DERNIERES CHRONIQUES

         


Affichage des articles dont le libellé est Bonte. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bonte. Afficher tous les articles

21 novembre 2024

Les lectures de l'automne (Sélection de Noël en coups de coeur et coups de griffe)

 Chers lecteurs et lectrices,

Plutôt que de consacrer d'infimes chroniques à des ouvrages séparés les uns des autres, j'ai décidé de proposer des compilations d'ouvrages lus par saisons. En ce mois d'automne, j'ai tenté de lire un peu chaque soir, pour ne pas perdre une habitude que la consommation excessive d'écrans aurait altérée. Cette discipline a été couronnée d'un succès relatif, qui n'a pas empêché la découverte de belles nouveautés et de quelques livres qui m'ont moins plu. 

22 avril 2020

Chronique - L'avenir t'appartient : lettre aux jeunes chercheurs de sens (Olivier Pons)


Coup de ♡

ENTREE EN MATIERE

Je ne sais pas vraiment comment démarrer cette chronique. Je pourrais commencer par vous raconter que ma marraine m'a offert ce livre un jour et que je l'ai rangé dans ma bibliothèque en me promettant de le lire bientôt. Ou bien vous parler de petite Camille, qui voulait absolument grandir et qui a découvert en le faisant que la vie d'adulte était une chose impressionnante.

L'entrée en matière importe peu, finalement, car ce qui s'ensuit est plus beau encore. Ce livre, je ne l'ai ressorti de mes armoires qu'il y a une semaine, soit plusieurs années après l'avoir reçu. Et il m'a bouleversée et redonné vigueur, au point de dissoudre certaines craintes pourtant solidement ancrées en moi depuis l'adolescence. En parler fait donc sens, car j'aimerais partager avec vous ce petit shoot de courage et d'espoir nécessaire à l'entrée dans la vie adulte, et qui ne saurait être de trop en ces temps douloureux.


16 novembre 2014

Le regard des princes à minuit - «Je vais te dire quelle est la plus grande vertu. C'est la vérité, oui, il faut la vérité avant toute chose. Quand un homme ment, c'est une part de notre monde qu'il assassine».




Être un véritable chevalier, aujourd'hui, est-ce encore possible?
À travers sept épreuves initiatiques, des jeunes se lancent dans l'aventure : une expédition nocturne dans la forêt de Brocéliande, l'escalade de la façade de Notre-Dame en cordée, l'intensité d'un combat à mains nues, la découverte d'une danse oubliée avec une cavalière sensuelle... 
Autant de façons de vibrer, de prendre position dans la société, de dire NON.


Certains livres donnent envie de se lever et d'agir. De prendre sa place dans la société. De reprendre sa vie en main. De se donner des objectifs et de les atteindre. Ils redonnent de l'espoir et raniment le feu. Je parle ici en tant que jeune, qui dans quelques années va voter, faire des études supérieures, voyager ailleurs, rencontrer de nouvelles personnes, découvrir le monde du travail, se marier, fonder une famille, s'engager localement ou à l'étranger, devenir vieille. J'essaye au maximum d'éviter les clichés, mais comme je ne sais pas de quoi sera faite ma vie, je considère tout. Comme tous les jeunes. Ce qui ne veut pas dire que l'enfance et la jeunesse sont des périodes vides, creuses, dans l'attente de notre vie. 
Cette jeunesse est un âge magnifique, où l'on pense, où l'on se construit, où l'on découvre, où l'on vit. On peut être découragé parfois, avec l'impression d'être écrasé par un monde trop lourd, trop violent, trop fermé. Effrayé devant les multiples choix qui s'offrent à nous, ou encore impuissants face aux conflits et aux injustices. Et sans se projeter dans quelques années, on peut aussi, au quotidien, se demander ce qu'on fait là. Pourquoi sommes-nous si seuls au milieu des autres. On refait le monde, on écrit nos pensées, on vit avec intensité. On attend d'être adulte, avec impatience parfois. On regarde en arrière, avec un peu de nostalgie, cette enfance heureuse que l'on regrette peut-être. Mais on savoure notre âge aussi. Les premiers émois, les premières fois. La fougue. Les envolées. On est jeune, tout simplement. Encore une fois, l'âge adulte peut aussi avoir ces envolées et cette fougue ! L'âge en années n'a rien à voir avec l'âge de l'esprit. 
La jeunesse est une époque magnifique. Vraiment. Avec "Le regard des princes à minuit", Erik L'Homme écrit cette jeunesse pleine de rêves, d'espoirs, d'attentes, de vigueur, de passion. La vie devant nous. 

