DERNIERES CHRONIQUES

         


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22 avril 2020

Chronique - L'avenir t'appartient : lettre aux jeunes chercheurs de sens (Olivier Pons)


Coup de ♡

ENTREE EN MATIERE

Je ne sais pas vraiment comment démarrer cette chronique. Je pourrais commencer par vous raconter que ma marraine m'a offert ce livre un jour et que je l'ai rangé dans ma bibliothèque en me promettant de le lire bientôt. Ou bien vous parler de petite Camille, qui voulait absolument grandir et qui a découvert en le faisant que la vie d'adulte était une chose impressionnante.

L'entrée en matière importe peu, finalement, car ce qui s'ensuit est plus beau encore. Ce livre, je ne l'ai ressorti de mes armoires qu'il y a une semaine, soit plusieurs années après l'avoir reçu. Et il m'a bouleversée et redonné vigueur, au point de dissoudre certaines craintes pourtant solidement ancrées en moi depuis l'adolescence. En parler fait donc sens, car j'aimerais partager avec vous ce petit shoot de courage et d'espoir nécessaire à l'entrée dans la vie adulte, et qui ne saurait être de trop en ces temps douloureux.


17 avril 2020

Chronique - Tome 1 de La Passe-miroir : Les fiancés de l'Hiver

Images tirées du site de Madmoizelle

DISCLAIMER

Cet article est une chronique, et pas une critique. L'une des choses qui m'a le plus dérangée avec le recul pris sur mon travail passé, est le sentiment d'avoir critiqué le travail des auteurs sans vraiment apporter d'éléments constructifs et sans véritable légitimité. Ecrire un livre est un exercice difficile, où l'on dépose tellement de soi. Les commentaires des lecteurs sont importants car l'auteur écrit pour eux et qu'il a besoin de connaître les faiblesses de son récit pour les retravailler. Cependant l'exercice du blogging est une activité spontanée, et invite donc à l'humilité. Je pense avoir toujours émis des avis dans la bienveillance au cours de mes chroniques passées, mais il m'est apparu important de clarifier ce point. Cette chronique sera donc simplement une présentation du travail de Christelle Dabos et des impressions qu'il m'a laissées dans les quelques jours qui ont suivi sa lecture.

16 novembre 2014

Le regard des princes à minuit - «Je vais te dire quelle est la plus grande vertu. C'est la vérité, oui, il faut la vérité avant toute chose. Quand un homme ment, c'est une part de notre monde qu'il assassine».




Être un véritable chevalier, aujourd'hui, est-ce encore possible?
À travers sept épreuves initiatiques, des jeunes se lancent dans l'aventure : une expédition nocturne dans la forêt de Brocéliande, l'escalade de la façade de Notre-Dame en cordée, l'intensité d'un combat à mains nues, la découverte d'une danse oubliée avec une cavalière sensuelle... 
Autant de façons de vibrer, de prendre position dans la société, de dire NON.


Certains livres donnent envie de se lever et d'agir. De prendre sa place dans la société. De reprendre sa vie en main. De se donner des objectifs et de les atteindre. Ils redonnent de l'espoir et raniment le feu. Je parle ici en tant que jeune, qui dans quelques années va voter, faire des études supérieures, voyager ailleurs, rencontrer de nouvelles personnes, découvrir le monde du travail, se marier, fonder une famille, s'engager localement ou à l'étranger, devenir vieille. J'essaye au maximum d'éviter les clichés, mais comme je ne sais pas de quoi sera faite ma vie, je considère tout. Comme tous les jeunes. Ce qui ne veut pas dire que l'enfance et la jeunesse sont des périodes vides, creuses, dans l'attente de notre vie. 
Cette jeunesse est un âge magnifique, où l'on pense, où l'on se construit, où l'on découvre, où l'on vit. On peut être découragé parfois, avec l'impression d'être écrasé par un monde trop lourd, trop violent, trop fermé. Effrayé devant les multiples choix qui s'offrent à nous, ou encore impuissants face aux conflits et aux injustices. Et sans se projeter dans quelques années, on peut aussi, au quotidien, se demander ce qu'on fait là. Pourquoi sommes-nous si seuls au milieu des autres. On refait le monde, on écrit nos pensées, on vit avec intensité. On attend d'être adulte, avec impatience parfois. On regarde en arrière, avec un peu de nostalgie, cette enfance heureuse que l'on regrette peut-être. Mais on savoure notre âge aussi. Les premiers émois, les premières fois. La fougue. Les envolées. On est jeune, tout simplement. Encore une fois, l'âge adulte peut aussi avoir ces envolées et cette fougue ! L'âge en années n'a rien à voir avec l'âge de l'esprit. 
La jeunesse est une époque magnifique. Vraiment. Avec "Le regard des princes à minuit", Erik L'Homme écrit cette jeunesse pleine de rêves, d'espoirs, d'attentes, de vigueur, de passion. La vie devant nous. 

Le livre est court, 144 pages, mais c'est une petite merveille. Sept histoires, sept existences entremêlées que l'on met en parallèle avec le conte moyenâgeux de la Quête des Sept Bacheliers, pleine de belles valeurs et de nobles actions. Vous la connaissez, cette expression "on n'est plus au Moyen-Âge !" que vous avez peut-être prononcée un jour comme je l'ai fait aussi. Je ne veux pas revenir à cette époque, mais il faut reconnaître qu'elle n'était pas seulement remplie de rustres et de brutes comme elle nous l'est parfois présentée. Le Moyen-Âge et notamment la chevalerie prônaient un grand nombre de belles valeurs que l'on retrouvaient dans l'art et la littérature avec le fin'amor (ou amour courtois). Et bien qu'elles n'aient pas toujours été respectées, ces vertus chevaleresques étaient belles, louables. Et elles sont le point de départ de ce livre. Erik L'Homme reprend donc le conte des "Sept Bacheliers et l'épreuve périlleuse" qui aurait été écrit par Cosme d'Aleyrac en 1190 mais dont je n'ai pu retrouver la trace. 

En route...

La première histoire se vit au rythme d'une mazurka, cette danse langoureuse venue de Pologne. C'est une parenthèse au charme désuet, un petit éclat de rêve. L'union respectueuse de deux corps qui s'abandonnent par la danse. Un-deux-trois un-deux-trois un-deux-saute un-deux-trois. On retrouve une beauté qui n'a pas été souillée par la saleté d'arrière-pensées. Mais ce n'est pas une pureté immobile et poussiéreuse. Non, Erik L'Homme rend la scène surréaliste… vivante. Drôle. Elle tire un sourire et inspire le respect. Elle nous arrache au quotidien et nous emmène ailleurs, sur un parking désert, au son d'un accordéon. Erik L'Homme joue avec Arnaud, son premier personnage, un peu perdu et très touchant. Poésie d'une danse et d'un instant et de paroles. Faustine, dans sa robe rouge, danse, rit, guide. Ils échangent. Amour délicat, fugace, naissant. L'instant juste avant lequel le crayon se pose sur la feuille pour écrire ou dessiner… et l'instant où il touche le papier et esquisse des traits. La scène a une beauté d'un autre temps. Et une première valeur est énoncée : "Honore et aime toutes les femmes." 

