ! C’est un personnage profondément réel, dans laquelle je me suis retrouvée parfois, vraiment intéressante, mais… je ne m’y suis pas attachée tant que ça. Oui, c'est dommage. Et c’est un peu ce qui s’est passé tout au long du livre : c’était bien mais ça ne m’a pas plu tant que ça. Je ne m’attarderai pas trop sur les personnages, parce que pour être honnête je ne sais pas trop quoi dire, si ce n’est que Faustine se jette vite dans les bras d’Andrea (ou l’inverse ?). Et que, curieusement, ce sont les personnages secondaires les plus intéressants. La grande majorité des protagonistes est nuancée, humaine, et j’ai vraiment retrouvé cette complexité dans les figures du professeur d’escalade ou de la petite amie de Sasha par exemple. 

Pour en revenir à Faustine, la jeune fille est assez subjuguée par le séduisant assistant du professeur pour s’inscrire au cours d’escalade, et c’est ma première déception : le sport est une activité noble puisqu’elle ne paye qu’après des efforts, des chutes et des découragements, et qu’il faut donc une forte dose d’abnégation et de persévérance pour continuer malgré les défaites. Je m’attendais à un parallèle entre l’amour de Faustine pour Andrea et l’escalade, avec des hésitations, de franches avancées, des chutes même, ça aurait été vraiment intéressant. Ou alors c’est moi qui pousse un peu trop loin ? Qui suis trop idéaliste dans ma vision du sport ? Quoi qu’il en soit, Faustine se découvre un talent pour la grimpette et voit à peine passer les difficultés. Bon. Après tout, cette jeune fille manque de confiance en elle et si ces succès lui permettent d’en gagner un peu, c’est cohérent avec le livre, mais j’aurais préféré voir de la progression plutôt que du « tout cuit ». Néanmoins, on assiste à l’ « éclosion » de cette jeune fille effacée qui va faire preuve d’un vrai caractère doublé d’une répartie parfois incisive, en se détachant de son frère jumeau Sasha. Ce changement progressif et très bien raconté est un point fort du roman, même si c’est triste quand on y pense… Malgré ça, cette gémellité fusionnelle voire toxique est vraiment intéressante car c’est assez peu traité dans la littérature jeunesse. On en vient à la carte « famille » : le couple des parents des jumeaux avait l’air incroyable, j’aurais aimé en savoir plus sur eux. L’auteur aborde tout de même ces sujets par le biais de la tante des jumeaux, et j’espère que les parents seront plus évoqués dans les tomes suivants. 
Toujours dans la même veine, on en vient au secret d’Andrea (que je ne dévoilerai pas !). Je suis assez mitigée concernant sa famille : d’un côté elle est unique, intéressante mais chargée d’un lourd fardeau, et de l’autre elle m’a immédiatement rappelé les Cullen, ces vampires « végétariens » sortis de la saga Twilight. J’avoue avoir eu ma période, mais aujourd’hui ce livre ne me plaît plus, d’où cette déception modérée en les « retrouvant ».

Enfin, l’histoire en elle-même est très originale et c’est bien la première fois qu’elle se retrouve sur les rayons jeunesses. Le cadre du récit est lui aussi magnifique avec ce pensionnat au cœur des montagnes, les évènements sont bien amenés malgré certaines parties assez rapides, on retrouve diverses péripéties, les personnages sont variés et tout en nuances, et l’histoire d’amour juste assez impossible saura toucher les cœurs. En fait, ce livre a beaucoup de choses pour lui. Je m’en rend compte en relisant cette chronique : dans ce cas, d’où vient cette déception au sortir de ma lecture ? J’ai terminé ce bouquin en diagonale, déjà parce que nous n’avons le fin mot de l’histoire que dans les dernières pages et que je le connaissais en ouvrant le livre, mais aussi parce que je n’ai pas été si émue par la relation amoureuse entre Andrea et Faustine.

Pour conclure, je dirais que Salmacis a de très bonnes idées, pleines de potentiel, mais qu’elles n’ont pas assez été exploitées, et la romance est tendre mais prévisible. J’espère que les tomes suivants creuseront un peu plus et sauront me toucher !

J’espère n’avoir pas sapé votre désir immodéré de lire ce livre. Le dernier-né de la collection Black Moon a suscité des chroniques dithyrambiques et a conquis les cœurs de centaines de lecteurs, sans parler des éditeurs eux-même ! Ecrire un roman relève de la confiance entre l’auteur et le lecteur, et même s’il ne m’a pas plu au-delà de mes attentes, c'est du beau boulot et il ne me viendrait pas à l’esprit de critiquer le travail de l’auteur ! Félicitations à Emmanuelle de Jesus qui mérite vraiment sa place au sein de la collection Black Moon. 

                                                                                   



L’Élue est le premier tome de la saga Salmacis, écrite par Emmanuelle de Jesus, lauréate du tremplin Black Moon 2014, et parue dans la collection Black Moon aux éditions Hachette Jeunesse le 30 Avril 2014. Il fait 396 pages, coûte 16 € et peut être lu à partir de 13 ans selon Hachette.

20 février 2014

Sujet : Tragédie - "Il est parfois difficile – voire impossible – de connaître la portée d’un choix avant que tout soit terminé"

Merci aux éditions Gallimard Jeunesse, qui ont accepté de m’envoyer les épreuves de « Sujet : Tragédie », le premier roman jeunesse de l’américaine Elizabeth LaBan. Mention spéciale pour la couverture, vraiment superbe et très représentative du livre : la blancheur de la neige, la silhouette qui court, ses teintes bleutées et ses moindres détails rappellent tous un élément du récit. Seule la phrase d’accroche me paraît sans rapport avec l’intrigue, mais elle est efficace et remplit bien sa fonction. Sans l’avoir ouvert, c’est la couverture qui m’a fait choisir ce roman parmi tous ceux du catalogue Janvier/Février, et je ressors assez satisfaite de cette lecture. 


