DERNIERES CHRONIQUES

         


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16 novembre 2014

Le regard des princes à minuit - «Je vais te dire quelle est la plus grande vertu. C'est la vérité, oui, il faut la vérité avant toute chose. Quand un homme ment, c'est une part de notre monde qu'il assassine».




Être un véritable chevalier, aujourd'hui, est-ce encore possible?
À travers sept épreuves initiatiques, des jeunes se lancent dans l'aventure : une expédition nocturne dans la forêt de Brocéliande, l'escalade de la façade de Notre-Dame en cordée, l'intensité d'un combat à mains nues, la découverte d'une danse oubliée avec une cavalière sensuelle... 
Autant de façons de vibrer, de prendre position dans la société, de dire NON.


Certains livres donnent envie de se lever et d'agir. De prendre sa place dans la société. De reprendre sa vie en main. De se donner des objectifs et de les atteindre. Ils redonnent de l'espoir et raniment le feu. Je parle ici en tant que jeune, qui dans quelques années va voter, faire des études supérieures, voyager ailleurs, rencontrer de nouvelles personnes, découvrir le monde du travail, se marier, fonder une famille, s'engager localement ou à l'étranger, devenir vieille. J'essaye au maximum d'éviter les clichés, mais comme je ne sais pas de quoi sera faite ma vie, je considère tout. Comme tous les jeunes. Ce qui ne veut pas dire que l'enfance et la jeunesse sont des périodes vides, creuses, dans l'attente de notre vie. 
Cette jeunesse est un âge magnifique, où l'on pense, où l'on se construit, où l'on découvre, où l'on vit. On peut être découragé parfois, avec l'impression d'être écrasé par un monde trop lourd, trop violent, trop fermé. Effrayé devant les multiples choix qui s'offrent à nous, ou encore impuissants face aux conflits et aux injustices. Et sans se projeter dans quelques années, on peut aussi, au quotidien, se demander ce qu'on fait là. Pourquoi sommes-nous si seuls au milieu des autres. On refait le monde, on écrit nos pensées, on vit avec intensité. On attend d'être adulte, avec impatience parfois. On regarde en arrière, avec un peu de nostalgie, cette enfance heureuse que l'on regrette peut-être. Mais on savoure notre âge aussi. Les premiers émois, les premières fois. La fougue. Les envolées. On est jeune, tout simplement. Encore une fois, l'âge adulte peut aussi avoir ces envolées et cette fougue ! L'âge en années n'a rien à voir avec l'âge de l'esprit. 
La jeunesse est une époque magnifique. Vraiment. Avec "Le regard des princes à minuit", Erik L'Homme écrit cette jeunesse pleine de rêves, d'espoirs, d'attentes, de vigueur, de passion. La vie devant nous. 

Le livre est court, 144 pages, mais c'est une petite merveille. Sept histoires, sept existences entremêlées que l'on met en parallèle avec le conte moyenâgeux de la Quête des Sept Bacheliers, pleine de belles valeurs et de nobles actions. Vous la connaissez, cette expression "on n'est plus au Moyen-Âge !" que vous avez peut-être prononcée un jour comme je l'ai fait aussi. Je ne veux pas revenir à cette époque, mais il faut reconnaître qu'elle n'était pas seulement remplie de rustres et de brutes comme elle nous l'est parfois présentée. Le Moyen-Âge et notamment la chevalerie prônaient un grand nombre de belles valeurs que l'on retrouvaient dans l'art et la littérature avec le fin'amor (ou amour courtois). Et bien qu'elles n'aient pas toujours été respectées, ces vertus chevaleresques étaient belles, louables. Et elles sont le point de départ de ce livre. Erik L'Homme reprend donc le conte des "Sept Bacheliers et l'épreuve périlleuse" qui aurait été écrit par Cosme d'Aleyrac en 1190 mais dont je n'ai pu retrouver la trace. 

En route...

La première histoire se vit au rythme d'une mazurka, cette danse langoureuse venue de Pologne. C'est une parenthèse au charme désuet, un petit éclat de rêve. L'union respectueuse de deux corps qui s'abandonnent par la danse. Un-deux-trois un-deux-trois un-deux-saute un-deux-trois. On retrouve une beauté qui n'a pas été souillée par la saleté d'arrière-pensées. Mais ce n'est pas une pureté immobile et poussiéreuse. Non, Erik L'Homme rend la scène surréaliste… vivante. Drôle. Elle tire un sourire et inspire le respect. Elle nous arrache au quotidien et nous emmène ailleurs, sur un parking désert, au son d'un accordéon. Erik L'Homme joue avec Arnaud, son premier personnage, un peu perdu et très touchant. Poésie d'une danse et d'un instant et de paroles. Faustine, dans sa robe rouge, danse, rit, guide. Ils échangent. Amour délicat, fugace, naissant. L'instant juste avant lequel le crayon se pose sur la feuille pour écrire ou dessiner… et l'instant où il touche le papier et esquisse des traits. La scène a une beauté d'un autre temps. Et une première valeur est énoncée : "Honore et aime toutes les femmes." 

"La chanteuse lança un dernier couplet : "Quand les corps s'enlacent, instants de grâces, moments fugaces…" " (P. 28)

La deuxième histoire nous entraîne au coeur de la forêt de Brocéliande. Un feu, la canopée, les bruits de la nuit et deux amis qui devisent avec espérance… La scoute que je suis connaît le froid, la fumée du feu qui imprègne les tissus, les doigts engourdis, les brindilles, les braises rougeoyantes, la nuit dans hôtel aux centaines de milliards d'étoiles… Je crois que c'est cette scène qui m'a le plus marqué. Deux amis qui parlent de leurs vies. Qui comprennent qu'il manque quelque chose à leur quotidien. La page 43 est l'une des plus fortes qu'il m'ait été données de lire et si je ne la retranscrit pas, c'est pour que vous puissiez la lire, vous-même, avec ce livre dans les mains… La forêt bruisse doucement autour d'eux, et quelle forêt que cette Brocéliande enchanteresse où réside l'essence des mythes celtes ! La nuit est propre aux confidences. Les amis livrent leurs âmes avec confiance et abandon. La vie est devant eux, pleine de promesses et de choix à faire. Chuchotements. Silences. Paroles. Réflexion sur la tolérance, mais pas ces discours creux et interminables. Les jeunes hommes se revigorent auprès du feu mais aussi en parlant vraiment. Vie. Et Vladimir énonce la deuxième valeur : "Médite sur toi et sur qui tu es." On se cherche, on se questionne, on se remet en cause. On se forge, on s'imprègne, on s'inspire. On se devient. 