"La chanteuse lança un dernier couplet : "Quand les corps s'enlacent, instants de grâces, moments fugaces…" " (P. 28)

La deuxième histoire nous entraîne au coeur de la forêt de Brocéliande. Un feu, la canopée, les bruits de la nuit et deux amis qui devisent avec espérance… La scoute que je suis connaît le froid, la fumée du feu qui imprègne les tissus, les doigts engourdis, les brindilles, les braises rougeoyantes, la nuit dans hôtel aux centaines de milliards d'étoiles… Je crois que c'est cette scène qui m'a le plus marqué. Deux amis qui parlent de leurs vies. Qui comprennent qu'il manque quelque chose à leur quotidien. La page 43 est l'une des plus fortes qu'il m'ait été données de lire et si je ne la retranscrit pas, c'est pour que vous puissiez la lire, vous-même, avec ce livre dans les mains… La forêt bruisse doucement autour d'eux, et quelle forêt que cette Brocéliande enchanteresse où réside l'essence des mythes celtes ! La nuit est propre aux confidences. Les amis livrent leurs âmes avec confiance et abandon. La vie est devant eux, pleine de promesses et de choix à faire. Chuchotements. Silences. Paroles. Réflexion sur la tolérance, mais pas ces discours creux et interminables. Les jeunes hommes se revigorent auprès du feu mais aussi en parlant vraiment. Vie. Et Vladimir énonce la deuxième valeur : "Médite sur toi et sur qui tu es." On se cherche, on se questionne, on se remet en cause. On se forge, on s'imprègne, on s'inspire. On se devient. 

"On a quitté la Vallée-des-Portes, dit Vladimir à voix basse pour ne plus déranger la nuit." (P. 40)

La troisième histoire m'a touchée différemment des premières. Elle a quelque chose de rocambolesque, qui rompt un peu avec la poésie des deux premières scènes. Ou qui du moins, diffère de la délicatesse de ces deux premiers chapitres sans âge. Mais c'est aussi l'une des plus philosophiques et même des plus complexes ; Hervé et Patrick vont dégrader une antenne relais afin de couper les habitants de la télévision : ainsi, ils passeront une soirée sans écrans, en retrouvant la chaleur d'une discussion ou le velouté des pages d'un livres… Et cet acte pose la question de l'obéissance à la loi, de la rébellion, de la relativité des mots sur lesquels il est si facile de jouer. Mais surtout, elle parle de la différence entre vérité/mensonge et vrai/faux, de l'influence de la télévision sur nous, qui devons apprendre à garder un oeil critique et avisé. Erik L'Homme nous invite à créer notre propre imaginaire, qui soit nourri et inspiré par des sources variées. Loin de nous ce mensonge, cette déformation de la réalité qu'offre la télévision. On retrouve indirectement cette question que l'on se pose quand l'adaptation d'un livre qu'on n'a pas lu sort au cinéma : doit-on lire d'abord le livre ? Doit-on d'abord voir le film ? En ce qui me concerne, je commence par lire le livre, pour me faire ma propre idée des personnages, de l'histoire et des scènes. Pour ne pas découvrir quelque chose avec un filtre, celui des choix scéniques du réalisateur par exemple. Alors bien sûr, on ne découvre presque jamais les choses sans a-priori : le simple fait de lire cette chronique vous donne une opinion sur ce livre dont je vous parle et que vous n'avez pas encore lu. D'ailleurs, libre à vous de vous arrêter de lire cet avis. Vraiment ! Et en extrapolant, on retrouve un thème abordé dans l'histoire. La liberté ! Où commence-t-elle ? Ou s'arrête-t-elle ? En parlant de liberté, on peut parler des engagements, des choix qui lient, de l'influence que l'on reçoit. Je n'en écrirai pas plus mais c'est intéressant à méditer. Une belle surprise de ce chapitre, c'est la description d'Internet faite par Patrick : "ce joyeux bordel débordant de vie, ce grand n'importe quoi dans lequel la vérité trouve encore de l'espace pour s'ébattre." Et la réaction d'Hervé, qui appartient selon moi à un passage clef : "Je ne m'attendais pas à ce que tu défendes Internet (…) Je m'attendais plutôt à une apologie des livres." Ce à quoi Patrick répond "L'un n'empêche pas l'autre. Mais tu as raison, les livres aussi constituent un antidote aux sortilèges de la télévision." (P. 65) Ce dialogue dans lequel s'affrontent et se croisent les opinions opposées des deux amis, ressemble à une dissertation. Et elle est vraiment intéressante. Et nous découvrons notre troisième valeur : "Sois bon avec les faibles et fier avec les puissants." 

"La personne, c'est l'individu sorti du troupeau, qui pense et agit par lui-même." (P. 66)

L'histoire suivante sent la sueur et les tatamis. Des combats, de la fight, où se côtoient les instincts intrinsèques et la surveillance d'un arbitre attentif. Cette histoire m'a rappelée le tableau de Magritte, La Trahison des images, d'ailleurs évoqué dans l'histoire précédente. Un lien s'esquisse entre ces sept scènes, mais nous en reparleront plus bas. Quel rapport entre "Ceci n'est pas une pipe" et des combats en sous-sol ? J'ai beau vous en parler, vous le décrire du mieux que je peux et Erik à plus forte raison, ce combat, il faut le vivre pour le saisir. Et tous les mots du monde ne vous donneront qu'une image du combat. Du corps-à-corps. "L'éternelle confrontation, le choc de la chair. Le retour au réel." (P. 83) Ce combat n'est pas du catch, simulé et surjoué. Peu de mots, ils suffiront j'espère à vous faire saisir la chose. Sueur. Coup. Défense. Instinct. Authenticité. Mise à nu. Echange. Personnes. Rencontres. Respect. Être. Le combat nous met face à nous et face à l'autre. Pas de fuite, à part la fuite en avant. Il révèle un désir d'authenticité, un retour à la source. Qu'il est fort cet Erik L'Homme, de réussir à nous faire regarder ce que, peut-être, nous pensions bestial et violent, d'une manière différente : nous savions qu'il y avait dans la lutte des règles, une culture (encore plus poussée avec les arts martiaux), un respect fort de son adversaire. Mais peut-être que l'essence du combat nous échappait. "Espace de vérité" (P. 83). Et ce combat physique peut nous entraîner à un combat pour rester fidèle à nos valeurs, nos idéaux, comme le montre cette quatrième vertu chevaleresque : "Montre du courage et bataille contre l'injustice." Suivie d'un prosaïque "Jolie phrase." (P. 86) Mais attention, ni moi ni ce chapitre ne faisons l'apologie de la violence, soyons clairs ! En outre, les combats ne sont pas tous des coups donnés. On peut se battre et faire mal avec les mots. 
Ce chapitre, lisez-le ! Vous le vivrez déjà plus. Vous comprendrez. Il est ardent et plein de passion. 

"Bienvenue chez les vivants." (P. 82)