« Cher Duncan, 
Quand j’ai appris que tu allais me remplacer, je n’y ai pas cru, à dire vrai. Peut-être devines-tu ce que je m’apprête à te révéler, mais je le ferai quand même. Il est important que tu saches pourquoi et comment les choses se sont passées. Il faut que quelqu’un sache – quelqu’un susceptible de se servir de mon expérience pour ne pas refaire les mêmes erreurs que les miennes. Sans doute. Je ne sais pas. En fait, je t’offre le meilleur des cadeaux, le meilleur des trésors dont tu puisses rêver. Je te donne la matière de ta disserte sur la tragédie. 
Amicalement, 
Tim »

Tim, c’est cet adolescent seul qui se cache des autres  à cause de son albinisme : admis au pensionnat Irving à New York, il doit passer par la case « aéroport », où il fait une rencontre décisive. Nouvelle. Une rencontre qui tient en un mot : Vanessa. De long cheveux blonds. Des tenues colorées. Un curieux mélange d’innocence et de séduction, qui ne m’a pas vraiment plu. Mais c’est très subjectif cette affinité qu’on crée avec les personnages, et je regrette de ne pas m’être mieux entendue avec ceux côtoyés pendant quatre heures ! Tim s’écrase tellement parfois devant des brutes qui, elles, savent exactement ce qu’elles font ! C’est agaçant et ça me fait de la peine pour lui. Mais une chose est sûre, ce livre est plutôt réaliste et dépeint parfaitement l’ambiance d’un lycée privé, avec ses traditions insolites, ses élèves et ses professeurs tellement proches de ceux qu’on croise tous les jours (tiens, à propos, les professeurs m'ont assez plu. Ils sont franchement originaux, et l'auteur a de bonnes idées les concernant) ! 
Ce "plutôt" que j'ai ajouté après-coup est dû à deux-trois situations complètement surréalistes. C'était franchement surprenant, trop rapide, trop irréel. Presque magique pour certaines. Un peu de poussière brillante qui se dépose sur l'encre de l'auteur. Une tempête de neige, des vols annulés, une réservation expresse, et du moka maison. Enfin, du moka "hôtel". Je me comprends ! 

L’intrigue est très bien menée et j’ai apprécié cette confrontation entre les intrigues, ces récits enchâssés qui se recoupent entre eux. C’est brillant de la part de l’auteur et je n'ai pas compris tout de suite ce parallèle avec la dissertation sur la tragédie que doivent rendre les terminales.

Un autre point positif repose sur l’idée originale d’utiliser des CDs pour transmettre l’histoire. Duncan, qui hérite de la chambre de Tim, reçoit également une pile de CDs qui retracent la dernière année du garçon. Ils les écoutent, un par un, sans pouvoir s'arrêter, sans vouloir s'arrêter. Et par allusions fines, Elizabeth LaBan nous emmène vers un évènement connu de tous les élèves et dont personne ne parle. Je vous laisse imaginer le suspens et l'attente qui se répand peu à peu dans notre esprit. Que. s'est-il. passé ? L'extrait reprit un peu plus haut donne le ton : nous lecteurs, un peu en-dehors du coup, sommes plongés au coeur de cet évènement dramatique qui s'est produit. Alors que Duncan et Tim en reparlent avec difficulté, nous le découvrons. Et l'auteur arrive bien à gérer ça, si bien qu'on a parfois l'impression que Tim s'adresse directement à nous.

Je ne me suis pas sentie très bien en lisant ce livre. Ce n'est pas un bouquin que l'on prend après une journée fatigante, c'est assez mastoc et plutôt prenant. Et c'est assez sombre dans l'ensemble, "un ténébreux orage / traversé çà et là par de brillants soleils" comme dirait Baudelaire. C'est très dur parfois, les personnages et les actions ne sont pas toujours reluisants : de la violence, de l'intimidation, de l'alcool qui circule... des tragédies. Il y a aussi des amours naissantes, mais je ne conseille pas ce livre pour se changer les idées. Et le comparer à "Nos étoiles contraires" de John Green me paraît un peu excessif, même si pour un premier roman, Elizabeth LaBan a su faire preuve d'originalité.
                                 

Ce livre est paru sous le titre original "The Tragedy Paper" le 1er Janvier 2013 aux éditions Knopf Books for Young Readers, et fait 312 pages en anglais. 
Il est sorti le 20 Février 2014 (aujourd'hui !) aux éditions Gallimard Jeunesse et fait 315 pages en français. Il a été traduit de l'anglais par Catherine Gibert. 

     

Elizabeth Laban a travaillé à NBC News, enseigné dans un collège communautaire, et écrit pour de nombreux journaux et magazines. "Sujet : Tragédie" est son premier roman pour la jeunesse. Elle vit à Philadelphie avec sa famille.

Le miroir brisé - "Un éclair de lumière jaillit en haut du tas d'immondices..."

Claire, une jeune fille solitaire et souvent livrée à elle-même, se glisse un jour dans une décharge laissées à l'abandon au fond de son jardin. Soudain, au milieu de toutes sortes de vieux objets hétéroclites, un vif éclat de lumière l'éblouit. Il provient d'un miroir brisé en forme d'étoile irrégulière. Le miroir est magique et le monde qu'il reflète tellement plus beau que celui dans lequel elle vit. Et si les rêves avaient le pouvoir de changer le monde ?


Merci aux éditions Gallimard Jeunesse pour cette découverte, malgré une lecture assez décevante.

A huit ans, Claire découvre un fragment de miroir sur une pile de déchets près de chez elle. L’enfant se rend vite compte que le miroir reflète une réalité onirique bien différente de ce qu’elle connaît: la grisaille du ciel se teinte de bleu vif, sa maison banale se transforme en château biscornu orné de coquillages, son tigre en peluche devient un fauve ronronnant, des dragons colorés se cachent derrière les cheminées des immeubles et son quotidien morose est complètement transformé. 
Les années passent et les images émanant du miroir changent, très lentement, presqu’imperceptibles. Pour Claire, c’est le temps de l’adolescence, des désillusions et des injustices. Et le lecteur se rend compte que ce fragment de verre reflète un monde rêvé par la jeune Claire : celle-ci pose désormais un regard nostalgique sur son miroir –son enfance, ou son imaginaire– et commence à grandir avec difficulté. Elle se heurte à beaucoup d’écueils, fait des rencontres et vit des séparations, découvre progressivement un monde parfois froid et injuste, tandis que de l’autre côté du miroir, les choses sont plus heureuses. Mais les regarder ne la satisfait pas vraiment, puisque ces belles visions sont des aperçus inaccessibles, et bien frustrantes. Et plus elle grandit, plus les reflets deviennent fugitifs. 

Je n'ai pas tellement apprécié le livre, qui me paraissait pourtant intéressant. On fait la connaissance de Claire, une jeune fille effacée et mal dans sa peau, qui a du mal à grandir et à trouver une place. C'est un personnage auquel je ne me suis pas attachée : même si Jonathan Coe se glisse avec réalisme dans la tête de la jeune fille - avec toutes les pensées qu'elle a aux différentes périodes de sa vie - j'ai trouvé la narration impersonnelle, presque froide. Pourtant, les descriptions du monde fantastique projeté par le miroir était superbes, pleines de couleurs et de sensations, et respectait une sorte d'harmonie dans les sons et la longueur des phrases. Ces passages sont vraiment agréables à lire, et le vocabulaire riche de l'auteur est un vrai bonheur pour le lecteur.