"On a quitté la Vallée-des-Portes, dit Vladimir à voix basse pour ne plus déranger la nuit." (P. 40)

La troisième histoire m'a touchée différemment des premières. Elle a quelque chose de rocambolesque, qui rompt un peu avec la poésie des deux premières scènes. Ou qui du moins, diffère de la délicatesse de ces deux premiers chapitres sans âge. Mais c'est aussi l'une des plus philosophiques et même des plus complexes ; Hervé et Patrick vont dégrader une antenne relais afin de couper les habitants de la télévision : ainsi, ils passeront une soirée sans écrans, en retrouvant la chaleur d'une discussion ou le velouté des pages d'un livres… Et cet acte pose la question de l'obéissance à la loi, de la rébellion, de la relativité des mots sur lesquels il est si facile de jouer. Mais surtout, elle parle de la différence entre vérité/mensonge et vrai/faux, de l'influence de la télévision sur nous, qui devons apprendre à garder un oeil critique et avisé. Erik L'Homme nous invite à créer notre propre imaginaire, qui soit nourri et inspiré par des sources variées. Loin de nous ce mensonge, cette déformation de la réalité qu'offre la télévision. On retrouve indirectement cette question que l'on se pose quand l'adaptation d'un livre qu'on n'a pas lu sort au cinéma : doit-on lire d'abord le livre ? Doit-on d'abord voir le film ? En ce qui me concerne, je commence par lire le livre, pour me faire ma propre idée des personnages, de l'histoire et des scènes. Pour ne pas découvrir quelque chose avec un filtre, celui des choix scéniques du réalisateur par exemple. Alors bien sûr, on ne découvre presque jamais les choses sans a-priori : le simple fait de lire cette chronique vous donne une opinion sur ce livre dont je vous parle et que vous n'avez pas encore lu. D'ailleurs, libre à vous de vous arrêter de lire cet avis. Vraiment ! Et en extrapolant, on retrouve un thème abordé dans l'histoire. La liberté ! Où commence-t-elle ? Ou s'arrête-t-elle ? En parlant de liberté, on peut parler des engagements, des choix qui lient, de l'influence que l'on reçoit. Je n'en écrirai pas plus mais c'est intéressant à méditer. Une belle surprise de ce chapitre, c'est la description d'Internet faite par Patrick : "ce joyeux bordel débordant de vie, ce grand n'importe quoi dans lequel la vérité trouve encore de l'espace pour s'ébattre." Et la réaction d'Hervé, qui appartient selon moi à un passage clef : "Je ne m'attendais pas à ce que tu défendes Internet (…) Je m'attendais plutôt à une apologie des livres." Ce à quoi Patrick répond "L'un n'empêche pas l'autre. Mais tu as raison, les livres aussi constituent un antidote aux sortilèges de la télévision." (P. 65) Ce dialogue dans lequel s'affrontent et se croisent les opinions opposées des deux amis, ressemble à une dissertation. Et elle est vraiment intéressante. Et nous découvrons notre troisième valeur : "Sois bon avec les faibles et fier avec les puissants." 

"La personne, c'est l'individu sorti du troupeau, qui pense et agit par lui-même." (P. 66)

L'histoire suivante sent la sueur et les tatamis. Des combats, de la fight, où se côtoient les instincts intrinsèques et la surveillance d'un arbitre attentif. Cette histoire m'a rappelée le tableau de Magritte, La Trahison des images, d'ailleurs évoqué dans l'histoire précédente. Un lien s'esquisse entre ces sept scènes, mais nous en reparleront plus bas. Quel rapport entre "Ceci n'est pas une pipe" et des combats en sous-sol ? J'ai beau vous en parler, vous le décrire du mieux que je peux et Erik à plus forte raison, ce combat, il faut le vivre pour le saisir. Et tous les mots du monde ne vous donneront qu'une image du combat. Du corps-à-corps. "L'éternelle confrontation, le choc de la chair. Le retour au réel." (P. 83) Ce combat n'est pas du catch, simulé et surjoué. Peu de mots, ils suffiront j'espère à vous faire saisir la chose. Sueur. Coup. Défense. Instinct. Authenticité. Mise à nu. Echange. Personnes. Rencontres. Respect. Être. Le combat nous met face à nous et face à l'autre. Pas de fuite, à part la fuite en avant. Il révèle un désir d'authenticité, un retour à la source. Qu'il est fort cet Erik L'Homme, de réussir à nous faire regarder ce que, peut-être, nous pensions bestial et violent, d'une manière différente : nous savions qu'il y avait dans la lutte des règles, une culture (encore plus poussée avec les arts martiaux), un respect fort de son adversaire. Mais peut-être que l'essence du combat nous échappait. "Espace de vérité" (P. 83). Et ce combat physique peut nous entraîner à un combat pour rester fidèle à nos valeurs, nos idéaux, comme le montre cette quatrième vertu chevaleresque : "Montre du courage et bataille contre l'injustice." Suivie d'un prosaïque "Jolie phrase." (P. 86) Mais attention, ni moi ni ce chapitre ne faisons l'apologie de la violence, soyons clairs ! En outre, les combats ne sont pas tous des coups donnés. On peut se battre et faire mal avec les mots. 
Ce chapitre, lisez-le ! Vous le vivrez déjà plus. Vous comprendrez. Il est ardent et plein de passion. 

"Bienvenue chez les vivants." (P. 82)

L'histoire suivante est dans la continuité de ce corps-à-corps avec la vie. Cette fois, il s'agit de l'ascension de ce qu'Hugo qualifiait de "vaste symphonie en pierre" (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris, 1831, Edition Nationale, Livre III, chapitre 1), la cathédrale Notre-Dame qui fête ses huit cents cinquante ans. Et pour célébrer cet évènement, un groupe de jeunes décide de l'escalade en pleine nuit, non comme Alain Robert qui grimpe sur les gratte-ciels à mains nues, mais solidement sanglés et assurés. Malgré les lanières, le vertige les ramène, pour certains, à une peur qui prend au coeur. Mais qu'est-ce que je fais là ? Echo d'une peur plus métaphysique. Mais qu'est-ce que je fais là ? La pierre sous les doigts, les saillies de l'imposante Dame de pierre. Réalité. Ce passage m'en rappelle un autre, où un autre jeune homme avait escaladé la cathédrale. Un héros libre lui aussi. Mais un héros en fuite. Vango. Ici on ressent… Adrénaline. Peur. Ambiance. Urgence. Et au sommet, ivresse. Fierté. On s'est dépassé. Et c'est plus que de simples mots. C'est le choix, à chaque instant, de saisir une saillie, plus haut. De défier le vide. Non de faire disparaître sa peur, mais d'être plus forte qu'elle. "Ne regarde pas en bas, regarde là où tu veux aller." (P. 98) Ce conseil, on me l'a aussi donné en danse : "Quand tu tournes, regarde là où tu veux aller." Il faut savoir à la fois cueillir chaque instant, le savourer parce qu'il est unique, chaque seconde, cette respiration que vous venez de prendre, goûter l'air et le présent. Même s'il faut aussi savoir "regarder là où tu veux aller". Non, ce n'est pas paradoxal. Récemment, je me suis rendu compte que quoi que l'on prévoit, quelque chose d'autre se produit ou interfère. Systématiquement. Prévoir sur le long terme peut être rassurant. Mais c'est beau de se dire que l'aventure, l'imprévu, va aussi s'installer. Des rencontres que l'on n'attendaient pas et qui nous changent du tout au tout. Et le passé, me demandez-vous ? Le passé ne s'efface pas dès lors qu'il devient du présent ! Il nous sert à apprendre, à nous compléter, à se remémorer les bons moments.  Le passé est essentiel. C'est notre héritage. "Respecte l'héritage de tes pères…" nous dit la cinquième vertu.
Dans ce chapitre, la beauté d'une nuit à nulle autre pareille. Les étoiles au-dessus, le vide en-dessous, et le seul lien c'est cette pierre sous nos doigts et cette corde qui nous relie les uns aux autres. Jolie symbolique, non ? Ou alors c'est moi qui, creusant un peu trop, voit le ciel comme ces questions métaphysiques, la pierre comme notre Histoire et notre culture, le vide comme ce qui nous donne envie d'avancer, et les autres… dont on a toujours besoin. 

"Cette nuit restera gravée dans ta mémoire, crois-moi." (P. 98)

Le dénouement se profile dans cet avant-dernier chapitre. Mais je ne vous en parlerai pas afin que vous le découvriez vous-même… Il achève de tisser ce lien entre les chapitres précédents. Car vous pouvez vous demander, comme je me suis posé la question, pourquoi avoir rassemblé autant d'histoires disparates au sein de ce recueil ? Nous avons retrouvé en elles des thèmes communs : la vie, les choix, la liberté, l'avenir, la jeunesse, les vertus chevaleresques, la confrontation avec soi, la réalité, l'authenticité… Mais aussi la présence d'un "apprenti"et d'un "guide". D'un "bleu" et d'un "expérimenté". L'âge ne rentre pas forcément en ligne de compte. C'est d'expérience dont on parle ici. 
Un dernier mot… Ce livre est une quête initiatique. D'où le parallèle avec ce conte des "Sept bacheliers", qui devaient avant d'être adoubé, parcourir le monde et appliquer les vertus qu'ils s'engageraient à vivre… 

En route...