L'histoire suivante est dans la continuité de ce corps-à-corps avec la vie. Cette fois, il s'agit de l'ascension de ce qu'Hugo qualifiait de "vaste symphonie en pierre" (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris, 1831, Edition Nationale, Livre III, chapitre 1), la cathédrale Notre-Dame qui fête ses huit cents cinquante ans. Et pour célébrer cet évènement, un groupe de jeunes décide de l'escalade en pleine nuit, non comme Alain Robert qui grimpe sur les gratte-ciels à mains nues, mais solidement sanglés et assurés. Malgré les lanières, le vertige les ramène, pour certains, à une peur qui prend au coeur. Mais qu'est-ce que je fais là ? Echo d'une peur plus métaphysique. Mais qu'est-ce que je fais là ? La pierre sous les doigts, les saillies de l'imposante Dame de pierre. Réalité. Ce passage m'en rappelle un autre, où un autre jeune homme avait escaladé la cathédrale. Un héros libre lui aussi. Mais un héros en fuite. Vango. Ici on ressent… Adrénaline. Peur. Ambiance. Urgence. Et au sommet, ivresse. Fierté. On s'est dépassé. Et c'est plus que de simples mots. C'est le choix, à chaque instant, de saisir une saillie, plus haut. De défier le vide. Non de faire disparaître sa peur, mais d'être plus forte qu'elle. "Ne regarde pas en bas, regarde là où tu veux aller." (P. 98) Ce conseil, on me l'a aussi donné en danse : "Quand tu tournes, regarde là où tu veux aller." Il faut savoir à la fois cueillir chaque instant, le savourer parce qu'il est unique, chaque seconde, cette respiration que vous venez de prendre, goûter l'air et le présent. Même s'il faut aussi savoir "regarder là où tu veux aller". Non, ce n'est pas paradoxal. Récemment, je me suis rendu compte que quoi que l'on prévoit, quelque chose d'autre se produit ou interfère. Systématiquement. Prévoir sur le long terme peut être rassurant. Mais c'est beau de se dire que l'aventure, l'imprévu, va aussi s'installer. Des rencontres que l'on n'attendaient pas et qui nous changent du tout au tout. Et le passé, me demandez-vous ? Le passé ne s'efface pas dès lors qu'il devient du présent ! Il nous sert à apprendre, à nous compléter, à se remémorer les bons moments.  Le passé est essentiel. C'est notre héritage. "Respecte l'héritage de tes pères…" nous dit la cinquième vertu.
Dans ce chapitre, la beauté d'une nuit à nulle autre pareille. Les étoiles au-dessus, le vide en-dessous, et le seul lien c'est cette pierre sous nos doigts et cette corde qui nous relie les uns aux autres. Jolie symbolique, non ? Ou alors c'est moi qui, creusant un peu trop, voit le ciel comme ces questions métaphysiques, la pierre comme notre Histoire et notre culture, le vide comme ce qui nous donne envie d'avancer, et les autres… dont on a toujours besoin. 

"Cette nuit restera gravée dans ta mémoire, crois-moi." (P. 98)

Le dénouement se profile dans cet avant-dernier chapitre. Mais je ne vous en parlerai pas afin que vous le découvriez vous-même… Il achève de tisser ce lien entre les chapitres précédents. Car vous pouvez vous demander, comme je me suis posé la question, pourquoi avoir rassemblé autant d'histoires disparates au sein de ce recueil ? Nous avons retrouvé en elles des thèmes communs : la vie, les choix, la liberté, l'avenir, la jeunesse, les vertus chevaleresques, la confrontation avec soi, la réalité, l'authenticité… Mais aussi la présence d'un "apprenti"et d'un "guide". D'un "bleu" et d'un "expérimenté". L'âge ne rentre pas forcément en ligne de compte. C'est d'expérience dont on parle ici. 
Un dernier mot… Ce livre est une quête initiatique. D'où le parallèle avec ce conte des "Sept bacheliers", qui devaient avant d'être adoubé, parcourir le monde et appliquer les vertus qu'ils s'engageraient à vivre… 

En route...

J'ai retrouvé avec bonheur la plume d'Eric l'Homme et son talent, son imagination, qui m'avaient captivée dans la lecture de la saga "Phaenomen". C'est puissant. Ardent. Passionné. Et c'est aussi pour cela que la jeunesse n'est pas une question d'âge. Comme l'a si bien dit Yoko Ono, la femme de John Lennon, "Certaines personnes sont vieilles à 18 ans et d'autres jeunes à 90 ans… Le temps est un concept inventé par les Hommes." Erik L'Homme a cette passion caractéristique de la jeunesse. Il n'a plus 18 ans, mais - et je ne prétends pas le connaître ou dresser une analyse psychologique de comptoir - il est jeune. Son texte l'est. Il a compris nos interrogations, nos passions, nos envolées, notre fougue. Et ces personnages sont nous. Ils ne m'ont pas spécialement marquée en tant que personnages - et puis il est dur de complexifier un protagoniste en peu de pages - mais parce qu'ils sont nous. Ils sont n'importe qui. Vous. Moi. Et cette manière qu'a Erik de saisir les choses et de les partager en peu de mots..."Cheveux roux, jolis sourire." Quatre mots, et pourtant une image s'est dessinée en nous. Sortie de notre imaginaire, elle est unique et propre à chacun, parce que nous n'avons pas les même sources ! On revient à ce désir d'un imaginaire foisonnant et vivant. 
On trouve en début de livre une sorte de préface écrite par l'auteur. Je la relis à la fin - je lis souvent les préfaces après le livre afin de me faire ma propre opinion de celui-ci. Puis je relis ou re-parcours le livre, avec cette compréhension, cette approche nouvelle - et je me rends compte que je n'ai pas tant mis l'accent sur ce lien entre les histoires. Ma chronique les analyse une par une, à la suite les unes des autres, en établissant peu de connexions entres elles. Mais dans chacune de ces histoires, Erik a dressé le portrait de jeunes insoumis. Qui se sont extirpés d'un système de formatage. Ils ne sont pas nécessairement marginaux, mais ils vivent vraiment. Ils réfléchissent par eux-même et s'interrogent sur le monde qui les entoure. Ils font leurs propres choix. Ils refont le monde. Comme nous. Ardente jeunesse ! Et voilà que je parle comme si j'en étais sortie, alors que non, je suis au coeur de cet âge splendide ! C'est incroyable d'avoir le choix, d'avoir cette passion, cette énergie ! C'est fou ! Gardons cette force. Elle se tempèrera avec l'âge, mais ne devenons pas aigris et brisés. Soyons des hommes et des femmes debout.

Safran






Erik L'Homme passe son enfance dans la Drôme provençale, proche de la nature et des livres. Il fait des études d'histoire, et après l'obtention de sa maîtrise, part à la découverte de l'Asie.Son premier livre parle de la langue et de la culture d'un ancien peuple vivant entre Pakistan et Afghanistan.
Aujourd'hui, il est de retour dans la Drôme à Poët-Laval, et partage son temps entre journalisme et écriture de romans.
(Babelio)




Le regard des princes à minuit, écrit par Erik L'Homme et paru le 6 Mars 2014 aux éditions Gallimard Jeunesse (collection Scripto). 144 pages, 7, 65 euros.


Un coup de coeur musical en lien avec le livre ?

I Lived (One Republic, Native,  Polydor, Interscope Records, 2013)





13 juin 2014

Je m'appelle Mina - « Il m'a fallu ma vie entière pour apprendre à dessiner comme un enfant. » (Picasso)


- Quatrième de couverture -
«Ecrire sera comme un voyage, chaque mot sera un pas qui m’emmènera vers une terre inconnue », commence à écrire Mina dans son journal. Vivant seule avec sa mère depuis la mort de son père, Mina McKee, neuf ans, nous raconte son histoire. Mais comment pourrait-elle savoir où ses phrases vont la mener ? Perchée dans l’arbre où elle aime grimper, elle se pose beaucoup de questions. Trop, aux yeux des autres, qui la trouvent étrange et même un peu folle. De toute façon, Mina n’a pas besoin des autres. Elle préfère jouer avec les mots comme « archéoptéryx », ou « métempsycose ». Elle a aussi ses idées sur la vie, la mort, ce que l’on devrait apprendre à l’école… Mina osera-t-elle sortir de son monde ? Un jour, du haut de son arbre, elle voit arriver une famille… 


Merci aux éditions Gallimard Jeunesse !