Ce monde chamarré et merveilleux nous est aussi représenté sous la forme de montages photo qui émaillent les pages : l'art est quelque chose de subjectif mais je dois dire que je n'ai pas aimé ces illustrations, assez particulières et trop chargées à mon goût. L'illustratrice mélange peinture, collage et photo dans ses images et le résultat m'a paru vraiment étonnant. Cette image en-dessous est un exemple de son travail, qui n'appartient pas au livre. 


Enfin, j'ai eu l'impression tout au long du livre de lire des ébauches d'histoire, comme si l'auteur ne terminait pas ces idées qu'il lance. C'est assez déroutant, et j'ai terminé cette lecture presque par principe. La scène finale a conforté mes doutes, et j'ai été très déçue par la façon brusque dont on quitte le livre. 

Il est très possible que je n'ai pas compris le message du "Miroir Brisé", d'autant que Jonathan Coe qualifie son livre de "politique (... sous) la forme d'un conte de fées. Il est intéressant mais ne m'a vraiment pas convaincue.

                                                       

Ce livre est paru sous le titre "Lo specchio dei desideri" ("Le miroir des désirs") en Septembre 2012 aux éditions Giangiacomo Feltrinelli Editore à Milan en Italie. Il a été écrit par Jonathan Coe et été illustré par Chiara Coccorese. 
Il a été traduit par Josée Kamoun et publié en France aux éditions Gallimard Jeunesse le 13 Février 2014. Il compte 112 pages et coûte 12, 50 euros.


Jonathan Coe est né en 1961 a Birmingham. Après des études à Trinity College (Cambridge) et un doctorat à l'université de Warwick, il devient professeur de littérature. Son roman Testament à l'anglaise le propulse sur la scène internationale. En 1998, Jonathan Coe reçoit le prix Médicis étranger pour La maison du sommeil. Le miroir brisé est son premier ouvrage pour la jeunesse. C'est, confesse-t-il, "l'un de mes livres les plus politiques même si je lui ai donné la forme d'un conte de fées."

10 novembre 2013

Black Out


Lac Gunflint, Minnesota, juin 1977. 
L’histoire en mots. 
« Les loups sont lancés à sa poursuite, galopant à travers la neige baignée par la lune, avec leur langue rouge pendante et leurs crocs blancs étincelants...» 
Ben Wilson, sourd de naissance d’une oreille, fait chaque nuit le même cauchemar… 
Mais pourquoi ces bêtes le traquent-elles ainsi ? 

Hoboken, New Jersey, octobre 1927. 
L’histoire en images. 
Rose, une fillette sourde-muette, est seule dans sa chambre. 
Ses parents lui interdisent de sortir à cause de son handicap. 
Rose contemple New York, et découpe des photos retraçant la carrière d'une star dans un magazine…

Ben vient de perdre sa mère, il est recueilli par son oncle et sa tante. 
Le garçon n’a jamais connu son père, il ignore tout de lui. 

Rose s’enfuit de chez elle et se rend à New York. Cachée derrière un paravent,
elle regarde cette actrice qu'elle admire tant...   

Ben découvre, une nuit, par temps d’orage, dans la maison de sa défunte mère, caché dans un placard, un livre sur les musées avec une dédicace : « Pour Danny, de tout mon coeur, M ». Et sur un marque page un numéro et une adresse à New York. Et si ce Danny était son père ? Il décide d’en avoir le coeur net, et saisit le téléphone… Mais, au moment où il colle son oreille sur le combiné, il est frappé par la foudre...

(Résumé tiré du site Babelio)


"Nous sommes tous au fond du trou, mais certains regardent les étoiles."
Black Out est un roman graphique réalisé par Brian Selznick, l'auteur de L'invention d'Hugo Cabret (le livre a d'ailleurs été adapté au cinéma par le réalisateur Martin Scorcese). Et dès les premières pages, on sait que les magiciens existent. Qu'ils savent nous toucher aussi bien avec leurs mots qu'avec leurs esquisses -fussent-elles en noir et blanc. 

Parce que la plume de Brian Selznick est belle et pleine de tendresse, emplie d'un brin de nostalgie et de tant d'authenticité. 
Parce que son crayon est empreint de finesse et révèle un talent immense : il confère aux dessins une vie palpable : un simple jeu de lumière fait pétiller les yeux inanimés des personnages, leur donne un air désespéré ou un sourire rayonnant, nous emmène dans les sombres ruelles new-yorkaises ou dans la salle de cinéma muet d'une petite bourgade américaine. 

L'histoire est faite de fils de vies entremêlés qui se croisent et de personnages qui se rencontrent, sans que nous connaissions les liens qui les unissent. Mais Selznick ménage le suspens jusqu'aux dénouements époustouflants. Des dénouements, et non pas un seul tomber final de rideau. Des chutes surprenantes et inattendues : un peu comme dans les Agatha Christie, où l'on pressent quelque chose sans toujours arriver à mettre le doigt dessus, et ce désir de connaître enfin la solution nous fait dévorer Black Out d'une traite.

En effet, et malgré ses apparences de pavé, surtout ne reposez pas ce bouquin. 
Vraiment. 
Vous passeriez à côté d'un livre exceptionnel, un de ceux qui vous immergent dans l'histoire et dont vous ressortez différent. Les dessins de Selznick prennent aussi une place importante, et tant mieux ! Car ils sont magnifiques : mon seul regret est qu'ils soient parfois imprimés sur deux pages, et donc pliés au centre. Malgré ça, ils nous invitent à nous pencher sur la finesse de leurs traits en regardant les formes qui naissent du graphite. Des lieux. Des visages. Ceux des personnages. Parmi eux... Rose et Ben. Deux enfants sourds et solitaires. Deux enfants débrouillards et courageux, qui malgré leur jeune âge et leur surdité, prennent leur valise et leur courage à deux mains, et affrontent la trop Grande Pomme pour retrouver ce qui leur est cher. 
On se sent assez proche d'eux. Parce que pendant toute notre lecture, on est avec eux. On en sait aussi peu qu'eux, alors on les suit, on déambule, on se perd, on rencontre et on découvre. Avec plaisir. Avec émotion. Avec bonheur. Avec eux.
Si ma chronique est très décousue, Black Out lui garde un fil conducteur et une trame pleine de réflexion et d'émotion.
Alors si vous voyez sa couverture bleu nuit se détacher sur le présentoir d'une bibliothèque ou d'une librairie... foncez ! 


Black Out (titre original : Wonderstruck), écrit par Brian Selznick (traduction faite par Danièle Laruelle), et publié en Mars 2012 aux éditions Bayard Jeunesse. 16 euros 90.