J'ai retrouvé avec bonheur la plume d'Eric l'Homme et son talent, son imagination, qui m'avaient captivée dans la lecture de la saga "Phaenomen". C'est puissant. Ardent. Passionné. Et c'est aussi pour cela que la jeunesse n'est pas une question d'âge. Comme l'a si bien dit Yoko Ono, la femme de John Lennon, "Certaines personnes sont vieilles à 18 ans et d'autres jeunes à 90 ans… Le temps est un concept inventé par les Hommes." Erik L'Homme a cette passion caractéristique de la jeunesse. Il n'a plus 18 ans, mais - et je ne prétends pas le connaître ou dresser une analyse psychologique de comptoir - il est jeune. Son texte l'est. Il a compris nos interrogations, nos passions, nos envolées, notre fougue. Et ces personnages sont nous. Ils ne m'ont pas spécialement marquée en tant que personnages - et puis il est dur de complexifier un protagoniste en peu de pages - mais parce qu'ils sont nous. Ils sont n'importe qui. Vous. Moi. Et cette manière qu'a Erik de saisir les choses et de les partager en peu de mots..."Cheveux roux, jolis sourire." Quatre mots, et pourtant une image s'est dessinée en nous. Sortie de notre imaginaire, elle est unique et propre à chacun, parce que nous n'avons pas les même sources ! On revient à ce désir d'un imaginaire foisonnant et vivant. 
On trouve en début de livre une sorte de préface écrite par l'auteur. Je la relis à la fin - je lis souvent les préfaces après le livre afin de me faire ma propre opinion de celui-ci. Puis je relis ou re-parcours le livre, avec cette compréhension, cette approche nouvelle - et je me rends compte que je n'ai pas tant mis l'accent sur ce lien entre les histoires. Ma chronique les analyse une par une, à la suite les unes des autres, en établissant peu de connexions entres elles. Mais dans chacune de ces histoires, Erik a dressé le portrait de jeunes insoumis. Qui se sont extirpés d'un système de formatage. Ils ne sont pas nécessairement marginaux, mais ils vivent vraiment. Ils réfléchissent par eux-même et s'interrogent sur le monde qui les entoure. Ils font leurs propres choix. Ils refont le monde. Comme nous. Ardente jeunesse ! Et voilà que je parle comme si j'en étais sortie, alors que non, je suis au coeur de cet âge splendide ! C'est incroyable d'avoir le choix, d'avoir cette passion, cette énergie ! C'est fou ! Gardons cette force. Elle se tempèrera avec l'âge, mais ne devenons pas aigris et brisés. Soyons des hommes et des femmes debout.

Safran






Erik L'Homme passe son enfance dans la Drôme provençale, proche de la nature et des livres. Il fait des études d'histoire, et après l'obtention de sa maîtrise, part à la découverte de l'Asie.Son premier livre parle de la langue et de la culture d'un ancien peuple vivant entre Pakistan et Afghanistan.
Aujourd'hui, il est de retour dans la Drôme à Poët-Laval, et partage son temps entre journalisme et écriture de romans.
(Babelio)




Le regard des princes à minuit, écrit par Erik L'Homme et paru le 6 Mars 2014 aux éditions Gallimard Jeunesse (collection Scripto). 144 pages, 7, 65 euros.


Un coup de coeur musical en lien avec le livre ?

I Lived (One Republic, Native,  Polydor, Interscope Records, 2013)





27 avril 2014

16 ans, total fiasco



Jess et Fred vont donner un gala au profit d'une œuvre de charité. Ils viennent de recevoir les tickets, conçus par Jess. Mais tout reste à faire ! Pas de panique, ils n'ont plus qu'à... trouver un groupe de musique qui accepterait de se produire le soir de la Saint-Valentin, avoir de quoi nourrir cent personnes, et accorder leurs violons pour leur numéro de présentation – la spécialité des deux comiques en herbe. Mais Fred ne cesse de se défiler et ne semble pas s'investir dans l'organisation de la soirée. Et quand Flora leur propose un week-end au bord de la mer dans la maison de son copain, voilà qu'il fait la fine bouche ! Jess ne comprend décidément plus rien à l'attitude de Fred..


Merci aux éditions Gallimard Jeunesse pour l'envoi surprise du cinquième tome de la saga Jess Jordan ! N'ayant pas lu les quatre premiers, je craignais d'être perdue dans ma lecture : ça n'a pas été le cas et je ressors convaincue de ce sympathique bouquin. 

Jess Jordan est une adolescente de 16 ans - je ne vous apprends rien - dotée d'une incroyable capacité à s'attirer des ennuis. Distraite, un peu perdue parfois mais aussi très débrouillarde, l'héroïne de Sue Limb m'a vite conquise par son caractère et je me suis très souvent retrouvée en elle. Cette année, elle doit mener plusieurs batailles de front : d'une part, il faut qu'elle organise entièrement ce "Bal du Chaos" pour la St-Valentin, de l'autre elle doit gérer la tournure compliquée de ses sentiments pour le très lunatique Fred, et enfin il est urgent qu'elle s'y retrouve au milieu des nombres histoires amoureuses de sa mère - elle-même très gaffeuse. Telle mère telle fille !
Je ne suis pas très chick-lit en général, et même si c'est un genre sympa qui permet de se détendre, le ridicule de certaines situations dans les romans girly m'avait ennuyé : j'avais donc peur de retrouver ce schéma dans Total fiasco. Malgré ces a-prioris, j'ai commencé ma lecture avec enthousiasme - comme quoi, il ne faut pas juger un livre sur sa couverture ! Je devrais le savoir depuis le temps...
Je n'ai pas décollé tout de suite et le début m'a paru un peu ennuyeux. Mais il est vrai que Sue Limb est très claire à propos de ses personnages et que je n'ai jamais été perdue au milieu d'eux. Les relations entre les protagonistes sont évidentes, très bien expliquées sans que cela soit lourd ou répétitif et c'est vraiment agréable à lire. Le style de l'auteur est fluide, frais et très adapté aux pensées d'une jeune fille : la traductrice a réussi à rendre ce ton authentique et je la félicite pour son travail !
Au fil des pages je me suis attachée à Jess et j'ai suivi avec intérêt ses déboires avec une question en tête : comment s'en sortirait-elle ? En fait, je suis rentrée dans l'esprit de la jeune fille et j'ai eu les même craintes qu'elles, les même réactions parfois, j'ai retrouvé des dizaines de situations vécues auparavant - des délais non respectés, des contraintes de dernière minute ou des pertes embêtantes. Contrairement aux apparences, Jess n'est pas une fille passive qui subit sans rien dire : elle se démène pour trouver des solutions même si ça n'est pas si simple ! Sans parler de son copain Fred, image même de l'inutilité - c'est incroyable. Pourtant, on ne tombe jamais dans le cliché ni le fade et ce bouquin nous tire de grands sourires - et même de francs éclats de rire - par ses personnages terriblement réels. Toutes les situations décrites sont plausibles, amenées avec cohérence et achevées avec style. L'auteur regorge d'imagination et n'hésite pas à malmener ses personnages en inventant sans cesse de nouveaux ennuis et des rebondissements inattendus.