Certains bouquins sont de véritables bouffées d'air frais. C'est le cas de Je m'appelle Mina, le dernier livre de David Almond. Le qualifier de "jeunesse" me semble assez réducteur puisque ce bijou s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux enfants. En l'ouvrant, on rencontre Mina, une petite fille perchée sur un arbre la plupart du temps, qui se demande ce qu'est le monde et quelle est sa place au sein de celui-ci. Isolée de ses camarades de classe, l'enfant préfère jouer avec les mots et se poser des questions qu'elle note sur un petit carnet. Au fil des pages on découvre celui des pensées de Mina, qui nous fait voir le monde avec les yeux d'un enfant. Et en ce moment c'est ce dont j'avais besoin - de la poésie, de l'émerveillement, de la simplicité. Pas de niaiserie, pas de fioritures, pas d'ordre non plus, on suit Mina dans les méandres de son esprit ; et elle se fait Ariane, nous guidant dans le labyrinthe complexe des questionnements enfantins qui ne se soucient pas des convenances. 
Le ton est donné, il sera poétique.

Ce livre me paraissait frais et divertissant. Il s'est révélé bien plus que ça ! Et au milieu d'essais complexes et de thriller violents - je pense à Réseau(x) de Vincent Villeminot, le dernier livre lu avant celui d'Almond et dont je ne sais toujours pas dire si je l'ai aimé ou pas. Mon coeur balance plutôt du côté du "Mais qu'est-ce que c'est que c'est ovni dangereusement génial ?" - le point du vue d'un enfant permet de reprendre son souffle et d'avoir un regard neuf et pur.  Pour cette chronique, je n'ai pas envie d'établir un plan de mes pensées, je préfère les laisser jaillir et à peine me relire afin de vous faire part de mon ressenti à brut. Néanmoins, on peut structurer cette avis en plusieurs parties.

Il y a les mots. Mina joue avec eux, savoure leur sonorité, leur sens et les utilise comme elle le veut. L'éditeur a rendu ce jeu plus frappant par une typographie particulière : certains mots sont immenses, d'autres écrits noirs sur blanc. Les mots tiennent une place importante dans ce bouquin dont ils forment l'essence : Mina les rend vivants, nous plonge en leur coeur et ce ne sont plus seulement des vecteurs d'émotions ou des tâches d'encre sur la fibre, non ces mots ont une âme. Ils sont la glaise que l'enfant modèle encore et encore et nous montrent la puissance et la diversité de la langue.

On en vient ensuite à la réflexion. C'est l'immense force des paroles d'enfants, pleines de profondeur et de philosophie. Y a t-il plus sage que l'enfant, qui veut découvrir le monde sans filtre, qui pose inlassablement des questions, qui palpe ce qui l'entoure pour mieux découvrir ? Mina s'interroge sur tout. Elle pose les questions qu'on oublie de poser et les questions qu'on ne se pose plus. Par ses interrogations, elle bouleverse nos pensées : sa voix est forte, percutante et pleine de sens, et cette réflexion va de pair avec la poésie inhérente au livre. Voir le monde avec les yeux de Mina implique de s'émerveiller de tout, de vivre plus intensément. Tout ce que dit Mina est plein de poésie, qu'elle parle de la nuit, d'un oiseau ou de la mort de quelqu'un. J'ai l'impression qu'elle voit plus grand, parce qu'elle regarde mieux et différemment, qu'elle ne s'arrête pas sur un a-priori et qu'elle cherche à comprendre le monde qui l'entoure. Mais attention, cette protagoniste n'est pas infaillible. Et le fait qu'un adulte puisse rendre de manière si réelle les pensées d'un enfant dénote une grande sagesse.


Bien sûr, et même si les pensées de Mina sont tout le livre, David Almond a posé un cadre et une trame, et esquissé d'autres personnages. On s'amuse de l'opposition tenace de l'enfant face à son odieuse institutrice qui veut la couler dans un moule. On est au coeur de la tendre complicité mère-fille et de la vie quotidienne de Mina, rendue unique, précieuse et extraordinaire par l'enfant. La vie est belle. Comprenons-nous vraiment ce que ces mots signifient ? Comprenons-nous que la vie c'est aussi l'écorce de l'arbre, les piaillements d'un merle et les spaghettis pomodoro ? Comprenons-nous que la poésie et la merveille se trouvent ici ? Mina saura nous le montrer.



Vous l'aurez compris, ce livre m'a subjuguée presque de bout en bout - oui, j'ai été un peu lassée à un moment. Mais ça n'a pas empêché le coup de coeur parce ce livre est unique. Mina va vous prendre par la main et vous montrer le monde, et croyez-moi, regardez attentivement. Prêtez l'oreille à ce qu'elle vous dit, parce que les enfants ont autant de choses à nous apprendre que les vieillards. Appliquez ses "Activités hors pistes" qui vont donner un nouveau souffle à votre plume et à votre esprit. Vous allez redevenir un enfant qui s'émerveille de tout, et Dieu que ça fait du bien ! Après coup j'ai compris à qui l'enfant me faisait penser : Mina ressemble au Petit Prince de Saint-Ex, ce bouleversant petit bonhomme qui vient nous ouvrir les yeux et nous faire réfléchir. Ce livre vaut le détour : empruntez son chemin, et tant que vous y êtes, « dansez sous un réverbère et étincelez comme l'étoile que vous êtes ». Ce sera votre première activité hors-piste !

                                  

Je m'appelle Mina est un livre écrit par David Almond et publié le 2 Septembre 2010 sous le titre original de My name is Mina aux éditions Hodder Children's Books. Il fait 320 pages en langue anglaise et 318 en langue française. Il a été traduit de l'anglais par Diane Ménard et est paru le 12 Janvier 2012 aux éditions Gallimard Jeunesse. Il coûte 14,50 euros en format broché et 7 euros dans la collection Folio Junior.


David Almond a grandi au sein d'une grande famille dans une bourgade escarpée au dessus de la rivière Tyne. Il a fait ses études dans les universités de l'East Anglia et du Newcastle en littératures anglaise et américaine. 

Il a été enseignant, postier, portier, a vendu des brosses, a travaillé dans le bâtiment, a été pigiste à la BBC. Dans les années quatre-vingts, il a vécu un an dans une communauté d'artistes et d'écrivains, dans un manoir délabré du Norfolk. C'est là qu'il a rédigé ses premiers récits et qu'il a rencontré sa compagne. 

De 1987 à 1993, il s'est occupé du magazine littéraire "Panurge" qui publiait de la fiction. Puis il s'est retiré pour se consacrer à ses propres travaux d'écriture. 

Paru en 1998, "Skellig" a depuis été traduit en 15 langues et a obtenu plusieurs prix, Whitbread Children's Novel of the Year Award et Carnegie Medal. Skellig est adapté à la TV en 2009 par Annabel Jankel avec Tim Roth dans le rôle titre.

Depuis 2000, il vit avec sa compagne et leur petite fille, Freya Grace à Newcastle. Il dirige des ateliers d'écriture et il donne des conférences dans les écoles. 
(Tiré du site Babelio.fr)

5 janvier 2014

#LHALH - Montreuil 2013 : Reportage photo ! (ou l'art d'arriver après la bataille)





Le Salon du Livre de Montreuil...


Un nom qui fait rêver, un événement d'une semaine, un lieu ou l'on rencontre les grands noms de la littérature jeunesse, et les bloggeurs venus des quatre coins de France.
Un dédale de stands bariolés, une foule nombreuse et chamarrée. J'ai eu la chance de me rendre deux jours de suite, le Samedi 1 et le Dimanche 2 Décembre, au Salon. C'était la première fois que je m'y rendais, et quelles journées ! Laissez-moi vous les raconter, depuis le début...