Le livre est court, 144 pages, mais c'est une petite merveille. Sept histoires, sept existences entremêlées que l'on met en parallèle avec le conte moyenâgeux de la Quête des Sept Bacheliers, pleine de belles valeurs et de nobles actions. Vous la connaissez, cette expression "on n'est plus au Moyen-Âge !" que vous avez peut-être prononcée un jour comme je l'ai fait aussi. Je ne veux pas revenir à cette époque, mais il faut reconnaître qu'elle n'était pas seulement remplie de rustres et de brutes comme elle nous l'est parfois présentée. Le Moyen-Âge et notamment la chevalerie prônaient un grand nombre de belles valeurs que l'on retrouvaient dans l'art et la littérature avec le fin'amor (ou amour courtois). Et bien qu'elles n'aient pas toujours été respectées, ces vertus chevaleresques étaient belles, louables. Et elles sont le point de départ de ce livre. Erik L'Homme reprend donc le conte des "Sept Bacheliers et l'épreuve périlleuse" qui aurait été écrit par Cosme d'Aleyrac en 1190 mais dont je n'ai pu retrouver la trace. 

En route...

La première histoire se vit au rythme d'une mazurka, cette danse langoureuse venue de Pologne. C'est une parenthèse au charme désuet, un petit éclat de rêve. L'union respectueuse de deux corps qui s'abandonnent par la danse. Un-deux-trois un-deux-trois un-deux-saute un-deux-trois. On retrouve une beauté qui n'a pas été souillée par la saleté d'arrière-pensées. Mais ce n'est pas une pureté immobile et poussiéreuse. Non, Erik L'Homme rend la scène surréaliste… vivante. Drôle. Elle tire un sourire et inspire le respect. Elle nous arrache au quotidien et nous emmène ailleurs, sur un parking désert, au son d'un accordéon. Erik L'Homme joue avec Arnaud, son premier personnage, un peu perdu et très touchant. Poésie d'une danse et d'un instant et de paroles. Faustine, dans sa robe rouge, danse, rit, guide. Ils échangent. Amour délicat, fugace, naissant. L'instant juste avant lequel le crayon se pose sur la feuille pour écrire ou dessiner… et l'instant où il touche le papier et esquisse des traits. La scène a une beauté d'un autre temps. Et une première valeur est énoncée : "Honore et aime toutes les femmes.

"La chanteuse lança un dernier couplet : "Quand les corps s'enlacent, instants de grâces, moments fugaces…" " (P. 28)

La deuxième histoire nous entraîne au coeur de la forêt de Brocéliande. Un feu, la canopée, les bruits de la nuit et deux amis qui devisent avec espérance… La scoute que je suis connaît le froid, la fumée du feu qui imprègne les tissus, les doigts engourdis, les brindilles, les braises rougeoyantes, la nuit dans hôtel aux centaines de milliards d'étoiles… Je crois que c'est cette scène qui m'a le plus marqué. Deux amis qui parlent de leurs vies. Qui comprennent qu'il manque quelque chose à leur quotidien. La page 43 est l'une des plus fortes qu'il m'ait été données de lire et si je ne la retranscrit pas, c'est pour que vous puissiez la lire, vous-même, avec ce livre dans les mains… La forêt bruisse doucement autour d'eux, et quelle forêt que cette Brocéliande enchanteresse où réside l'essence des mythes celtes ! La nuit est propre aux confidences. Les amis livrent leurs âmes avec confiance et abandon. La vie est devant eux, pleine de promesses et de choix à faire. Chuchotements. Silences. Paroles. Réflexion sur la tolérance, mais pas ces discours creux et interminables. Les jeunes hommes se revigorent auprès du feu mais aussi en parlant vraiment. Vie. Et Vladimir énonce la deuxième valeur : "Médite sur toi et sur qui tu es." On se cherche, on se questionne, on se remet en cause. On se forge, on s'imprègne, on s'inspire. On se devient. 