Sue Limb offre un roman aussi drôle que savoureux sur les situations hilarantes et compliquées de l'adolescence, qui m'a fait renouer avec la chick-lit et qui saura faire rire les ados - et leurs parents ! On s'y retrouve, on est embarqué dans l'histoire aux côtés des personnages et on ne lâche pas le livre, c'est un petit mo(nu)ment de bon humeur !

                                               

16 ans, total fiasco est un roman de Sue Limb publié en Juin 2010 chez Bloomsbury sous le titre original Five-Star Fiasco. Il est paru en France chez Gallimard Jeunesse le 10 Avril 2014 dans la collection Scripto. Traduit par Emmanuelle Casse-Castric, il fait 352 pages et coûte 13,50 €.

                                                      

Traduction (réalisée par mes soins : pas de copier-coller sur Google traduction, promis !) de la biographie tirée du (sympathique) site officiel de Sue Limb.

La première chose que Sue a écrite a été la lettre S, et celle-ci est restée sa préférée. 
Petite fille, elle écrivait sur les murs, mais à l'école elle reçut des cahiers d'exercices sur lesquels elle inventait des histoires d'enfants habitant sur des îles désertes et vivant d'incroyables aventures avec des chiens et des bateaux. Bien qu'elle est été un vrai garçon manqué, Sue était peureuse et découvrit qu'écrire permettait de vivre d'autres vies en ayant les pieds au sec. 

Adolescente, elle compris que faire rire les gens leur fait oublier combien on est ringard. La comédie fut un bon moyen pour elle de détourner les tuiles envoyées par la vie, comme les embarras ou l'anxiété. Elle s'essaya quelques temps à être professeur, mais ayant horreur d'imposer sa volonté aux autres (même son chien a du apprendre seul à s'asseoir et à rapporter des choses), ses jours en tant qu'institutrice furent peu nombreux.

Dès qu'elle se fut enfuie de l'Education Nationale, Sue publia un livre appelé Up the garden's path - l'histoire d'une professeure dont la vie est affreusement compliquée. Ce roman fut adapté à la radio et à la télévision dans une version où Imelda Staunton campait le rôle du personnage principal. Plus tard, Sue écrivit pour le journal The Guardian un feuilleton, Dulcie Domum’s Bad Housekeeping, traitant du même sujet - à la différence près que le personnage central est un écrivain. Mais pour se prouver qu'elle était capable d'écrire sur d'autres thèmes, Sue participa à la rédaction d'une biographie du Capitaine Oates, un héros de l'Antarctique.

Ecrire pour les jeunes a toujours représenté une part importante du travail de Sue, simplement parce que celle-ci considère qu'elle n'a pas encore grandi. Ces dernières années, elle a écrit la saga Jess Jordan et s'est replongée dans sa jeune enfance lors de la rédaction de la série Ruby Rogers. Parfois, Sue s'inspire des classiques littéraires en produisant de respectueuses et sympathiques parodies d'auteurs qu'elle admire.

Elle réside actuellement dans une ferme située dans un coin sauvage, rocheux et isolé du Gloucestershire. Et lorsqu'elle n'écrit pas, Sue aime sortir et s'occuper des plantes et de ses animaux. 

27 août 2013

Il ne faut jurer de rien




Valentin est un jeune homme frivole qui vit à Paris dans les années 1830. Son oncle Van Buck, las d'une énième dette du jeune homme qu'il devra régler à ses frais, décide un jour de le marier à la bien élevée Cécile de Mantes. Mais Valentin a si peur d'être trompé qu'il jure de ne jamais se marier.
Mieux, il veut montrer que la jeune Melle de Mantes peut facilement être séduite par un autre et qu'elle n'est donc pas un bon parti. Mais comme l'indique le titre de la pièce, le stratagème de Valentin pourrait ne pas se passer comme prévu...


J'ai lu ce roman dans le cadre du lycée et il m'a beaucoup plu. 

La couverture est un peu sombre mais les illustrations sont plutôt bien pour une oeuvre destinée à être travaillée en cours. 
De plus, le dossier très complet que l'on peut lire avant le texte en lui-même permet de replacer la pièce dans son contexte historique et social. Cela nous permet de mieux comprendre les personnages, leurs attitudes, leurs paroles...L'auteur et la vie à son époque sont également détaillés, et une fiche de présentation de l'oeuvre est proposée. Le dossier est un peu compliqué car dense et complet, mais si on s'accroche il est très intéressant. D'autre part, à chaque fin de scène (division d'une pièce de théâtre : il y a les actes, eux-même découpés en scènes), sont placées des "Clefs d'analyse" de l'oeuvre, comprenant des questions de réflexion, de compréhension, des points à retenir... Et pour ceux qui le veulent, un dossier final permet d'approfondir l'oeuvre au moyen de photos, d'extraits de textes, de définitions, d'exercices "types Bac"... Une visée très pédagogique.

On ne peut pas dire que les personnages soient vraiment attachants, car on sait très peu de choses de leurs pensées. Malgré cela, on discerne quand même les différentes facettes de leurs personnalités : la sage Cécile de Mantes qui ruse pour parvenir à ses fins, le jeune Valentin, tantôt séducteur sans scrupule, tantôt dandy aimant le faste et les plaisirs du jeu, tantôt amoureux sincère...

L'humour est aussi très présent dans cette pièce, ce qui rend la lecture agréable : Musset le fait naître de quiproquos comiques, de situations amusantes...

Quant aux péripéties et au stratagème de Valentin, on assiste à de nombreux rebondissements qui débouchent sur un dénouement annoncé dès le début par le titre. Mais les changements de sentiments de Valentin à l'égard de Cécile sont assez plausibles et opérés en douceur, par petites touches : il est indécis, se ravise, s'emporte, nie, puis peu à peu tombe amoureux de celle qu'il ne voulait pas épouser ! Un vrai retournement de situation.

Pour ce qui est de la plume de l'auteur, elle est très lyrique, surtout à la fin de la pièce où l'on sent une tendance romantique, courant artistique et littéraire très XIXe. Musset parle de la beauté de la nature, de l'amour. Et sa plume est claire et agréable durant toute la pièce.

C'est donc un livre que j'ai bien aimé.


 Il ne faut jurer de rien, par Alfred de Musset, éditions Larousse, collection Petits Classiques, 143 pages dont enviton 60 pages d'oeuvre.

18 mai 2013

Vango 2 : Un prince sans royaume - Semaine Timothée de Fombelle




 New-York, 1936. Accroché au sommet des gratte-ciel, Vango poursuit l'homme qui a causé son malheur et détient le secret de sa naissance. Mais la fuite de Vango ne connaît pas de trêve. Quel est le chasseur et quelle est la proie? L'amour d'Ethel survivra-t-il à tant de tempêtes? À travers les forêts du Caucase, le ciel de Paris ou de l'Ecosse, ce second volume achève somptueusement la saga de Vango. 
Un héros inoubliable et romantique, une aventure haletante, envoûtante, poétique. Timothée de Fombelle signe à nouveau un grand roman, après le succès international de «Tobie Lolness».
«J'ai mis dans ce roman tout ce qui compte pour moi : le souffle de l'aventure, la fragilité, la cruauté, la beauté des existences. Je voulais une saga qui emporte le lecteur, mais qui laisse chez lui des traces» (Timothée de Fombelle).