Il est presque quinze heures quand notre petite bande débarque. Nous nous rendons tout d'abord au stand de Bayard Jeunesse, avec l'espoir de voir Emmanuel Viau, le fantastique chef de la rubrique culture chez Je Bouquine, et l'un des deux modérateurs du blog de ce magazine. Malheureusement, nous nous manquons de peu. Un peu déçues, nous quittons le stand, direction celui de Gallimard Jeunesse, où nous patientons afin de faire dédicacer nos différents romans à Timothée de Fombelle et Christelle Dabos, l'auteure du "Passe-Miroir", un roman dont tout le monde parle d'autant plus que c'est le lauréat du Tremplin Gallimard ! 


Nous relayant à tour de rôle, nous portons les sacs contenant nos manteaux (il faut dire qu'avec le monde, la pièce faisait quinze degrés de plus que dehors !) et gardons notre place dans la queue. Des amies nous rejoignent au fur et à mesure, n'ayant pas pu venir avant. Super retrouvailles ! L'attente nous permet de discuter avec des lecteurs passionnés, mais aussi de rencontrer des bloggeurs ! Et c'est avec une joie immense que j'ai pu échanger quelques mots avec Nathan du blog Le cahier de lecture de Nathan, et Tom, son frère jumeau, qui tient le blog La Voix du Livre. Bien que séparées par la foule, j'ai aperçu Vavi du blog Vavi Bouquine, avec laquelle j'aurais adoré discuté. Même si cela ne s'est pas fait, nous remettrons ça, c'est promis ! 

Mais déjà nous arrivons devant Timothée de Fombelle. Moment magique, je suis très impressionnée et lui très gentil. Timothée de Fombelle, c'est l'auteur que je voulais rencontrer. Celui pour lequel j'ai fais la queue plus d'une demie-heure, avec des amies et grand plaisir !

Quelques minutes fantastique avec ce poète,  auteur de Tobie et Vango notamment. Ces romans m'avaient... transporté, ému aux larmes,  fait réfléchir, donné la saveur de l'aventure... Et surprise, Timothée se souvenait du blog!  En effet, un événement consacré a cet auteur jeunesse avait été organisé sur le blog en Février dernier si je me souviens bien, et j'avais eu le privilège de l'interviwer par mail. Bref, un moment incroyable... Il me dédicace deux romans, nous échangeons quelques mots et je laisse la personne suivante s'avancer. Dois-je préciser que je suis aux anges ? 

Nous suivons ensuite une amie qui nous entraîne vers la maison d'éditions de son oncle et de sa tante, La petite épicerie de l'orage. Sur notre chemin, nous nous tournons dans tous les sens dans l'espoir de reconnaître des amis ou des bloggeurs. Retrouvailles très sympathiques ! Puis nous nous scindons une première fois en plusieurs groupes afin que chacun puisse se rendre au stand de son choix, puisque le Salon ferme à dix-sept heures (enfin, en théorie ^^). Avec des amies, nous nous baladons dans les différents stands. Dégainant mon cahier, mon stylo et mon appareil photo, je m'avance vers des lectrices dans le but de leur poser quelques questions pour le reportage-photo que vous êtes en train de lire. 

Je tiens à préciser que j'ai demandé à chaque fois aux personnes interviewés leur accord pour la publication des photographies et des paroles échangées, sauf lorsqu'il s'agit d'une photo de foule. Si vous vous reconnaissez sur une photo et que vous ne souhaitez pas que votre visage apparaisse, envoyez-moi un mail et je le "flouterai" immédiatement. J'ai également tenu compte de l'âge des personnes, afin de savoir si elles étaient mineures ou non. 


Je rencontre donc Doris, Fatma et Eva, trois amies qui feuillettent les nouveautés dans le stand Gallimard. Doris et Fatma viennent au Salon pour la première fois, alors qu'Eva s'y rend pour la troisième fois. Elles ont commencé la lecture depuis très longtemps et nous donnent leurs impressions à chaud : 
- Eva : c'est super !
- Doris : c'est génial !
- Fatma : tu n'as pas envie de partir ! 
Quand je leur demande quels auteurs ont-elles vu, j'apprends qu'elle ont rencontré l'auteur de Tara Duncan, Sophie Audouin Mamikonian. Puis nous parlons de nos genres de lecture préférés : Eva aime les livres d'horreur, de fantastique et de réel, et ajoute qu'elle a aimé "Skeleton Creek", tout comme ses amies qui l'ont trouvé "génial" et "stylé". Eva a précisé qu'elle a également aimé "Zombie Panick", et Fatma a renchéri en disant qu'elle avait apprécié "Vertige". 

Nous les remercions avant de partir. Direction le stand de Syros, où dédicace Yves Grevet ! 
Je sors mon exemplaire de Nox avant de lui poser quelques questions sur son travail, ses romans, ses personnages et ses héros. Malheureusement, je n'arrive pas à mettre la main sur le cahier où j'ai noté ses réponses. Dès que je le retrouve, je l'ajoute à l'article, c'est promis ! En attendant, nous discutons et c'est très intéressant. 

Nous discutons ensuite avec l'adorable Maïté Bernard de sa saga "Ava et les fantômes", que j'avais beaucoup aimée !!
Elle nous parle aussi de son parcours d'auteur : Maité Bernard a commencé à écrire à 18 ans avant d'être publiée pour la première fois à 30 ans. Elle a commencé par écrire des romans policiers avant de se lancer dans la littérature jeunesse, et sa série"Ava" à rencontré un franc succès à la suite de sa publication en 2012. Ce personnage est émotionnellement proche de Maïté et, comme je vous l'ai dit, j'ai la surprise de constater que la couverture présente une Ava qui ressemble physiquement à son auteur : même coupe brune et courte. Maité Bernard nous dit également qu'elle "aime lire, (et qu'elle) ne peux pas me passer de la lecture. C'est également un plaisir de rencontrer (ses) lecteurs : nous avons des passions communes, et des liens tellement forts ce créent !"
Notre rencontre avec Maïté a été fantastique, et c'est un immense plaisir de l'avoir rencontrée !!




Nous avons passé un très bon moment avec ces deux auteurs, et discutons de leurs réponses et de notre rencontres sur notre chemin vers le stand Black Moon, une branche de Hachette Jeunesse. Là, surprise ! Pauline Alphen dédicace. Et autre surprise, il n'y a personne ! Ni une ni deux nous arrivons et commençons à parler de la genèse de sa saga, "Les Eveilleurs", et de son écriture incroyable. Elle nous parle aussi de son parcours en tant qu'écrivain :

"J'ai commencé à écrire à 10 ans, grâce à un professeur de français, en CM1. Il nous avait proposé d'écrire des textes libres à l'école et ce fut mon premier écrit. Je m'en rappelle, c'était une fiction qui parlait d'une autre planète."

Et à propos de l'idée de sa saga, Les Éveilleurs, elle nous confie que 

 "c'est en courant dans la rue, derrière un bus, alors que j'étais en retard, que j'ai eu l'idée des Éveilleurs. Il faisait vraiment un sale temps, et j'ai vu dans une flaque d'eau le reflet d'un immeuble qui ressemblait à une tour. Puis dans le bus des idées sont me sont venues, et de fil en aiguille le roman a pris forme."



Une auteur au sourire lumineux et au style direct qui a gentiment accepté de prendre le temps de répondre à nos questions. Des lecteurs arrivant au fur et à mesure, nous lui avons dit au revoir afin que ceux-ci puissent lui parler.

Puis notre petite bande se réunit, et nous fêtons l'anniversaire de notre amie F., en chantant bien fort ! Et là, miracle, Pauline Alphen se lève de son siège et vient claquer deux grosses bises à une F. très émue, en ajoutant que son anniversaire était il y a quelques jours !

Nous échangeons les cadeaux dans la bonne humeur avant de faire un point et voir comment vont se dérouler la suite des évènements.