"On a quitté la Vallée-des-Portes, dit Vladimir à voix basse pour ne plus déranger la nuit." (P. 40)

La troisième histoire m'a touchée différemment des premières. Elle a quelque chose de rocambolesque, qui rompt un peu avec la poésie des deux premières scènes. Ou qui du moins, diffère de la délicatesse de ces deux premiers chapitres sans âge. Mais c'est aussi l'une des plus philosophiques et même des plus complexes ; Hervé et Patrick vont dégrader une antenne relais afin de couper les habitants de la télévision : ainsi, ils passeront une soirée sans écrans, en retrouvant la chaleur d'une discussion ou le velouté des pages d'un livres… Et cet acte pose la question de l'obéissance à la loi, de la rébellion, de la relativité des mots sur lesquels il est si facile de jouer. Mais surtout, elle parle de la différence entre vérité/mensonge et vrai/faux, de l'influence de la télévision sur nous, qui devons apprendre à garder un oeil critique et avisé. Erik L'Homme nous invite à créer notre propre imaginaire, qui soit nourri et inspiré par des sources variées. Loin de nous ce mensonge, cette déformation de la réalité qu'offre la télévision. On retrouve indirectement cette question que l'on se pose quand l'adaptation d'un livre qu'on n'a pas lu sort au cinéma : doit-on lire d'abord le livre ? Doit-on d'abord voir le film ? En ce qui me concerne, je commence par lire le livre, pour me faire ma propre idée des personnages, de l'histoire et des scènes. Pour ne pas découvrir quelque chose avec un filtre, celui des choix scéniques du réalisateur par exemple. Alors bien sûr, on ne découvre presque jamais les choses sans a-priori : le simple fait de lire cette chronique vous donne une opinion sur ce livre dont je vous parle et que vous n'avez pas encore lu. D'ailleurs, libre à vous de vous arrêter de lire cet avis. Vraiment ! Et en extrapolant, on retrouve un thème abordé dans l'histoire. La liberté ! Où commence-t-elle ? Ou s'arrête-t-elle ? En parlant de liberté, on peut parler des engagements, des choix qui lient, de l'influence que l'on reçoit. Je n'en écrirai pas plus mais c'est intéressant à méditer. Une belle surprise de ce chapitre, c'est la description d'Internet faite par Patrick : "ce joyeux bordel débordant de vie, ce grand n'importe quoi dans lequel la vérité trouve encore de l'espace pour s'ébattre." Et la réaction d'Hervé, qui appartient selon moi à un passage clef : "Je ne m'attendais pas à ce que tu défendes Internet (…) Je m'attendais plutôt à une apologie des livres." Ce à quoi Patrick répond "L'un n'empêche pas l'autre. Mais tu as raison, les livres aussi constituent un antidote aux sortilèges de la télévision." (P. 65) Ce dialogue dans lequel s'affrontent et se croisent les opinions opposées des deux amis, ressemble à une dissertation. Et elle est vraiment intéressante. Et nous découvrons notre troisième valeur : "Sois bon avec les faibles et fier avec les puissants.