L’attente de Vango tome 2 fut … interminable, insoutenable. Plus la date approchait, plus le simple fait de penser au livre faisait naître en moi une fébrilité, une joie, une excitation ou encore une impatience de plus en plus grandissante. Il fallut attendre une année et demie. La date étant cesse repoussée. Puis il fallut attendre quelques semaines, en septembre, depuis le mail où Timothée De Fombelle me confirmait qu’il m’enverrait le livre dès qu’il irait le chercher à Gallimard Jeunesse. Et il fallut une dernière fois attendre, pour 3 jours, lorsque Hub’ m’annonça avoir reçu le livre le mardi 4 Octobre. Et quand je découvris, vendredi soir, 7 octobre, dans ma boîte aux lettres, Vango tome 2 qui, bien sagement, m’attendait, comme promis dédicacé, ma joie et mon bonheur firent en quelques minutes le parcours croissant qu’avait fait mon impatience en une année et demi. Celle-ci avait atteint ses limites, les avaient largement dépassées et je me suis lancé, heureux, dans ma lecture de Vango tome 2 Un prince sans royaume …

                On rentre dans ce livre, comme on plonge dans la mer. La surface n’est qu’une simple couche à transpercer, et le froid une simple épreuve à surmonter, qui n’est rien, face à la beauté de l’ouvrage qui nous attend.

                Comment décrire Vango ? Comment coucher sur le papier toutes les sensations, les sentiments, les émotions qui ont jailli en moi durant cette lecture ? Par où commencer dans ce complexe entrelacement d’émerveillement et d’adoration pour ce livre ? … Timothée de Fombelle a réussi, dans son roman, à mettre dans un désordre comme celui-ci, une harmonie parfaite. Une symbiose naturelle où tout s’entrelace dans une étonnante fluidité, où tout trouve sa place et ce qu’il a à faire dans cet enchaînement complexe, cette connexion surprenante, cet admirable kaléidoscope. On retrouve là tout ce qui a fait la beauté du premier tome. On a l’impression de se retrouver dans la réception d’un hôtel, où l’on verrait défiler devant nos yeux naïfs une multitude de personnes différentes. Une multitude de fragments d’existences qui s’assemblent là, le temps d’un court instant. Tous ces personnages, toutes ces vies aux caractères uniques, aux personnalités et aux contrastes inlassablement présents. Toutes, toutes s’entremêlent étroitement, se croisent et s’éloignent, leurs destins coexistent, passent l’un à côté de l’autre, et prennent le même chemin, avant d’en changer. Certains sont liés. Inextricablement. Envers et contre tout, et sont tout bonnement indissociables l’un de l’autre. L’un ne peut pas continuer de s’étendre sans l’autre. L’un ne peut pas s’achever si l’autre ne fait pas de même ! L’un ne peut tout simplement pas exister, sans l’autre …

                On retrouve Vango, Vango et tout cet enfilement de personnages … réalistes et tellement vivants. Ce ne sont plus de simples personnages, qui suivent ce que les mots leur dictent. C’est ça, ils sont vivants, là sous nos yeux ébahis, ils suivent leurs destins toujours aussi passionnants malgré la banalité qu’ils peuvent parfois abriter. Le violoniste rêveur qui continue de lutter pour ses parents, l’homme aux multiples identités, qui ne cesse de nous faire frissonner, ou enrager, la jeune-fille aux envies de hauteur, brille d’une intelligence, d’une ruse et d’une envie d’amour et de liberté attendrissantes … Le padre à la vie en morceaux, le commissaire à l’identité fragile,  un bon nombre de personnages qui nous en mettent plein la vue, mais ils sont tant, qu’il serait difficile de tous les énumérer. Il y a aussi ceux qui sont des clés de l’histoire, ou du moins qui l’étaient, mais qui ont, dans ce second tome, perdu de l’importance. Du décor pittoresque et chaleureux des îles Eoliennes, nous sommes passés à celui enivrant et terrifiant du vaste monde. On en oublierait presque Vango, qui, me diriez-vous, se fait moins présent. J’ai envie de le nier. Vango est partout dans le livre. L’auteur nous le fait voir à travers les autres personnages, à travers les lieux qui ont fait de lui ce qu’il est, à travers les mots, et le livre entier, il le fait vivre de manière brillante ! On le respire à pleines bouffées d’air frais, on le laisse couler en nous comme une goulée d’eau douce, il s’infiltre dans nos cœurs et nos esprits pour n’en plus sortir. Il porte en lui, comme en chacun d’entre nous, une infime partie de notre monde. Celui-ci ci, qu’on découvre les yeux grands ouverts, l’esprit élargi et les sens déployés. Celui-ci, qui transporte l’ambiance de presque tout le roman. Changeante, fascinante bouleversante, et explosant d’une incroyable légèreté ! Timothée nous fait voyager dans toutes les dimensions possibles. Dans l’espace et dans le temps. D’un fragile manoir écossais, on passe aux toits de Paris. D’un dirigeable plein de charme, on tombe dans un repaire crapuleux. Depuis le charme d’une auberge italienne, on passe à celui d’un gigantesque immeuble en construction, qui deviendra plus tard, l’un des gratte-ciels les plus connus au monde. Dans des airs de guinguette parisienne,, nappes rouges à carreaux, vins et littérature, ou dans ceux d’une douce vie de château, lits à baldaquins, belles voitures et somptueuse demeure. Sérénité asiatique, bambous et médecine miracle, une Russie mystérieuse , les quatre coins du monde s’allient pour nous faire voyager …

                Un tout autre ravissement fut celui de retrouver la plume de mon auteur préféré, de Timothée de Fombelle, auteur aujourd’hui incontournable de la littérature jeunesse ! Une poésie poignante, des dialogues aux consonances théâtrales, et ses fameuses et nombreuses chutes, qui en mettent plein la vue ! Des phrases courtes, frappantes et pleines d’une vivacité qui vous coupent le souffle dans un surprenant retournement de situation, avec une soudaine prise de conscience sur l’identité d’un personnage ou tout simplement un souffle d’action qui suffit à vous fasciner.

                Ce n’est plus qu’une bouleversante histoire, une romantique poésie, ou un mouvementé film d’action défilant devant vos yeux que l’auteur a tracé pour nous, lecteurs. Moi, j’ai envie de vous dire de dévorer ce livre, ou plutôt, de la savourer, de vous en délecter, telle une succulente mais maigre soupe, ou une insignifiante pomme de terre épluchée sur huit faces. Ce que l’auteur a réussi à faire, ce n’est pas de voir loin, jusque dans le passé, à l’époque qu’il rend captivante, par ses connaissances et son agréable écriture, il a réussi à voir jusque dans … la vie. Ceci peut vous paraître étrange ridicule, mais c’est ce que j’ai ressenti. Il l’a capturée, juste un fragment, qu’il a su couché de sa plume sur le papier. Il a trouvé la cruauté, l’égoïsme, la peur, la souffrance, l’horreur et la tristesse ; il a apposé l’indifférence, l’incompréhension, la haine, ou la colère, il a introduit dans nos êtres la joie, le bonheur et a su y insuffler l’amour, et la vivacité …
                Ce roman saura capter votre attention de lecteur, du début, jusqu’à la fin. Celle-ci, clôturant de manière réussie et magnifique ce nouveau dyptique. On y trouve tout ce qui a fait de cet auteur, un écrivain célèbre et reconnu. L’émotion et la fragilité, l’amour et l’émotion, et un charmant chapitre, qui comme certains passages, vous donnera envie de vivre !  

L’attente fut longue. Très longue, mais elle en valait largement la peine. Ce second tome porte en lui tous les secrets de la réussite. L’amour, l’aventure, un réalisme secouant, mais qui par ses personnages, et ses destins qui s’entremêlent sans  cesse apporte sa part de magie. Un prince sans royaume porte haut le flambeau de son petit frère et même de Tobie. C’est un hurlement de vivant, une flamme qui brûlera une partie de vous, vous marquant à jamais de son incroyable vivacité. Vous n’oublierez pas Vango car, il n’est peut-être pas comparable à  Tobie Lolness, dont je ne me rappelles plus vraiment, mais Vango tome 2, est de loin, avec ceux du même auteur, un des plus beau livre qu’il m’ait été donné de lire.