J'en profite pour poser quelques questions sur le salon à Véronique, qui se prête gentiment au jeu des questions/réponses :
"Ce salon du livre et de la presse jeunesse est pas mal organisé. Il y a beaucoup de variété, les conférences et les rencontres sont de qualité et il y en a vraiment pour tous les goûts ! Alors que les super-héros pourraient sembler ciblés, en réalité ce n'est pas le cas et tout le monde s'y retrouve."

Puis nous nous scindons en quelques groupes une deuxième fois et nous nous rendons au stand de Pocket Jeunesse afin de faire dédicacer nos exemplaires d'Oksa Pollock et d'échanger quelques mots avec les auteurs de la saga désormais best-seller.

Dans la (longue) file d'attente, je rencontre deux bloggeuses
adorables ! Marie, qui tient le blog ifmanybooks.blogspot.com. A-t-il été supprimé depuis ? Je ne sais pas, en tous cas je ne peux plus y accéder et c'est vraiment dommage !! Marie, si tu lis ces lignes, pourrais-tu éclairer notre lanterne ? :)
Freefle est également là, et c'est un plaisir de rencontre cette bloggeuse au grand talent dont je connaissais le blog !
Nous discutons un peu :

Safran : Quelles sont vos impressions à chaud, que pensez-vous maintenant ? 
Freefle : j'ai mal au dos ! 
Marie : moi je bosse sur un stand donc je ne profite pas beaucoup du Salon. 
Puis nous enchaînons sur la lecture... :
Marie : j'ai une passion pour les livres et je prépare un stage aux éditions Corentin, du coup je suis sur le stand de cette maison d'édition. 
Freelfe : j'ai également une passion pour les livres !
... et sur nos blogs respectifs : 
Marie : j'ai créé mon blog ifmanybooks.blogspot.com. en août 2010. 
Freelfe : mon blog aura trois ans au mois de mars, il a donc été créé en 2011. 
Je leur demande quels sont leurs genres littéraires de prédilection :
Marie : j'aime particulièrement le Young-Adult. 
Freelfe : mes genres littéraires préférés sont l'imaginaire, le fantasy, le fantastique et également le Young Adult. 
Et à la question "Quels sont vos souhaits et vos projets pour l'avenir ?", Marie répond qu'elle aimerais être embauchée dans une maison d'édition, et Freelfe explique qu'elle aimerait réussir ses études et s'investir plus dans mon blog.

Même si la discussion écrite semble froide et hachée, je vous garantie qu'en vrai elle était vivante et animée ! J'ai passé un excellent moment avec ces bloggeuses adorables !!

















Puis nous arrivons devant Anne Plichota et Cendrine Wolf, qui nous parlent de leur parcours et de leur saga.

"La saga 'Oksa' est passé de l'auto-édition à l'édition, c'est magique ! Le manuscrit original a été quelque peu remanié dans les descriptions mais la trame est restée intacte." 

Puis nous parlons d'Oksa, et Anne Plichota m'explique qu'"elle est un peu comme tout le monde", c'est un personnage humain et très réel. Nous abordons ensuite leur technique originale, le principe de l'écriture à deux. Anne me répond de manière très précise : "Il y a d'abord un an de travail sur le plan, le storyboard. Cendrine écrit en rouge puis elle me l'envoie et j'écris à mon tour en noir. Nous mettons ensuite notre travail en commun. Mais nous nous sommes concertées auparavant pour la trame principale ; le but est de faire une bonne histoire à la fin !" 

Et quand je lui demande ce qu'a changé la publication d'Oksa Pollock dans leur vie, elle me répond immédiatement : "Tout a changé !" Puis j'enchaîne sur l'adaptation en film de la saga : Anne m'apprend que "Les droits ont été achetés par la société SND, le producteur de Twilight, dans le but de réaliser une adaptation cinématographique. Tout est long, et nous ne savons pas encore qui sera l'interprète d'Oksa."
Une rencontre très riche et très intéressante avec des auteurs vraiment sympathiques.



Un bref passage devant le stand d'Anne Robillard me permet de rencontrer des jeunes gens très sympathiques, déguisés en elfes de manière très convaincante ! Les filles portent des robes de dentelle et de velours et les garçons des costumes de toile et aux boutons dorés. Quant à leur yeux, j'ai la surprise de voir qu'ils sont brillants et colorés ! Des lentilles irisées leur confèrent cette particularité et vient sublimer leur costume. Malgré la queue et le manque de temps, j'ai pu être prise en photo avec eux, et les immortaliser à mon tour en un tour de flash !

Nous nous retrouvons finalement à la cafétéria, afin de se saluer tous avant de partir. Encore merci à F. et sa maman, et à toute la bande des JBnautes qui a permis que cette journée soit FORMIDABLE!!!

J'en ai pour une heure trente de transport en commun, et quand je rentre chez moi j'ai la joie de retrouver mon amie A., avec laquelle nous nous rendrons une deuxième fois au salon, le lendemain !

Je lui raconte la journée dans les moindres détails, et le lendemain c'est en toute hâte que nous prenons, de nouveau ! les transports en commun. 

Arrivées à Montreuil, nous nous rendons au stand Gallimard, mais, déception, Timothée de Fombelle n'y est pas... Nous prenons alors le chemin du stand d'Odile Weulersse, qui me permet de m'asseoir à côté d'elle pour lui poser des questions ! Je suis très impressionnée... 




Odile Weulersse nous raconte qu'elle a fait des études de philosophie et s'est tournée vers l'enseignement, de philosophie également. Elle a enseigné à l'université et a commencé à écrire des histoires en 1984, tout en aimant en apprendre. Selon elle, un héros est quelqu'un de courageux :il peut se battre contre ce qu'il condamne ou refuse d'accepter. Dans la religion, dans la guerre, dans la vie publique il y a souvent des héros, qui ne sont pas forcément connus. Ses héros sont Flaubert, entre autres, puisqu'elle nous dit qu'elle a beaucoup.




Nous la remercions avant de prendre congé, et nous promenons dans le dédale de stands, ayant pris soin d'arriver tôt pour profiter toute la journée du salon. 

Nos pas nous mènent jusqu'à l'auteur des albums de Poupées Kokeshi. Elle suscite notre
admiration par son travail soigné et son style
remarquable !

Nous nous rendons ensuite au stand de Carina Rozenfeld, qui a une discussion très vivante avec des jeunes filles devant nous. C'est passionnant de l'écouter, et quand vient notre tour nous sommes ravies ! Je lui pose quelques questions, rapportées ici de manière abrégée (malheureusement, j'ai pris autant de notes que possible mais certains passages ne sont pas clairs et je ne voudrais pas faire dire à Carina des choses qu'elle n'a pas dites !)  :
Bonjour Carina Rozenfeld, pourriez-vous vous présenter ? J'ai horreur de ça ! (Sourire) Je suis un auteur jeunesse et pour tous les âges, et j'écris des romans jeunesse, de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique. 
Pour vous, qu'est-ce qu'un héros ? Un héros est quelqu'un comme tout le monde, qui se surpasse. Le héros suit une belle vie, ils est droit et n'accomplit pas forcément des choses extraordinaires. (...) La tolérance est une forme d'héroïsme.
Qui sont vos héros ? Je n'ai pas vraiment de héros, ou ce sont mes amis. 
Cette auteur souriante est vraiment fantastique, et ce fut un plaisir de discuter avec elle sur le monde actuel.


Le temps passe vite, et nous allons déjeuner à la cafétéria, qui surplombe les stands : un moment très sympa, et nous sortons une feuille avec les horaires et les lieux des dédicaces, afin de voir où aller ensuite. En attendant, je ne repose pas mon appareil photo, qui est accroché à mon cou depuis hier !