"La personne, c'est l'individu sorti du troupeau, qui pense et agit par lui-même." (P. 66)

L'histoire suivante sent la sueur et les tatamis. Des combats, de la fight, où se côtoient les instincts intrinsèques et la surveillance d'un arbitre attentif. Cette histoire m'a rappelée le tableau de Magritte, La Trahison des images, d'ailleurs évoqué dans l'histoire précédente. Un lien s'esquisse entre ces sept scènes, mais nous en reparleront plus bas. Quel rapport entre "Ceci n'est pas une pipe" et des combats en sous-sol ? J'ai beau vous en parler, vous le décrire du mieux que je peux et Erik à plus forte raison, ce combat, il faut le vivre pour le saisir. Et tous les mots du monde ne vous donneront qu'une image du combat. Du corps-à-corps. "L'éternelle confrontation, le choc de la chair. Le retour au réel." (P. 83) Ce combat n'est pas du catch, simulé et surjoué. Peu de mots, ils suffiront j'espère à vous faire saisir la chose. Sueur. Coup. Défense. Instinct. Authenticité. Mise à nu. Echange. Personnes. Rencontres. Respect. Être. Le combat nous met face à nous et face à l'autre. Pas de fuite, à part la fuite en avant. Il révèle un désir d'authenticité, un retour à la source. Qu'il est fort cet Erik L'Homme, de réussir à nous faire regarder ce que, peut-être, nous pensions bestial et violent, d'une manière différente : nous savions qu'il y avait dans la lutte des règles, une culture (encore plus poussée avec les arts martiaux), un respect fort de son adversaire. Mais peut-être que l'essence du combat nous échappait. "Espace de vérité" (P. 83). Et ce combat physique peut nous entraîner à un combat pour rester fidèle à nos valeurs, nos idéaux, comme le montre cette quatrième vertu chevaleresque : "Montre du courage et bataille contre l'injustice." Suivie d'un prosaïque "Jolie phrase." (P. 86) Mais attention, ni moi ni ce chapitre ne faisons l'apologie de la violence, soyons clairs ! En outre, les combats ne sont pas tous des coups donnés. On peut se battre et faire mal avec les mots. 
Ce chapitre, lisez-le ! Vous le vivrez déjà plus. Vous comprendrez. Il est ardent et plein de passion. 

"Bienvenue chez les vivants." (P. 82)

L'histoire suivante est dans la continuité de ce corps-à-corps avec la vie. Cette fois, il s'agit de l'ascension de ce qu'Hugo qualifiait de "vaste symphonie en pierre" (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris, 1831, Edition Nationale, Livre III, chapitre 1), la cathédrale Notre-Dame qui fête ses huit cents cinquante ans. Et pour célébrer cet évènement, un groupe de jeunes décide de l'escalade en pleine nuit, non comme Alain Robert qui grimpe sur les gratte-ciels à mains nues, mais solidement sanglés et assurés. Malgré les lanières, le vertige les ramène, pour certains, à une peur qui prend au coeur. Mais qu'est-ce que je fais là ? Echo d'une peur plus métaphysique. Mais qu'est-ce que je fais là ? La pierre sous les doigts, les saillies de l'imposante Dame de pierre. Réalité. Ce passage m'en rappelle un autre, où un autre jeune homme avait escaladé la cathédrale. Un héros libre lui aussi. Mais un héros en fuite. Vango. Ici on ressent… Adrénaline. Peur. Ambiance. Urgence. Et au sommet, ivresse. Fierté. On s'est dépassé. Et c'est plus que de simples mots. C'est le choix, à chaque instant, de saisir une saillie, plus haut. De défier le vide. Non de faire disparaître sa peur, mais d'être plus forte qu'elle. "Ne regarde pas en bas, regarde là où tu veux aller." (P. 98) Ce conseil, on me l'a aussi donné en danse : "Quand tu tournes, regarde là où tu veux aller." Il faut savoir à la fois cueillir chaque instant, le savourer parce qu'il est unique, chaque seconde, cette respiration que vous venez de prendre, goûter l'air et le présent. Même s'il faut aussi savoir "regarder là où tu veux aller". Non, ce n'est pas paradoxal. Récemment, je me suis rendu compte que quoi que l'on prévoit, quelque chose d'autre se produit ou interfère. Systématiquement. Prévoir sur le long terme peut être rassurant. Mais c'est beau de se dire que l'aventure, l'imprévu, va aussi s'installer. Des rencontres que l'on n'attendaient pas et qui nous changent du tout au tout. Et le passé, me demandez-vous ? Le passé ne s'efface pas dès lors qu'il devient du présent ! Il nous sert à apprendre, à nous compléter, à se remémorer les bons moments.  Le passé est essentiel. C'est notre héritage. "Respecte l'héritage de tes pères…" nous dit la cinquième vertu.
Dans ce chapitre, la beauté d'une nuit à nulle autre pareille. Les étoiles au-dessus, le vide en-dessous, et le seul lien c'est cette pierre sous nos doigts et cette corde qui nous relie les uns aux autres. Jolie symbolique, non ? Ou alors c'est moi qui, creusant un peu trop, voit le ciel comme ces questions métaphysiques, la pierre comme notre Histoire et notre culture, le vide comme ce qui nous donne envie d'avancer, et les autres… dont on a toujours besoin. 