31 mai 2013

Tu seras partout chez toi


Lu en partenariat avec les éditions Sarbacane


Avec sa petite valise en carton, l'amour de ses parents et la présence de ses amis, Sény veut bien affronter les monstres les plus terribles et les créatures les plus affreuses. Mais personne ne l'a préparé à ce départ brusque par avion au pays des Hommes Pressés. "Ai-je fait une bêtise ?" demande le petit garçon en larmes. Il ne comprend pas ce regard dur de sa mère et cet éloignement soudain chez des parents éloignés qu'il n'a jamais vus : Tonton Chu-Jung, un oncle incompréhensif et cruel, Tata Belladone, sa femme, une tante transparente, et un cousin qui ne parle pas. 
"Face à une telle erreur et une telle solitude, pense Sény, il va falloir que je me débrouille tout seul." Aussi enchaîne-t-il bêtise sur bêtise, des plus classiques comme le coup de la punaise sur la chaise, aux plus surprenantes, telles que son incompréhension subite de la langue française. 
Mais il n'y a rien faire, même avec ses idioties à scotcher le plus terrible des garnements, Sény n'est pas renvoyé chez lui. Il va donc demander l'aide de Brindille, une petite fille discrète dont on murmure que le père est passeur. 
Alors un matin, déguisé en homme d'affaire et sa valisette dans la main, il échappe à la vigilance de son oncle et arrive devant la tombe d'une piratesse qui terrifiait les mers. 
C'est le début d'une épopée fantastique : un bateau inquiétant dans un coin de mer, un arbre géant sur lequel s'est posé un lac, et dans lequel Sény retrouve ses amis restés en Afrique : Adar, Soundjata, Delihah, et Yulia, dont il est amoureux. Ceux-ci lui apprennent que des soldats ont pénétré le village, et qu'ils ont tués les parents ; Quant à eux, les enfants, ils sont morts en tombant dans un puits (j'ai eu le coeur serré, j'ai été choquée, en apprenant ces deux drames. Ils nous tombent dessus, d'un coup).  On apprend ainsi la cause du départ de Sény, de son déracinement. Celui-ci découvre également Pacha Maman, qui lui confie la lourde charge de retrouver pour les lui ramener les Quatre merveilles dérobées par quatre créatures fantastiques. 
A la frontière entre le réel et l'imaginaire, où se trouve la vérité ?  


Je remercie les éditions Sarbacane pour l'envoi de ce livre.
L'histoire est surprenante. On est vite étonné par ce petit homme aux réflexions de philosophes. Mais en même temps, il joue avec les autres enfants, se roule par terre et invente des histoires. Il est aussi profondément amoureux de Yulia, sa Yulia ; mais du jour au lendemain, il se retrouve seul et démuni dans un monde qui lui est inconnu. 
Après les larmes et l'incompréhension de ce déracinement forcé, il se ressaisit et tente par tous les moyens de rentrer chez lui. On suit les péripéties de Sény, ses bêtises, tout cela passe rapidement et n'est pas forcément approfondi à mon avis. Quoique... Insa Sané se glisse dans la peau d'un enfant de neuf ans, ce qu'il réussit plus ou moins bien. 
Un matin, Sény fugue. Il croit qu'une moustache dessinée au stylo et qu'une mallette d'homme d'affaires - ou d'Homme Pressé, comme vous préférez - fera de lui un homme, mais il est vite rattrapé par la réalité et se rend compte que l'habit ne fait pas le moine. 
Puis il tombe d'un arbre devant le caveau de la piratesse, et s'enfonce dans la Terre en perdant une chaussure. Brindille est avec lui, apeurée : c'est alors que Sény va faire preuve de bravoure. Il la réconforte, prend des décisions, se ressaisit vite (et fait par contre des choses dangereuses, telles que nager dans un courant fort et dangereux pour récupérer sa valise). Les deux enfants sont amenés par un immense navire noir par la piratesse, jusqu'au temple où lévite Pacha Mama, une sorcière qui va lui confier une mission.  Dans un univers fantastique et inconnu, lui, Sény, neuf ans seulement, parviendra-t-il à reprendre les Quatre merveilles ? Et ensuite, qu'adviendra-t-il de Brindille et de lui ? 
Insa Sané écrit ici un roman peuplé de magie et de personnages fantastiques tirés de contes, de légendes, de mythologie. 
La frontière entre le monde réel et l'Imaginaire est gommée, et cela contribue à donner au roman quelque chose de surprenant qui m'a déroutée. Je n'ai pas vraiment aimé ce livre.

Tu seras partout chez toi, Insa Sané, Editions Sarbacane, 213 pages, collection Exprim'.


 On n’aura jamais à se dire adieu. TOI ? Ne te retourne pas. JAMAIS ! Va de l’avant. TOUJOURS ! Tant pis pour les larmes. Tant pis pour nous. Tant pis pour les espoirs fous d’un « il était une fois » qui nous aura laissé sur le bas-côté. Tu m’aimeras plus loin. Je t’aimerai ailleurs. Ensemble, on tournera la page du plus beau des romans – sans tristesse ni rancœur. Demain sera heureux. Promis ! Juré ! Juré ! Craché ! En vérité, l’éternité est aussi éphémère qu’un « Je t’aime » suspendu entre la vie et la mort. »

16 mai 2013

Tobie Lolness tomes 1 et 2 - Semaine Timothée de Fombelle




Pour lire un extrait du tome 1, cliquez sur la couverture correspondante !


Tobie n'est pas très grand pour son âge, il ne mesure qu'un millimètre et demi, mais c'est un garçon plein de ressources. Sa mère, la douce Maïa, lui a donné le goût des mots et son père, le grand savant Sim Lolness, sa vivacité d'esprit.

Ils vivent dans l'Arbre.
Quand les Lolness doivent quitter le confort et la luminosité des cimes de l'Arbre, Tobie s'adapte vite à sa nouvelle vie dans le territoire sauvage et sombre des Basses Branches.
S'il préfère vivre entouré d'amis comme Léo Blue, son ami
d'enfance, Elisha, la belle et farouche élue de son cœur, ou les Seldor, une joyeuse famille de musiciens, il sait dompter la solitude quand elle s'impose, grâce à la lecture – il a dévoré tous les écrits scientifiques de son père – et au dessin.
C'est un garçon réfléchi. Il pèse toujours soigneusement le pour et le contre avant de se lancer, mais se montre bien plus efficace et perspicace le ventre plein! Rien de tel qu'un peu d'eau chaude avec du miel et des petits gâteaux ou des crêpes bien moelleuses pour le bon fonctionnement de ses méninges. Son grand cœur lui gagne l'amitié de tous, enfin, de ceux qui ne sont pas à ses trousses pour le capturer... Heureusement, c'est un véritable feu follet et il est bien plus malin que ses poursuivants. Ses dons d'acrobate et d'imitateur le tireront d'affaires à maintes reprises. Têtu, coriace et volontaire, il est prêt à tout pour sauver ses parents. Et pour les beaux yeux d'Elisha...
 Ce roman est vraiment génial. Il est prenant et on n'a pas envie de le lâcher.