Après avoir mangé, nous nous rendons au stand Gallimard afin de rencontrer François Place. C'est un auteur très gentil et un dessinateur de talent qui a pris le temps de prendre le pinceau afin de nous dessiner deux magnifiques croquis ! Et sous nos yeux ébahis sont
nés de sa pensée un cheval et Tobie, qu'il a pris soin de colorer a l'aquarelle, quand même ! 
.










Nous le remercions très chaleureusement et nous promenons un peu partout, descendant l'escalator afin d'arriver à l'étage du dessous. Nous arrivons au stand Rageot, où un présentoir est couvert de livres de Pierre Bottero... Moment de nostalgie. J'aurais tellement aimé rencontré Pierre !!! Sa mort m'a marqué et continue de le faire, comme pour tous ses lecteurs. 


Nous poursuivons notre chemin, et arrivons devant le stand de Christian Grenier, le maitre incontestable du policier jeunesse. J'avais adoré sa saga des aventures de Logicielle, et nous discutons avec lui, assez longtemps d'ailleurs. C'est passionnant. Il nous dit que "la meilleure communication aujourd'hui est la communication en face : il faut un contact humain. L'écriture permet de vivre plusieurs vies, elle "prépare" la vie, et c'est un substitut fantastique ; Internet et les blogs sont des échos de la vie, et la réalité est bien mieux que la fiction."

Il se prête ensuite au jeu des questions (et ajoute que quelqu'un les lui a déjà posées ! Si Tom et Vavi passez là, est-ce vous ?)

Bonjour Christian Grenier ! Selon vous, qu'est-ce qu'un héros ? Dans la mythologie le héros est un demi-dieu. Aujourd'hui le lecteur s'y attache tout de suite, c'est un personnage central. C'est celui qui tire le fil de l'histoire.

Quels sont vos héros ? Mes héros sont Gustave Flaubert mais aussi Colette et Marcel Proust. Plus jeune, je lisais les aventures de Tintin. (Il ajoute également que Julien Sorel et Moreau, des personnages des romans (respectivement Le rouge et noir de Stendhal et L'Éducation sentimentale de Flaubert) sont ses héros fictifs préférés. Les deux sont en quête de quelque chose.
Nous surveillons l'heure pour ne pas partir trop en retard, puisque nous sommes toutes deux attendues ! Dur de se dire que le lendemain, nous sommes en cours...
En attendant, nous profitons autant que nous le pouvons du salon !

Nous nous rendons au stand d'Hélène Montardre, auteur de la saga Océania, qui était un peu pressée mais a pris le temps de répondre à quelques questions.

Bonjour Hélène Montardre ! Selon vous, qu'est-ce qu'un héros ? Un héros est quelqu'un comme tout le monde, qui va découvrir qui il est vraiment et prendre sa vie en main. Le héros place l'intérêt collectif avant son intérêt personnel. Il change le monde autour de lui, il change le monde dans son univers. 
Qui sont vos héros ? Mes lecteurs sont mes héros.

Nous faisons une petite pause, car la journée est passionnante, mais très fatiguante ! Dix minutes plus tard, nous nous promenons au milieu des stands. Il nous faut bientôt partir, aussi nous allons voir Licia Troisi, auteur des "Chroniques du Monde Emergé", qui dédicace de manière exceptionnelle ! Italienne d'origine, elle est accompagnée d'une traductrice que je remercie grandement, puisqu'elle a permis un échange passionnant ! Licia nous donne des conseils pour écrire : "Il faut lire beaucoup et de tout afin d'écrire, et il faut apprendre de tous les livres. Il faut également faire lire ses écrits, demander des critiques, et ne jamais oublier que la chose la plus importante est de raconter une histoire que l'on "sent" vraiment. Et surtout, il faut s'amuser et prendre du plaisir à écrire."


La journée se termine, riche en rencontres, en discussions et en instants partagés ! Merci du fond du coeur à A., à F., à tous les JBnautes et les intervenants, tous les auteurs et les bloggeurs, toutes les personnes rencontrées, qui ont contribué à faire de ce Salon un évènement FANTASTIQUE !!!

A l'année prochaine, Montreuil !

26 octobre 2013

Les Eveilleurs : tome 1 : Salicande


Pour lire un extrait du livre, cliquez sur la couverture !

Le bourg paisible de Salicande est situé entre les falaises abruptes de hautes montagnes. C'est au cœur de son château biscornu que vivent les jumeaux Claris et Jad : unis par un don de télépathie, ils se ressemblent et différent à la fois. En effet, Claris ne jure que par les aventures périlleuses, les dragons et les quêtes chevaleresques, alors que Jad, qui souffre d'une faiblesse cardiaque, préfère tailler ses bonsaï et pratiquer l'Unir, une discipline mêlant danse et réflexion. 
La trame du roman est fixée dans un monde post-apocalyptique, qui se remet peu à peu des Catastrophes sociales et écologiques qu'il a subit. Et c'est dans ce contexte difficile que des choses surprenantes et inespérées commencent à se produire...

Livre lu en Lecture Commune avec Goutte, du blog Rivière de Mots.


Merci Goutte d'avoir proposé cette LC ! 
Et merci aussi Marinette de l'avoir envoyé lors de notre SWAP (voir les photos) ! 
Vous m'avez toutes les deux permis de sortir ce livre de ma Liste de Livres A Lire et c'est un superbe découverte !! Un vrai coup de cœur, même. 

La couverture a commencé par me surprendre. C'est la première chose que je regarde en choisissant un livre, et là, avec sa texture de parchemin taché, froissé et déchiré, j'ai cru que le livre avait mal vécu le voyage ! Mais non, c'est juste une imitation très réaliste d'une feuille de papier abîmée. Au milieu, une tâche de vert, les ramures verdoyantes d'un arbre éclairé par le soleil, se détache et attire le regard. Et en feuilletant le livre, je remarque la texture fine et douce sous les doigts des pages. Un vrai plaisir !

Mais je me perds ! Je voudrais vous parler de la plume de l'auteur : elle est riche, unique, somptueuse. Elle est faite de mots, de paroles, de sons, d'odeurs, de couleurs, de senteurs et de saveurs, de textures et de moments uniques. On y voit des touches de peintures, on y entend des notes de musiques. Ce sont des rires, des larmes, des sentiments et des émotions, des nuits étoilées et du chocolat chaud, de la laine et d'eau soie, de la toile de jute et du coton... 
Pauline Alphen a entremêlé des fils, tous différents, pour tisser son roman, et la vie elle-même tombe de sa plume. 

Les personnages eux aussi sont vivants.  
Claris n'est pas un garçon manqué mais une fille tenace et habile an manier les armes ou à chevaucher les étalons de son père. Elle est têtue, obstinée et a un fichu caractère... mais je l'aime beaucoup ! Pas sûr toutefois que nous nous entendrions bien !
Jad est plus taciturne, posé et réfléchi, et il a des aspects enfantins aussi bien que mûrs. Ugh, ami des jumeaux, se découvre au fil des pages ; sa mère Chandra n'a pas le calme de son fils, et on imagine bien une femme imposante et néanmoins pleine de tendresse, qui s'active derrière ses fourneaux en pestant contre Blaise, un magicien bourru mais très sympathique. 

Avec ce roman, Pauline Alphen a créé tout un univers, bourré de références à d'autres romans, de personnages et de lieux vivants et chamarrés. Elle fixe un cadre très précis à son histoire, qui tarde à démarrer : l'action ne commence que dans les cinquante dernières pages. Les nombreuses descriptions pourraient également perdre le lecteur, mais ça n'a pas été mon cas : elles sont tellement belles et vivantes qu'au contraire je les ai vraiment aimées !