" C'était un palais de bois dont les toits de couleur, les galeries et les clochers suspendus surgissaient entre les pins. Des collines couvertes de forêts l'entouraient. Ce palais de conte de fées semblait désert. On entendait les eaux basses de la rivière Otskhe chanter sur les galets et s'arrêter dans des recoins derrière les rochers. Il était neuf heures du latin. Dans l'herbe, la rosée s'était déjà évaporée. Le soleil allait frapper très fort.
Un homme regardait ce paysage depuis le bord du chemin. "




Vango tome 2 : Un prince sans royaume par Timothée de Fombelle Editions Gallimard,  392 pages.

«À recommander sans modération» (Le Figaro littéraire).
«Vango, un héros qui ne manque pas de panache» (Le Figaro).
«S'il y avait un Goncourt du livre de jeunesse, Timothée de Fombelle remporterait la mise.» (Françoise Dargent, Le Figaro).
«S'il n'y avait qu'un seul ouvrage à recommander, ce serait celui-là, qui a déjà tout d'un classique.» (Françoise Dargent, Le Figaro).
«Il est des livres qui marquent les mémoires au fer rouge» (Lire).
«Haletant et magique» (Pèlerin magazine).
«Un vrai plaisir de lire» (Je bouquine).



16 mai 2013

Tobie Lolness tomes 1 et 2 - Semaine Timothée de Fombelle




Pour lire un extrait du tome 1, cliquez sur la couverture correspondante !


Tobie n'est pas très grand pour son âge, il ne mesure qu'un millimètre et demi, mais c'est un garçon plein de ressources. Sa mère, la douce Maïa, lui a donné le goût des mots et son père, le grand savant Sim Lolness, sa vivacité d'esprit.

Ils vivent dans l'Arbre.
Quand les Lolness doivent quitter le confort et la luminosité des cimes de l'Arbre, Tobie s'adapte vite à sa nouvelle vie dans le territoire sauvage et sombre des Basses Branches.
S'il préfère vivre entouré d'amis comme Léo Blue, son ami
d'enfance, Elisha, la belle et farouche élue de son cœur, ou les Seldor, une joyeuse famille de musiciens, il sait dompter la solitude quand elle s'impose, grâce à la lecture – il a dévoré tous les écrits scientifiques de son père – et au dessin.
C'est un garçon réfléchi. Il pèse toujours soigneusement le pour et le contre avant de se lancer, mais se montre bien plus efficace et perspicace le ventre plein! Rien de tel qu'un peu d'eau chaude avec du miel et des petits gâteaux ou des crêpes bien moelleuses pour le bon fonctionnement de ses méninges. Son grand cœur lui gagne l'amitié de tous, enfin, de ceux qui ne sont pas à ses trousses pour le capturer... Heureusement, c'est un véritable feu follet et il est bien plus malin que ses poursuivants. Ses dons d'acrobate et d'imitateur le tireront d'affaires à maintes reprises. Têtu, coriace et volontaire, il est prêt à tout pour sauver ses parents. Et pour les beaux yeux d'Elisha...
 Ce roman est vraiment génial. Il est prenant et on n'a pas envie de le lâcher.



L'histoire est originale et surtout, bien écrite. Parce que ce n'est pas le seul roman où le héros mesure 1 millimètre mais c'est un roman très bien écrit ce qui fait que l'histoire devient très vite originale (comme je l'ai dit juste avant) et intéressante.
L'idée de l'Arbre est tout simplement superbe. Les Basses Branches et tout.
Je me suis vite attachée à Tobie et aux autres personnages. Ils sont bien "explorés" et chacun ont leur personnalité.
Tobie a une belle quête à accomplir, les lecteurs ont une belle lecture entre leurs mains.
J'ai lu les deux tomes de Tobie Lolness il y a longtemps donc l'histoire ne me reste pas vraiment en mémoire mais j'avais littéralement adoré et terminé les deux livres assez rapidement.
Timothée de Fombelle manie bien ses mots et son histoire prend forme. Son histoire qui se lit très bien.
En bref, j'ai adoré ce roman. Beau, prenant, original, attachant. Je vous le conseille !



Tobie et sa famille appartiennent au peuple de l'arbre qui réside dans un vénérable chêne, ruche de vie. Le jeune héros mesure quelques millimètres, ce qui lui rend la vie bien difficile. Le père de Tobie, grand savant, refuse de révéler sa dernière découverte scientifique qui pourrait bouleverser non seulement leur vie à tous mais aussi les projets de certains membres du Grand Conseil... Ce refus va entraîner la famille de Tobie dans la déchéance. Emprisonné, le jeune héros va se retrouver propulsé seul dans de terribles aventures...


On a tous un livre, ou une saga ou encore la bibliographie d’un auteur qui nous procure beaucoup d’émotions, beaucoup de plaisir, parfois plus que n’importe quelle autre lecture. Si je devais n’en citer qu’un, en trichant un peu, il s’agirait de l’intégrale Tobie Lolness dont l’auteur est le fabuleux Timothée de Fombelle.
                Mon histoire avec ce livre commence si je ne me trompe pas en 2007, l’année où le premier tome, La vie suspendue¸ est paru. C’était une année où j’allais encore à la bibliothèque. Comme toujours, avant toute chose j’ai jeté un œil au présentoir circulaire où se trouvaient les dernières nouveautés. Ai-je inventé ce souvenir ? En tout cas c’est sans doute là que je l’ai découvert puisque j’ai dans la tête le souvenir de la couverture –si belle et pétillante- réalisée par François Place. En tout cas, oui, c’est sans doute ce bel objet qui a d’abord attiré mon regard d’enfant de 10 ans. Même pas.
                Là se situe le commencement de tout ce qui suivit. J’ose exagérer un peu parce quand même, c’est une véritable aventure que j’ai vécue ensuite non … ? Je me souviens en avril avoir commandé avec fébrilité le second tome –Les yeux d’Elisha. Parce que si vous vous lancez dans ce dyptique -et vous le ferez, je l’espère !- ne vous arrêtez pas à acheter uniquement le premier tome ! Car celui-ci vous charmera et la fin vous laissera pantois, dans l’attente de la suite !
                Après je me souviens ma joie de découvrir un roman de Timothée de Fombelle dans le Je Bouquine, je ne me souviens que par bribes ou par photo de mes deux premières rencontres avec lui en 2008 et 2009 au salon du livre de Montreuil et de nos premiers échanges par mail. Et l’année 2010 est un point phare dans cette histoire ! Une grande excitation à la sortie de Vango, et la création du blog début juin.

                Ma passion a commencé avec Tobie et a décuplé au fil de ces 6 … 7 années ! J’avais ainsi pour projet de relire ces deux ouvrages depuis quelques mois et lorsque j’ai enfin craqué (en partie grâce à Tom ! …) pour l’intégrale, j’ai été happé aussitôt par les mots de Timothée de Fombelle.

                Il y a une question que je n’ai cessé de remuer. Celle importante que les lecteurs de cet auteur donnent des réponses différentes : préférez-vous Tobie Lolness ou Vango ?
                Je me disais je préfère ce premier … mais j’ai pourtant adoré ce dernier qui est unique. Il a suffi de cette relecture pour avoir ma réponse.