L'histoire est originale et surtout, bien écrite. Parce que ce n'est pas le seul roman où le héros mesure 1 millimètre mais c'est un roman très bien écrit ce qui fait que l'histoire devient très vite originale (comme je l'ai dit juste avant) et intéressante.
L'idée de l'Arbre est tout simplement superbe. Les Basses Branches et tout.
Je me suis vite attachée à Tobie et aux autres personnages. Ils sont bien "explorés" et chacun ont leur personnalité.
Tobie a une belle quête à accomplir, les lecteurs ont une belle lecture entre leurs mains.
J'ai lu les deux tomes de Tobie Lolness il y a longtemps donc l'histoire ne me reste pas vraiment en mémoire mais j'avais littéralement adoré et terminé les deux livres assez rapidement.
Timothée de Fombelle manie bien ses mots et son histoire prend forme. Son histoire qui se lit très bien.
En bref, j'ai adoré ce roman. Beau, prenant, original, attachant. Je vous le conseille !



Tobie et sa famille appartiennent au peuple de l'arbre qui réside dans un vénérable chêne, ruche de vie. Le jeune héros mesure quelques millimètres, ce qui lui rend la vie bien difficile. Le père de Tobie, grand savant, refuse de révéler sa dernière découverte scientifique qui pourrait bouleverser non seulement leur vie à tous mais aussi les projets de certains membres du Grand Conseil... Ce refus va entraîner la famille de Tobie dans la déchéance. Emprisonné, le jeune héros va se retrouver propulsé seul dans de terribles aventures...


On a tous un livre, ou une saga ou encore la bibliographie d’un auteur qui nous procure beaucoup d’émotions, beaucoup de plaisir, parfois plus que n’importe quelle autre lecture. Si je devais n’en citer qu’un, en trichant un peu, il s’agirait de l’intégrale Tobie Lolness dont l’auteur est le fabuleux Timothée de Fombelle.
                Mon histoire avec ce livre commence si je ne me trompe pas en 2007, l’année où le premier tome, La vie suspendue¸ est paru. C’était une année où j’allais encore à la bibliothèque. Comme toujours, avant toute chose j’ai jeté un œil au présentoir circulaire où se trouvaient les dernières nouveautés. Ai-je inventé ce souvenir ? En tout cas c’est sans doute là que je l’ai découvert puisque j’ai dans la tête le souvenir de la couverture –si belle et pétillante- réalisée par François Place. En tout cas, oui, c’est sans doute ce bel objet qui a d’abord attiré mon regard d’enfant de 10 ans. Même pas.
                Là se situe le commencement de tout ce qui suivit. J’ose exagérer un peu parce quand même, c’est une véritable aventure que j’ai vécue ensuite non … ? Je me souviens en avril avoir commandé avec fébrilité le second tome –Les yeux d’Elisha. Parce que si vous vous lancez dans ce dyptique -et vous le ferez, je l’espère !- ne vous arrêtez pas à acheter uniquement le premier tome ! Car celui-ci vous charmera et la fin vous laissera pantois, dans l’attente de la suite !
                Après je me souviens ma joie de découvrir un roman de Timothée de Fombelle dans le Je Bouquine, je ne me souviens que par bribes ou par photo de mes deux premières rencontres avec lui en 2008 et 2009 au salon du livre de Montreuil et de nos premiers échanges par mail. Et l’année 2010 est un point phare dans cette histoire ! Une grande excitation à la sortie de Vango, et la création du blog début juin.

                Ma passion a commencé avec Tobie et a décuplé au fil de ces 6 … 7 années ! J’avais ainsi pour projet de relire ces deux ouvrages depuis quelques mois et lorsque j’ai enfin craqué (en partie grâce à Tom ! …) pour l’intégrale, j’ai été happé aussitôt par les mots de Timothée de Fombelle.

                Il y a une question que je n’ai cessé de remuer. Celle importante que les lecteurs de cet auteur donnent des réponses différentes : préférez-vous Tobie Lolness ou Vango ?
                Je me disais je préfère ce premier … mais j’ai pourtant adoré ce dernier qui est unique. Il a suffi de cette relecture pour avoir ma réponse.

                Dès les premières pages, qui sont à elles seules d’une douce poésie et d’une intensité qui m’a volé mon cœur, je me suis retrouvé enraciné dans la fabuleuse histoire de Tobie. Dès les premières pages j’ai ressenti de vives émotions. Dès les premières pages j’ai littéralement replongé 7 ans en arrière. Je n’ai lu en tout cette saga que ( ?) 3 ou 4 fois et comme cela faisait maintenant un petit bout de temps que cela n’avait pas été le cas j’avais oublié beaucoup de détails. Les souvenirs se sont mis à affluer alors que je lisais les chapitres. Les souvenirs et les sentiments. Comment vous faire passer ici, comment vous expliquer ce que j’ai alors ressenti ? C’était mordre à pleine dents dans une poignée de framboises dans le jardin de son arrière-grand-mère. C’était la vue sur les montagnes pendant les vacances d’hiver comme chaque année depuis dix ans. C’était l’odeur et le goût que prend le chocolat dans les placards de sa grand-mère, la vue des cadeaux sous le sapin, le contact du pelage d’un chat, les matins de son enfance où on se lève alors que tout le monde dort et que le salon, juste éclairé par la lumière à travers la fenêtre de la porte d’entrée est d’une délicieuse paix. Oui c’était replonger dans des souvenirs et des impressions qui n’appartiennent qu’à chacun lorsqu’on retrouve La lecture de son enfance.
                Mieux encore. Je veux bien avouer que, parfois, à cause de toutes ces lectures qui doivent se succéder, le nombre de pages tournées pendant ma lecture est assez … obnubilant. Je guette veille surveille. Alors que là, celles-ci défilaient vraiment sans que je m’en aperçoive. Je pèse mes mots car ils ne sont que la stricte vérité car je les tournais instinctivement et je me retrouvais à avancer plus vite que je ne l’aurais cru ma lecture tant l’alchimie était prodigieusement puissante.
               