Avec sa plume reconnaissable entre toutes et son univers unique, Pauline Alphen signe le premier roman d'une saga pleine de promesses que j'aurais plaisir à lire et à relire !


Les Eveilleurs, tome 1 : Salicande, écrit par Pauline Alphen, paru le 24 Novembre 2010 aux éditions Hachette Jeunesse, 528 pages, 14 euros.
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Merci Goutte pour cette LC fantastique, et pardon de mon retard... Vous pourrez trouver ici la chronique de cette bloggeuse adorable !

4 juillet 2013

Everness : tome 1 : L'odyssée des mondes


Everett Singh est un adolescent différent des jeunes qu'il côtoie. Son père lui a donné le nom d'un savant, il organise avec lui des soirées cuisines durant lesquelles ils préparent des spécialités culinaires du monde entier, des plats thaïs aux plats mexicains, ils se rendent ensemble à des conférences de l'Institut d'Art Contemporain, s'intéressent aux nanotechnologies et à la physique quantique.
C'est justement un soir pluvieux comme offre Londres, que Tejendra Singh se fait enlever sous les yeux d'Everett par des hommes vêtus de noir alors qu'il l'emmenait à une conférence de l'ICA. Et quelques heures plus tard, Everett découvre sur Dr Quantum, sa tablette tactile,  un enchevêtrement de noeuds et de fils complexe envoyé anonymement, portant le nom d'Infundibulum, ou une structure creuse ayant la forme d'un entonnoir. Alors qu'il dénoue les fils, il ne sait pas encore ce qui tient dans cette surprenante toile d'araignée. Et devant l'incompétence des autorités policières prévenues, Everett décide de partir lui-même à la recherche de son père. Mais où est-il donc parti, et pour quel motif a-t-on enlevé le savant ?

Je remercie les Editions Gallimard pour l'envoi de ce livre.


C'est peut-être la couverture qui m'a intriguée. Une image verte, une sorte de halo fantomatique entourant un dirigeable sombre qui se découpe dans le clair-obscur pluvieux d'une ville futuriste. Ou peut-être que c'est le titre : Everness, un titre qui rappelle autant l'infini que les brumes écossaises. Mais détrompez-vous, l'histoire ne se déroule pas dans les Highlands. En fait, elle ne se déroule même pas dans notre univers. Ian Macdonald nous emmène dans un univers parallèle après nous avoir démontré la possibilité quantique du Multivers : c'est une théorie (à la mode, serais-je tentée de dire) selon laquelle il n'existerait pas un, mais plusieurs univers. Les scientifiques s'interrogent, réfléchissent à des déformations de l'espace-temps (on peut parler par exemple de la théorie d'Einstein, mais il n'est pas le seul à avoir émis cette idée, qui a été formulée dès l'Antiquité si je me souviens bien, d'après mes rapides recherches). Hypothèse science-fictionniste ? Quoi qu'il en soit, c'est le thème du roman. 

Parlons déjà d'Everett. C'est un adolescent qui doit avoir mon âge ou presque, et qui s'intéresse à des notions incroyablement complexes : plusieurs fois, j'ai du relire des passages pour les comprendre, et il y en a que je n'ai pas compris, même après plusieurs relectures ! Il parle avec aisance et même une certaine poésie de la physique quantique, d'ensembles de Mandelbrot comme celui de la photo ci-contre : c'est un algorithme compliqué trouvé aux XXe siècle, et que je ne saurais pas expliquer ! 

Mais surtout, il est très authentique : contrairement à certains "héros parfaits", il ne parvient pas à rattraper son père qui se fait kidnapper. Il réagit vite, mais comme pourrait le faire un garçon de son âge, a des réflexes très humains. Il cuisine, grommelle, court vite, fait du sport, se dispute, réfléchit... C'est un personnage auquel on pourrait s'identifier par certains côtés ; mais je me suis faite une remarque étonnante : certains personnages de romans que j'aime bien voire beaucoup, ne seraient pas forcément mes amis dans la vie réelle. C'est assez paradoxal, non ? 

La première partie du roman, qui se déroule dans le monde que nous connaissons, est une sorte de scène d'introduction, comme on trouve dans les pièces de théâtre : elle présente certains personnages, la situation de départ et le peu d'éléments en la possession d'Everett : ce mystérieux "Infundibulum", la pop star blonde et le skinhead sorti d'un autre univers (au sens figuré et au sens propre !) qui le veulent absolument, la découverte surprenante d'une Londres ensoleillée qui aurait des ressemblances avec une cité marocaine, et d'Univers E2, E3, E10... dans lesquels on peut se rendre au moyen d'une porte de Heisenberg. 

Mais le roman commence vraiment lorsqu'Everett s'enfuit dans E3, une Londre futuriste et steampunk que j'imagine grise et sombre. Un ensemble de bâtiments anciens, en brique rouge ou foncée, des lumières un peu glauques... La couverture, en fait. Nous y faisons la connaissance de Sen, une gamine vive et délurée qui évolue avec une aisance déconcertante dans les rues et sur les toits de cette deuxième Londres. Elle est très attachante, on l'imagine de petite taille, sans cesse en mouvement !

"Le Londres 'steampunk' d'Ian Macdonald nous en met plein la vue", écrit Paolo Bacigalupi : comme c'est vrai ! L'auteur nous donne plein de petits détails, décrit avec précision et finesse les rues, les personnes, le langage (parfois incompréhensible) des habitants de E3, jusqu'à la recette du délicieux chocolat chaud préparé par Everett. Son roman contient toutes ces petites choses qui font la différence avec un roman où les personnages ne feraient que vivre des aventures, avec une trame sans âme et ennuyeuse. Les personnages sont vivants, différents, ils ont du caractère et on les retient, jusqu'aux commerçants, aux badauds sur lesquels Macdonald s'attarde. 

Il a une plume très talentueuse, manie avec talent (tout du moins, le traducteur Jean Esch a réussi à rendre ou donner un style superbe au roman) les mots : détails, actions, descriptions et originalité, il intrigue le lecteur, le fait vraiment voyager, lui fait vivre les courses-poursuite, les cris, les odeurs, les saveurs, les rencontres, les atmosphères, on vit dans le dirigeable de Sen et de l'équipage, on dort dans le hamac, on boit le savoureux chocolat fondu d'Everett, on manque d'être jeté par-dessus bord... L'une des chutes (celle concernant Tejendra Singh) seule est un peu trop utilisée et réutilisée, au cinéma, dans les romans : je ne vous la raconte pas pour ne pas dévoiler des éléments de l'intrigue, mais son seul atout est qu'elle ouvre à une suite... que j'attends avec impatience !

Everness, tome 1 : L'odyssée des mondes par Ian Macdonald, traduction de Jean Esch, Editions Gallimard Jeunesse, 329 pages. 


Ian Macdonald est né en 1960 à Manchester. C'est l'un des auteurs contemporains de science-fiction les plus talentueux et les plus récompensés. Il est notamment connu pour Brasyl (prix British Science Fiction, 2007). Ian Macdonald vit à Belfast avec sa femme. (Tiré du roman Everness)

"Bona nippes, indiquait l'enseigne au-dessus de la petit boutique miteuse. "Bona : bon, brillant, désirable, cool, indispensable, chouette, se dit Everett. Nippes : fringues chic." (...) Cette boutique n'avait rien de bona en apparence. Derrière Morning Lane, dans l'ombre des dirigeables, s'étendait un dédale de ruelles et d'arcades. De minuscules échoppes, pas plus larges que leur porte d'entrée, étaient blotties les unes contre les autres sous des auvents de toile dégoulinants de pluie qui se rejoignaient presque au centre de la ruelle." (page 159)