"Cette nuit restera gravée dans ta mémoire, crois-moi." (P. 98)

Le dénouement se profile dans cet avant-dernier chapitre. Mais je ne vous en parlerai pas afin que vous le découvriez vous-même… Il achève de tisser ce lien entre les chapitres précédents. Car vous pouvez vous demander, comme je me suis posé la question, pourquoi avoir rassemblé autant d'histoires disparates au sein de ce recueil ? Nous avons retrouvé en elles des thèmes communs : la vie, les choix, la liberté, l'avenir, la jeunesse, les vertus chevaleresques, la confrontation avec soi, la réalité, l'authenticité… Mais aussi la présence d'un "apprenti"et d'un "guide". D'un "bleu" et d'un "expérimenté". L'âge ne rentre pas forcément en ligne de compte. C'est d'expérience dont on parle ici. 
Un dernier mot… Ce livre est une quête initiatique. D'où le parallèle avec ce conte des "Sept bacheliers", qui devaient avant d'être adoubé, parcourir le monde et appliquer les vertus qu'ils s'engageraient à vivre… 

En route...

J'ai retrouvé avec bonheur la plume d'Eric l'Homme et son talent, son imagination, qui m'avaient captivée dans la lecture de la saga "Phaenomen". C'est puissant. Ardent. Passionné. Et c'est aussi pour cela que la jeunesse n'est pas une question d'âge. Comme l'a si bien dit Yoko Ono, la femme de John Lennon, "Certaines personnes sont vieilles à 18 ans et d'autres jeunes à 90 ans… Le temps est un concept inventé par les Hommes." Erik L'Homme a cette passion caractéristique de la jeunesse. Il n'a plus 18 ans, mais - et je ne prétends pas le connaître ou dresser une analyse psychologique de comptoir - il est jeune. Son texte l'est. Il a compris nos interrogations, nos passions, nos envolées, notre fougue. Et ces personnages sont nous. Ils ne m'ont pas spécialement marquée en tant que personnages - et puis il est dur de complexifier un protagoniste en peu de pages - mais parce qu'ils sont nous. Ils sont n'importe qui. Vous. Moi. Et cette manière qu'a Erik de saisir les choses et de les partager en peu de mots..."Cheveux roux, jolis sourire." Quatre mots, et pourtant une image s'est dessinée en nous. Sortie de notre imaginaire, elle est unique et propre à chacun, parce que nous n'avons pas les même sources ! On revient à ce désir d'un imaginaire foisonnant et vivant. 
On trouve en début de livre une sorte de préface écrite par l'auteur. Je la relis à la fin - je lis souvent les préfaces après le livre afin de me faire ma propre opinion de celui-ci. Puis je relis ou re-parcours le livre, avec cette compréhension, cette approche nouvelle - et je me rends compte que je n'ai pas tant mis l'accent sur ce lien entre les histoires. Ma chronique les analyse une par une, à la suite les unes des autres, en établissant peu de connexions entres elles. Mais dans chacune de ces histoires, Erik a dressé le portrait de jeunes insoumis. Qui se sont extirpés d'un système de formatage. Ils ne sont pas nécessairement marginaux, mais ils vivent vraiment. Ils réfléchissent par eux-même et s'interrogent sur le monde qui les entoure. Ils font leurs propres choix. Ils refont le monde. Comme nous. Ardente jeunesse ! Et voilà que je parle comme si j'en étais sortie, alors que non, je suis au coeur de cet âge splendide ! C'est incroyable d'avoir le choix, d'avoir cette passion, cette énergie ! C'est fou ! Gardons cette force. Elle se tempèrera avec l'âge, mais ne devenons pas aigris et brisés. Soyons des hommes et des femmes debout.