                Il faut dire que l’histoire en elle-même, d’abord, est unique. Un décor naturel que nous côtoyons quotidiennement, un brin de fantastique en y intégrant la vie et l’humanité en modèle réduit, et un personnage en fuite.
                L’univers de l’arbre est tout ce qu’il y a de plus crédible, et de plus réel puisqu’il s’agit d’un chêne. Mais en y ajoutant un peuple lilliputien, Timothée de Fombelle le revisite de façon unique, originale. Maisons creusées dans l’écorce, forêts de lichen, feuilles mortes et bourgeons, insectes qui sont des véritables monstres, boule de gui reconvertie en prison, toile d’araignée qui fait des prisonniers. Tant d’éléments banals qui deviennent des décors d’aventures, d’exploits et qui font avancer l’intrigue. Hautes et basses branches, peuple énigmatique des Pelés, études sur l’arbre, sa sève, ses branches, sa croissance, … En bref, l’auteur mène d’une main de maître son univers.

                Le peuple de l’arbre, celui des Pelés … tant de lilliputiens qui nous ressemblent mais des personnages auxquels on croit !
                Ils sont nos amis l’espace de 600 pages. On les suit, attendris, durant leurs aventures. Tobie, garçon à la puissance morale exceptionnelle, qui se bat pour des idéaux : la famille, l’amour et la liberté. Tobie, un petit personnage qui sait être grand. Par son courage et son cœur. Tobie, ce petit bout d’adolescent qui va grandir sous nos yeux attachés d’amour. Tobie. Tobie et son papa Sim, drôle, attachant, bon, généreux. Sim le scientifique, bien plus intelligent que tous les autres habitants de l’arbre. Sim le scientifique qui a su voir le danger. Trop tard. Et sa femme Maïa, la maman. Maïa c’est le sucre du miel, la fragilité de la toile d’araignée, la vulnérabilité de l’arbre.
Et Elisha. Les yeux d’Elisha. Elisha … comment peut-on espérer s’élever à la hauteur des mots de Timothée de Fombelle. Comment puis-je retransmettre l’amour que porte notre petit Tobie pour sa Elisa ? Elisha a la beauté et la grandeur de l’arbre. La force du tronc. L’agilité des branches. La volubilité des feuilles. Vous allez aimer Elisha …
                Je ne pourrais bien entendu pas vous parler de tous les personnages de ces deux romans … il y en a tant. Timothée de Fombelle les anime avec le talent de la vie, et celui des émotions. Il construit des personnages profonds, uniques, originaux, qui se tiennent, auxquels on s’attache. Pour leur bêtise, leur bonté, leur  idiotie, leur générosité, leur stupidité, leur humanité… qu’ils soient bons ou mauvais, notre auteur ne s’égare pas, et continue à broder un conte où tout est finesse et simplicité.
                Tobie Lolness est un conte oui. Le conte d’une minuscule vie bouleversée par le destin de tout un monde. Au cœur de l’univers lilliputien d’un arbre, cet auteur virtuose est le chef d’orchestre d’une aventure rocambolesque qui entraîne le lecteur dans une histoire où le merveilleux est nature. Comme il le dit si bien : « Le monde devient immense, devient une aventure lorsqu’on rétrécit jusqu’à ne faire qu’un millimètre et demi … Les interstices du plancher deviennent des canyons. La tente devient la voie Lactée … ». Sauf qu’ici les racines sont des montagnes, les branches des hameaux, les creux des lacs, les Cimes le sommet du monde. Dans une forêt de mots à qui Timothée de Fombelle sait emprunter le panache, cette quête de soi renverse le lecteur par sa poésie, sa simplicité, sa sincérité et sa grandeur. Un chef d’œuvre qui a bouleversé ma vie.



Tobie Lolness est une petit être vivant mesurant même pas un millimètre, il vit dans avec sa famille dans la cime des arbres, un endroit magique est confortable. Son père est un inventeur hors-pair. Il commet l'erreur de ne pas révéler le secret de sa nouvelle invention, révolutionnaire. Cela va dissuader son public. La famille de Tobie est commandée à mort dans un endroit détestable. Les basses-branches. Le petit Tobie s'adapte très vite à la vie dans cet endroit sombre et perdu. Néanmoins il ne sa passe rien. Un jour Tobie décide s'enfuir. Pourchassé il doit trouver abri pour pas être tué. Ce livre raconte la belle aventure de Tobie essayant de s'enfuir, il va rencontrer des habitants méchants et gentils. Son but est de sauver sa peau.


 J'ai beaucoup aimé ce roman, je pense qu'il est très bien imaginé et les personnages bien adaptés. J'ai vraiment accroché et je trouve que c'est l'un des meilleurs romans écrits par Timothée De Fombelle. Entre l'émotion, l'environnement, l'amitié, le suspense, on a tous les choix. La vie suspendue m'a sensibilisée à l'environnement et je pense que c'est extrêmement bien pensé.







L'histoire : Le livre démarre au coeur de l'action. On ne sait au début guère plus que le nom du personnage, et qu'il doit fuir. A l'aide de flash-backs et de souvenirs on commence à comprendre. Tobie, agé de treize ans, mesure un millimètre et demi, et vit dans l'Arbre. Il appartient a un peuple organisé, vivant dans cette arbre. Ses parents, Sim et Maïa Lolness, sont aimants et intelligents. Sim est un chercheur. Ils vivaient dans les Cimes, les branches hautes de l'arbre les plus agréables, qu'ils ont du quitter pour les Branches basses, sombres et humides. Cela car Sim a été banni du conseil pour avoir évoquer l'idée que l'Arbre était vivant. Tobie s'habitue bien a la vie dans les branches basses. Il rencontre la belle Elisha. Des années assez heureuses s'écoulent, jusqu'à ce que son père invente une machine révolutionnaire mais dont il ne veut pas divulguer le secret, car elle fonctionne grâce a la sève de l'Arbre, ce qui risquerait de le tuer. Son père et sa mère sont emprisonnés, et Tobie réussit à se cacher, et ensuite à fuire. Il est recherché et une récompense est offerte pour sa capture. Heureusement, il est agile et malin, et connait les Branches basses. Voici où commence l'histoire. Vient ensuite de nombreux rebondissements, des trahisons, et une expédition chez le mystérieux peuple des Pelés, car Tobie veut a tout prix retrouver ses parents.


Mon avis : Ce livre est fantastique. Magnifique. Renversant. Thimothé de Fombelle manie si bien les mots qu'on est surpris et émerveillés à chaque page. Tobie est un personnage très vite attachant. Une autre chose que j'aime beaucoup dans ce livre, et dans d'autres de Thimothé de Fombelle, c'est le fait qu'il y ait plusieurs points de vue, de personnages ne se connaissant pas forcément mais qui sont liés d'une façon où d'une autre. Le suspense est aussi présent, et il est difficile de lâcher le livre. Vous l'aurez compris, si vous ne l'avez pas encore lu, lisez le, absolument !