                Dès les premières pages, qui sont à elles seules d’une douce poésie et d’une intensité qui m’a volé mon cœur, je me suis retrouvé enraciné dans la fabuleuse histoire de Tobie. Dès les premières pages j’ai ressenti de vives émotions. Dès les premières pages j’ai littéralement replongé 7 ans en arrière. Je n’ai lu en tout cette saga que ( ?) 3 ou 4 fois et comme cela faisait maintenant un petit bout de temps que cela n’avait pas été le cas j’avais oublié beaucoup de détails. Les souvenirs se sont mis à affluer alors que je lisais les chapitres. Les souvenirs et les sentiments. Comment vous faire passer ici, comment vous expliquer ce que j’ai alors ressenti ? C’était mordre à pleine dents dans une poignée de framboises dans le jardin de son arrière-grand-mère. C’était la vue sur les montagnes pendant les vacances d’hiver comme chaque année depuis dix ans. C’était l’odeur et le goût que prend le chocolat dans les placards de sa grand-mère, la vue des cadeaux sous le sapin, le contact du pelage d’un chat, les matins de son enfance où on se lève alors que tout le monde dort et que le salon, juste éclairé par la lumière à travers la fenêtre de la porte d’entrée est d’une délicieuse paix. Oui c’était replonger dans des souvenirs et des impressions qui n’appartiennent qu’à chacun lorsqu’on retrouve La lecture de son enfance.
                Mieux encore. Je veux bien avouer que, parfois, à cause de toutes ces lectures qui doivent se succéder, le nombre de pages tournées pendant ma lecture est assez … obnubilant. Je guette veille surveille. Alors que là, celles-ci défilaient vraiment sans que je m’en aperçoive. Je pèse mes mots car ils ne sont que la stricte vérité car je les tournais instinctivement et je me retrouvais à avancer plus vite que je ne l’aurais cru ma lecture tant l’alchimie était prodigieusement puissante.
               
                Il faut dire que l’histoire en elle-même, d’abord, est unique. Un décor naturel que nous côtoyons quotidiennement, un brin de fantastique en y intégrant la vie et l’humanité en modèle réduit, et un personnage en fuite.
                L’univers de l’arbre est tout ce qu’il y a de plus crédible, et de plus réel puisqu’il s’agit d’un chêne. Mais en y ajoutant un peuple lilliputien, Timothée de Fombelle le revisite de façon unique, originale. Maisons creusées dans l’écorce, forêts de lichen, feuilles mortes et bourgeons, insectes qui sont des véritables monstres, boule de gui reconvertie en prison, toile d’araignée qui fait des prisonniers. Tant d’éléments banals qui deviennent des décors d’aventures, d’exploits et qui font avancer l’intrigue. Hautes et basses branches, peuple énigmatique des Pelés, études sur l’arbre, sa sève, ses branches, sa croissance, … En bref, l’auteur mène d’une main de maître son univers.

                Le peuple de l’arbre, celui des Pelés … tant de lilliputiens qui nous ressemblent mais des personnages auxquels on croit !
                Ils sont nos amis l’espace de 600 pages. On les suit, attendris, durant leurs aventures. Tobie, garçon à la puissance morale exceptionnelle, qui se bat pour des idéaux : la famille, l’amour et la liberté. Tobie, un petit personnage qui sait être grand. Par son courage et son cœur. Tobie, ce petit bout d’adolescent qui va grandir sous nos yeux attachés d’amour. Tobie. Tobie et son papa Sim, drôle, attachant, bon, généreux. Sim le scientifique, bien plus intelligent que tous les autres habitants de l’arbre. Sim le scientifique qui a su voir le danger. Trop tard. Et sa femme Maïa, la maman. Maïa c’est le sucre du miel, la fragilité de la toile d’araignée, la vulnérabilité de l’arbre.
Et Elisha. Les yeux d’Elisha. Elisha … comment peut-on espérer s’élever à la hauteur des mots de Timothée de Fombelle. Comment puis-je retransmettre l’amour que porte notre petit Tobie pour sa Elisa ? Elisha a la beauté et la grandeur de l’arbre. La force du tronc. L’agilité des branches. La volubilité des feuilles. Vous allez aimer Elisha …
                Je ne pourrais bien entendu pas vous parler de tous les personnages de ces deux romans … il y en a tant. Timothée de Fombelle les anime avec le talent de la vie, et celui des émotions. Il construit des personnages profonds, uniques, originaux, qui se tiennent, auxquels on s’attache. Pour leur bêtise, leur bonté, leur  idiotie, leur générosité, leur stupidité, leur humanité… qu’ils soient bons ou mauvais, notre auteur ne s’égare pas, et continue à broder un conte où tout est finesse et simplicité.
                Tobie Lolness est un conte oui. Le conte d’une minuscule vie bouleversée par le destin de tout un monde. Au cœur de l’univers lilliputien d’un arbre, cet auteur virtuose est le chef d’orchestre d’une aventure rocambolesque qui entraîne le lecteur dans une histoire où le merveilleux est nature. Comme il le dit si bien : « Le monde devient immense, devient une aventure lorsqu’on rétrécit jusqu’à ne faire qu’un millimètre et demi … Les interstices du plancher deviennent des canyons. La tente devient la voie Lactée … ». Sauf qu’ici les racines sont des montagnes, les branches des hameaux, les creux des lacs, les Cimes le sommet du monde. Dans une forêt de mots à qui Timothée de Fombelle sait emprunter le panache, cette quête de soi renverse le lecteur par sa poésie, sa simplicité, sa sincérité et sa grandeur. Un chef d’œuvre qui a bouleversé ma vie.



Tobie Lolness est une petit être vivant mesurant même pas un millimètre, il vit dans avec sa famille dans la cime des arbres, un endroit magique est confortable. Son père est un inventeur hors-pair. Il commet l'erreur de ne pas révéler le secret de sa nouvelle invention, révolutionnaire. Cela va dissuader son public. La famille de Tobie est commandée à mort dans un endroit détestable. Les basses-branches. Le petit Tobie s'adapte très vite à la vie dans cet endroit sombre et perdu. Néanmoins il ne sa passe rien. Un jour Tobie décide s'enfuir. Pourchassé il doit trouver abri pour pas être tué. Ce livre raconte la belle aventure de Tobie essayant de s'enfuir, il va rencontrer des habitants méchants et gentils. Son but est de sauver sa peau.


 J'ai beaucoup aimé ce roman, je pense qu'il est très bien imaginé et les personnages bien adaptés. J'ai vraiment accroché et je trouve que c'est l'un des meilleurs romans écrits par Timothée De Fombelle. Entre l'émotion, l'environnement, l'amitié, le suspense, on a tous les choix. La vie suspendue m'a sensibilisée à l'environnement et je pense que c'est extrêmement bien pensé.







L'histoire : Le livre démarre au coeur de l'action. On ne sait au début guère plus que le nom du personnage, et qu'il doit fuir. A l'aide de flash-backs et de souvenirs on commence à comprendre. Tobie, agé de treize ans, mesure un millimètre et demi, et vit dans l'Arbre. Il appartient a un peuple organisé, vivant dans cette arbre. Ses parents, Sim et Maïa Lolness, sont aimants et intelligents. Sim est un chercheur. Ils vivaient dans les Cimes, les branches hautes de l'arbre les plus agréables, qu'ils ont du quitter pour les Branches basses, sombres et humides. Cela car Sim a été banni du conseil pour avoir évoquer l'idée que l'Arbre était vivant. Tobie s'habitue bien a la vie dans les branches basses. Il rencontre la belle Elisha. Des années assez heureuses s'écoulent, jusqu'à ce que son père invente une machine révolutionnaire mais dont il ne veut pas divulguer le secret, car elle fonctionne grâce a la sève de l'Arbre, ce qui risquerait de le tuer. Son père et sa mère sont emprisonnés, et Tobie réussit à se cacher, et ensuite à fuire. Il est recherché et une récompense est offerte pour sa capture. Heureusement, il est agile et malin, et connait les Branches basses. Voici où commence l'histoire. Vient ensuite de nombreux rebondissements, des trahisons, et une expédition chez le mystérieux peuple des Pelés, car Tobie veut a tout prix retrouver ses parents.