Safran






Erik L'Homme passe son enfance dans la Drôme provençale, proche de la nature et des livres. Il fait des études d'histoire, et après l'obtention de sa maîtrise, part à la découverte de l'Asie.Son premier livre parle de la langue et de la culture d'un ancien peuple vivant entre Pakistan et Afghanistan.
Aujourd'hui, il est de retour dans la Drôme à Poët-Laval, et partage son temps entre journalisme et écriture de romans.
(Babelio)




Le regard des princes à minuit, écrit par Erik L'Homme et paru le 6 Mars 2014 aux éditions Gallimard Jeunesse (collection Scripto). 144 pages, 7, 65 euros.


Un coup de coeur musical en lien avec le livre ?

I Lived (One Republic, Native,  Polydor, Interscope Records, 2013)





13 juin 2014

Je m'appelle Mina - « Il m'a fallu ma vie entière pour apprendre à dessiner comme un enfant. » (Picasso)


- Quatrième de couverture -
«Ecrire sera comme un voyage, chaque mot sera un pas qui m’emmènera vers une terre inconnue », commence à écrire Mina dans son journal. Vivant seule avec sa mère depuis la mort de son père, Mina McKee, neuf ans, nous raconte son histoire. Mais comment pourrait-elle savoir où ses phrases vont la mener ? Perchée dans l’arbre où elle aime grimper, elle se pose beaucoup de questions. Trop, aux yeux des autres, qui la trouvent étrange et même un peu folle. De toute façon, Mina n’a pas besoin des autres. Elle préfère jouer avec les mots comme « archéoptéryx », ou « métempsycose ». Elle a aussi ses idées sur la vie, la mort, ce que l’on devrait apprendre à l’école… Mina osera-t-elle sortir de son monde ? Un jour, du haut de son arbre, elle voit arriver une famille… 


Merci aux éditions Gallimard Jeunesse !

Certains bouquins sont de véritables bouffées d'air frais. C'est le cas de Je m'appelle Mina, le dernier livre de David Almond. Le qualifier de "jeunesse" me semble assez réducteur puisque ce bijou s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux enfants. En l'ouvrant, on rencontre Mina, une petite fille perchée sur un arbre la plupart du temps, qui se demande ce qu'est le monde et quelle est sa place au sein de celui-ci. Isolée de ses camarades de classe, l'enfant préfère jouer avec les mots et se poser des questions qu'elle note sur un petit carnet. Au fil des pages on découvre celui des pensées de Mina, qui nous fait voir le monde avec les yeux d'un enfant. Et en ce moment c'est ce dont j'avais besoin - de la poésie, de l'émerveillement, de la simplicité. Pas de niaiserie, pas de fioritures, pas d'ordre non plus, on suit Mina dans les méandres de son esprit ; et elle se fait Ariane, nous guidant dans le labyrinthe complexe des questionnements enfantins qui ne se soucient pas des convenances. 
Le ton est donné, il sera poétique.