Tobie Lolness fuit. A seulement treize ans, il échappe à son peuple qui le traque, laissant derrière lui ses parents, Sim le savant malicieux, et Maïa à la voix d'or, délicate comme la corolle d'une fleur. Il laisse aussi son enfance. Du haut de son millimètre et demi, il se dirige à la faveur de la nuit vers les régions humides des Basses-Branches, vers Elisha, son refuge et son amie de toujours. Dans sa fuite, il se remémore les moments joyeux de son enfance, malgré l'exil et les incompréhensions. Les mains de son père, l'étoile qui lui a donnée, Altaïr, le pain frotté au pollen de sa mère, sa rencontre avec Elisha et sa mère, leurs crêpes délicieuses et ruisselantes de miel, le nom de la coccinelle à quatorze points qu'il leur a appris. Quatuordecim-pustulata. 
Mais pourquoi donc Balaïna, le cloporte en bois avec lequel jouait Tobie, est-il si convoité par Jo Mitch, un éleveur de charançons aux ambitions inquiétantes ? D'accord, ce "prodige ordinaire" avance. Ses pattes articulées bougent grâce à une petite boîte noire sur son dos. Mais Sim sait tout faire ! C'est un grand savant. Alors pourquoi un simple jouet intéresserait cet homme écoeurant et cruel ?
Dans sa traque, Tobie Lolness devient le fugitif le plus recherché de l'arbre. Intelligent et débrouillard, il a beaucoup d'ennemis, mais aussi quelques amis, plus précieux que tout, qui l'aident et le soutiennent. Elisha l'insaisissable au coeur immense, Nils Amen, le bûcheron qui accomplit des actes héroïques. Tête de Lune, le jeune garçon Pelé qui est comme le petit frère de Tobie, la famille Asseldor, qui fait des miracles avec un instrument entre les mains. Autant de lumières ténues quand même l'obscurité menace d'engouffrer tout ce qui barre son chemin.
Et pendant ce temps, Sim et Maïa sont retenus captifs. Dans le second volume de la saga, Leo Blue, ancien meilleur ami de Tobie, est devenu un fou et un meurtrier, qui, amoureux d'Elisha, la retient dans un oeuf creux jusqu'à qu'elle accepte de l'épouser. Mais avec le caractère d'Elisha, Leo peut toujours attendre ! Et cette ombre mystérieuse Pendant ce temps, le peuple Pelé, qui vit dans les Hautes Herbes, est capturé par rafles et emmené de force dans des cratères. Ces trous dans l'écorce tuent l'arbre, et Jo Mitch force les déportés à creuser à la place des charançons. Souffrant de faim, d'épuisement, rabaissés à rien, les enfants, les adultes, les vieillards, s'entassent dans de minables cabanons et travaillent jusqu'à tomber d'épuisement.
Tobie cherche ses parents, retenus captifs. Il les a cherché jusqu'à Tomble, la tristement célèbre prison-boule de gui qui peut être coupée à tout instant. Mais il a trouvé à la place les parents Olmech, et leur fils Lex qui venait les délivrer. Le bruit court que Sim et Maïa ont été exécutés. Mais Tobie le sent, ils sont vivants. Parviendra-t-il, enfin, à les retrouver, à échapper définitivement à ceux qui le traquent pour le tuer, à vivre en paix ? 




Encore un roman grandiose. On rencontre Tobie alors qu'il est allongé dans un trou d'écorce pas assez grand pour l'envelopper entièrement de ses fibres bienveillantes. Tobie regarde la nuit : elle est belle, la lumière des étoiles est tamisée par les ramifications de l'arbre. Tout paraît paisible. Mais les choses ne sont pas ce que l'on croit : Tobie est pourchassé, et s'il est retrouvé, il mourra. Ses poursuivants sont à quelques pas de lui. Timothée de Fombelle s'est inspiré pour cette première scène du Dormeur du Val de Rimbaud. On ressent cette atmosphère : tout paraît calme, mais ce n'est que le calme avant l'orage.
Tobie ressemble à Vango. C'est un enfant taciturne et solitaire, qui est poursuivi et en danger de mort. Il a grandi auprès de ses parents, qui ont su lui apporter l'amour dont il avait besoin. La curiosité de ce qui l'entoure, les étoiles, la mousse, les insectes. L'arbre. C'est un cadre incroyable : malgré le fait que malheureusement, de plus en plus d'arbres sont coupés, on en voit partout. Hêtres, frênes, bouleau, sapins... L'arbre de Tobie est un chêne, et tout le roman se passe entre le sol et les racines jusqu'à la cime. 
Les personnages sont vivants : Elisha est une petite, puis une jeune, fille, qui a un fort caractère, le sourire malicieux et le coeur sur la main. Sim et Maïa, que j'aime tout particulièrement : la bonne humeur de Sim, la douceur de Maïa. La grandeur d'âme de Sim, la bonté de Maïa. Sim et Maïa. Le petit Tête de Lune est un garçon adorable, déterminé et qui s'applique à être grand !  
La course-poursuite est haletante. Et en même temps, plusieurs histoires, drames, se déroulent en parallèle, s'entrecroisent, tout comme les personnages qui évoluent et se rencontrent au fil des pages. En parlant des captures des Pelés, par exemple, je n'ai pas employé le mot "rafles" pour rien : les captures et le travail forcé dans les cratères, dans des conditions abominables et inhumaines, rappelle la cruauté des camps de concentration et de travaux forcés.

Timothée de Fombelle est connu pour ses chutes incroyables, et "Tobie Lolness" ne fait pas exception à la règle. Des fins de chapitres pleines de suspens, qui tiennent en haleine. Et surtout, une imagination débordante. 
Il y a aussi beaucoup d'émotion dans ce roman : certains passages m'ont émue aux larmes, certaines paroles, certains regards.
Ce livre appelle à protéger les arbres, et, de manière plus vaste, notre Terre, en nous montrant l'infiniment petit, la sève, l'écorce, des lacs de quelques millimètres sur un creux dans une branche. 
Il montre aussi le courage, et la force d'une amitié inaltérable, malgré les obstacles. La force de l'amour aussi, qu'il soit filial ou envers celui ou celle que l'on aime envers et contre tout. Ça paraît banal, commun, un thème récurrent dans les livres, mais chaque auteur le décrit différemment. 
Un livre magistral, qu'il faut avoir lu. L'un des meilleurs romans jeunesse.




Tobie Lolness tomes 1 et 2, Timothée de Fombelle, Editions Gallimard. 320 pages pour le tome 1 et 432 pour le tome 2. 