Mon avis : Ce livre est fantastique. Magnifique. Renversant. Thimothé de Fombelle manie si bien les mots qu'on est surpris et émerveillés à chaque page. Tobie est un personnage très vite attachant. Une autre chose que j'aime beaucoup dans ce livre, et dans d'autres de Thimothé de Fombelle, c'est le fait qu'il y ait plusieurs points de vue, de personnages ne se connaissant pas forcément mais qui sont liés d'une façon où d'une autre. Le suspense est aussi présent, et il est difficile de lâcher le livre. Vous l'aurez compris, si vous ne l'avez pas encore lu, lisez le, absolument !




Tobie Lolness fuit. A seulement treize ans, il échappe à son peuple qui le traque, laissant derrière lui ses parents, Sim le savant malicieux, et Maïa à la voix d'or, délicate comme la corolle d'une fleur. Il laisse aussi son enfance. Du haut de son millimètre et demi, il se dirige à la faveur de la nuit vers les régions humides des Basses-Branches, vers Elisha, son refuge et son amie de toujours. Dans sa fuite, il se remémore les moments joyeux de son enfance, malgré l'exil et les incompréhensions. Les mains de son père, l'étoile qui lui a donnée, Altaïr, le pain frotté au pollen de sa mère, sa rencontre avec Elisha et sa mère, leurs crêpes délicieuses et ruisselantes de miel, le nom de la coccinelle à quatorze points qu'il leur a appris. Quatuordecim-pustulata. 
Mais pourquoi donc Balaïna, le cloporte en bois avec lequel jouait Tobie, est-il si convoité par Jo Mitch, un éleveur de charançons aux ambitions inquiétantes ? D'accord, ce "prodige ordinaire" avance. Ses pattes articulées bougent grâce à une petite boîte noire sur son dos. Mais Sim sait tout faire ! C'est un grand savant. Alors pourquoi un simple jouet intéresserait cet homme écoeurant et cruel ?
Dans sa traque, Tobie Lolness devient le fugitif le plus recherché de l'arbre. Intelligent et débrouillard, il a beaucoup d'ennemis, mais aussi quelques amis, plus précieux que tout, qui l'aident et le soutiennent. Elisha l'insaisissable au coeur immense, Nils Amen, le bûcheron qui accomplit des actes héroïques. Tête de Lune, le jeune garçon Pelé qui est comme le petit frère de Tobie, la famille Asseldor, qui fait des miracles avec un instrument entre les mains. Autant de lumières ténues quand même l'obscurité menace d'engouffrer tout ce qui barre son chemin.
Et pendant ce temps, Sim et Maïa sont retenus captifs. Dans le second volume de la saga, Leo Blue, ancien meilleur ami de Tobie, est devenu un fou et un meurtrier, qui, amoureux d'Elisha, la retient dans un oeuf creux jusqu'à qu'elle accepte de l'épouser. Mais avec le caractère d'Elisha, Leo peut toujours attendre ! Et cette ombre mystérieuse Pendant ce temps, le peuple Pelé, qui vit dans les Hautes Herbes, est capturé par rafles et emmené de force dans des cratères. Ces trous dans l'écorce tuent l'arbre, et Jo Mitch force les déportés à creuser à la place des charançons. Souffrant de faim, d'épuisement, rabaissés à rien, les enfants, les adultes, les vieillards, s'entassent dans de minables cabanons et travaillent jusqu'à tomber d'épuisement.
Tobie cherche ses parents, retenus captifs. Il les a cherché jusqu'à Tomble, la tristement célèbre prison-boule de gui qui peut être coupée à tout instant. Mais il a trouvé à la place les parents Olmech, et leur fils Lex qui venait les délivrer. Le bruit court que Sim et Maïa ont été exécutés. Mais Tobie le sent, ils sont vivants. Parviendra-t-il, enfin, à les retrouver, à échapper définitivement à ceux qui le traquent pour le tuer, à vivre en paix ? 




Encore un roman grandiose. On rencontre Tobie alors qu'il est allongé dans un trou d'écorce pas assez grand pour l'envelopper entièrement de ses fibres bienveillantes. Tobie regarde la nuit : elle est belle, la lumière des étoiles est tamisée par les ramifications de l'arbre. Tout paraît paisible. Mais les choses ne sont pas ce que l'on croit : Tobie est pourchassé, et s'il est retrouvé, il mourra. Ses poursuivants sont à quelques pas de lui. Timothée de Fombelle s'est inspiré pour cette première scène du Dormeur du Val de Rimbaud. On ressent cette atmosphère : tout paraît calme, mais ce n'est que le calme avant l'orage.
Tobie ressemble à Vango. C'est un enfant taciturne et solitaire, qui est poursuivi et en danger de mort. Il a grandi auprès de ses parents, qui ont su lui apporter l'amour dont il avait besoin. La curiosité de ce qui l'entoure, les étoiles, la mousse, les insectes. L'arbre. C'est un cadre incroyable : malgré le fait que malheureusement, de plus en plus d'arbres sont coupés, on en voit partout. Hêtres, frênes, bouleau, sapins... L'arbre de Tobie est un chêne, et tout le roman se passe entre le sol et les racines jusqu'à la cime. 
Les personnages sont vivants : Elisha est une petite, puis une jeune, fille, qui a un fort caractère, le sourire malicieux et le coeur sur la main. Sim et Maïa, que j'aime tout particulièrement : la bonne humeur de Sim, la douceur de Maïa. La grandeur d'âme de Sim, la bonté de Maïa. Sim et Maïa. Le petit Tête de Lune est un garçon adorable, déterminé et qui s'applique à être grand !  
La course-poursuite est haletante. Et en même temps, plusieurs histoires, drames, se déroulent en parallèle, s'entrecroisent, tout comme les personnages qui évoluent et se rencontrent au fil des pages. En parlant des captures des Pelés, par exemple, je n'ai pas employé le mot "rafles" pour rien : les captures et le travail forcé dans les cratères, dans des conditions abominables et inhumaines, rappelle la cruauté des camps de concentration et de travaux forcés.

Timothée de Fombelle est connu pour ses chutes incroyables, et "Tobie Lolness" ne fait pas exception à la règle. Des fins de chapitres pleines de suspens, qui tiennent en haleine. Et surtout, une imagination débordante. 
Il y a aussi beaucoup d'émotion dans ce roman : certains passages m'ont émue aux larmes, certaines paroles, certains regards.
Ce livre appelle à protéger les arbres, et, de manière plus vaste, notre Terre, en nous montrant l'infiniment petit, la sève, l'écorce, des lacs de quelques millimètres sur un creux dans une branche. 
Il montre aussi le courage, et la force d'une amitié inaltérable, malgré les obstacles. La force de l'amour aussi, qu'il soit filial ou envers celui ou celle que l'on aime envers et contre tout. Ça paraît banal, commun, un thème récurrent dans les livres, mais chaque auteur le décrit différemment. 
Un livre magistral, qu'il faut avoir lu. L'un des meilleurs romans jeunesse.




Tobie Lolness tomes 1 et 2, Timothée de Fombelle, Editions Gallimard. 320 pages pour le tome 1 et 432 pour le tome 2. 



Par T. De Fombelle : «Je n'écrivais que pour le théâtre, des pièces plutôt pointues. Tobie me trottait dans la tête sans que je puisse le retranscrire sur les planches. J'ai imaginé un roman pour la jeunesse parce que je pouvais me laisser emporter sans honte de la larme à l'œil et des grandes émotions. Avec les jeunes lecteurs tout est possible» (Le Figaro, 30 Juillet 2008). (source Gallimard Jeunesse)


Merci à Bokalieee, Nathan, et Chocolat Fondu du blog Dream in Books, partenaires du blog.