Par T. De Fombelle : «Je n'écrivais que pour le théâtre, des pièces plutôt pointues. Tobie me trottait dans la tête sans que je puisse le retranscrire sur les planches. J'ai imaginé un roman pour la jeunesse parce que je pouvais me laisser emporter sans honte de la larme à l'œil et des grandes émotions. Avec les jeunes lecteurs tout est possible» (Le Figaro, 30 Juillet 2008). (source Gallimard Jeunesse)


Merci à Bokalieee, Nathan, et Chocolat Fondu du blog Dream in Books, partenaires du blog.




14 mai 2013

Victoria Rêve - Semaine Timothée de Fombelle



« Victoria voulait une vie d'aventures, une vie folle, une vie plus grande qu'elle. Et l'on disait tout autour d'elle : "Victoria rêve. " [...]
Mais depuis quelque temps, un monde imaginaire débarquait dans son existence. Elle avait l'impression d'une foule de personnages qui descendaient de sa bibliothèque en rappel pour venir semer leur pagaille.
Victoria voulait savoir ce qui lui arrivait. Y avait-il un lien avec les livres qui disparaissaient de sa chambre ? Toutes ces pages étaient-elles en train de se glisser à l'intérieur de sa vie ?
Cela devenait sérieux, étourdissant, comme une invasion. »


J'attendais déjà depuis octobre - comme beaucoup ! - une nouvelle histoire de mon auteur fétiche; Timothée de Fombelle  bien entendu... Nous étions déjà au courant sur le forum grâce à Timothée lui-même qu'un roman était prévu pour avril dans le Je Bouquine (puisque ce Je Bouquine est paru mi-avril). Et enfin il est arrivé ! D'autant que comme c'était une nouvelle formule (très jolie en passant) le numéro précédent l’annonçait en ne donnant aucun information sur le roman que j'attendais impatiemment !
            Dans cette histoire, rêves, histoires, réalité se mélangent. Il est vrai que j'ai parfois été un peu embrouillé. Mais on s'attache beaucoup à Victoria, proche de nous, encore plus de vous si vous êtes aussi collégien -comme elle- qui a un ami tout aussi attachant, une soeur "déjà vieille à 17 ans" qui ne cesse de râler en appelant de Venise, un papa à secrets, ou une camarade qui ricane d'elle ... Une palette de personnages hauts en couleurs ...

            Rêves et réalités se mélangent oui. Bercée par les livres, par l'aventure, Victoria a des rêves qui font pétiller l'imagination. De l'aventure et des mots; on se retrouve à travers ce personnage et on retrouve l'esprit de Timothée. On retrouve bien sûr sa poétique écriture, si magique, celle qui invite le coeur à danser. On retrouve des thèmes comme l'adolescence et les rapports entre collégiens, mais surtout l'aventure, la lecture et la famille.

                De sa plume enchanteresse, Timothée de Fombelle peint en nous dans images magnifiques, il évoque des sensations, des sentiments, ne vision sur les choses qui m'a réellement charmé.

            De la poésie, des personnages attachants, et des thèmes touchants. Une fin ravissante qui reflète à merveille l'univers de son auteur. La lecture et l'aventure nous entraînent sans plus attendre danse une danse enivrante de mots et d'émotion. Un véritable rêve les yeux ouverts.


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Victoria est une enfant rêveuse. Elle désire une vie beaucoup plus pimentée et trouve la sienne banale. Est-ce que tout va basculer le jour où le petit Jo lui demande les trois cheyennes, le jour ou elle voit son père en bottes de cow-boy. Pourquoi ses livres disparaissent-ils ainsi ?

Je pense que ce court livre inspire une belle philosophie, peut-être voit on les choses différemment. J'en tire l'avis que je, ou nous devrions rêver plus souvent. J'ai beaucoup aimé ce livre, Victoria est très attachante. La perspective de voir notre monde devrait changer. Il inspire beaucoup d'imagination et ce livre est très inventif. 
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Victoria rêve. Elle rêve de mille et une aventures, "de dangers, de poursuivants armés, d'amis qui se battraient pour elle à l'épée, de rivières à traverser à la nage traquée par un ours. [...] Elle voulait des parents otages des Pygmées qu'il serait impossible de libérer.[...] Victoria voulait une vie d'aventures, une vie folle, une vie plus grande qu'elle." 
Victoria mène une vie normale. Tout ce qu'il y'a de plus normal. Mais tout basculé le jour où le petit Jo lui parle des trois Cheyennes, et qu'elle voit son père habillé en cow-boy... 



 Ce petit roman d'une centaine de pages se dévore en un éclair. Il est facile à lire, très facile à lire.
Les mots sont simples. On pourrait dire que les plus jeunes peuvent le lire, mais c'est assez perturbant. Je pense que ce livre n'a pas de restriction d'âge. 
C'est frais, étrange comme ambiance, assez vaporeux comme les rêves de Victoria. Mais j'ai l'impression que ce n'est qu'une surface, rien n'a vraiment été approfondi, il n'y a que quelques aventures. Mais en même temps je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé, j'ai plongé dedans ! 
C'est beau aussi.. Très intimiste, sympathique. 
On peut facilement s'identifier à l'héroïne, plongée dans ses livres, à l'humour critique, qui rêve rêve rêve... 
Je ne dirais pas qu'il est rempli d'émotion ce petit bouquin je dirais qui est empli de couleurs. 
Tout va très vite, ça mélange le rêve et la réalité mais c'est tout d'même facile à comprendre. 
Tous les mots sont à leur place, on les oublierai presque. 
Victoria voit sa vie comme fade, banale, monotone (etc) mais ce chamboulement va vite changer sa vision des choses. (Voir extrait ci-dessous) 
Tendre, chaleureux, il peut plaire à tous ! 



"Le nouveau roman de Timothée de Fombelle dit la force de la lecture et de l'imaginaire aujourd'hui, envers et contre tout. 
C'est un petit livre sur les grands livres qui nous habitent." 


"-J'ai beaucoup de respect pour les livres, dit simplement son père qui avait tant de respect pour eux qu'il n'en avait jamais touché un seul de sa vie."
"Victoria n'abandonnait aucun de ses rêves [...]. Mais elle sentait pour la première fois la beauté de certaines choses de sa vie, tout ce qui lui appartenait déjà : la forme ronde d'une larme de son père sur la page d'un livre," 


Victoria Rêve, par le grand Timothée de Fombelle, Éditions Gallimard Jeunesse (il a paru dans le Je Bouquine n° 339), 13 euros 50, 112 pages
Merci à Nathan, Chocolat Fondu et Feuy !