Ce livre me paraissait frais et divertissant. Il s'est révélé bien plus que ça ! Et au milieu d'essais complexes et de thriller violents - je pense à Réseau(x) de Vincent Villeminot, le dernier livre lu avant celui d'Almond et dont je ne sais toujours pas dire si je l'ai aimé ou pas. Mon coeur balance plutôt du côté du "Mais qu'est-ce que c'est que c'est ovni dangereusement génial ?" - le point du vue d'un enfant permet de reprendre son souffle et d'avoir un regard neuf et pur.  Pour cette chronique, je n'ai pas envie d'établir un plan de mes pensées, je préfère les laisser jaillir et à peine me relire afin de vous faire part de mon ressenti à brut. Néanmoins, on peut structurer cette avis en plusieurs parties.

Il y a les mots. Mina joue avec eux, savoure leur sonorité, leur sens et les utilise comme elle le veut. L'éditeur a rendu ce jeu plus frappant par une typographie particulière : certains mots sont immenses, d'autres écrits noirs sur blanc. Les mots tiennent une place importante dans ce bouquin dont ils forment l'essence : Mina les rend vivants, nous plonge en leur coeur et ce ne sont plus seulement des vecteurs d'émotions ou des tâches d'encre sur la fibre, non ces mots ont une âme. Ils sont la glaise que l'enfant modèle encore et encore et nous montrent la puissance et la diversité de la langue.

On en vient ensuite à la réflexion. C'est l'immense force des paroles d'enfants, pleines de profondeur et de philosophie. Y a t-il plus sage que l'enfant, qui veut découvrir le monde sans filtre, qui pose inlassablement des questions, qui palpe ce qui l'entoure pour mieux découvrir ? Mina s'interroge sur tout. Elle pose les questions qu'on oublie de poser et les questions qu'on ne se pose plus. Par ses interrogations, elle bouleverse nos pensées : sa voix est forte, percutante et pleine de sens, et cette réflexion va de pair avec la poésie inhérente au livre. Voir le monde avec les yeux de Mina implique de s'émerveiller de tout, de vivre plus intensément. Tout ce que dit Mina est plein de poésie, qu'elle parle de la nuit, d'un oiseau ou de la mort de quelqu'un. J'ai l'impression qu'elle voit plus grand, parce qu'elle regarde mieux et différemment, qu'elle ne s'arrête pas sur un a-priori et qu'elle cherche à comprendre le monde qui l'entoure. Mais attention, cette protagoniste n'est pas infaillible. Et le fait qu'un adulte puisse rendre de manière si réelle les pensées d'un enfant dénote une grande sagesse.


Bien sûr, et même si les pensées de Mina sont tout le livre, David Almond a posé un cadre et une trame, et esquissé d'autres personnages. On s'amuse de l'opposition tenace de l'enfant face à son odieuse institutrice qui veut la couler dans un moule. On est au coeur de la tendre complicité mère-fille et de la vie quotidienne de Mina, rendue unique, précieuse et extraordinaire par l'enfant. La vie est belle. Comprenons-nous vraiment ce que ces mots signifient ? Comprenons-nous que la vie c'est aussi l'écorce de l'arbre, les piaillements d'un merle et les spaghettis pomodoro ? Comprenons-nous que la poésie et la merveille se trouvent ici ? Mina saura nous le montrer.



Vous l'aurez compris, ce livre m'a subjuguée presque de bout en bout - oui, j'ai été un peu lassée à un moment. Mais ça n'a pas empêché le coup de coeur parce ce livre est unique. Mina va vous prendre par la main et vous montrer le monde, et croyez-moi, regardez attentivement. Prêtez l'oreille à ce qu'elle vous dit, parce que les enfants ont autant de choses à nous apprendre que les vieillards. Appliquez ses "Activités hors pistes" qui vont donner un nouveau souffle à votre plume et à votre esprit. Vous allez redevenir un enfant qui s'émerveille de tout, et Dieu que ça fait du bien ! Après coup j'ai compris à qui l'enfant me faisait penser : Mina ressemble au Petit Prince de Saint-Ex, ce bouleversant petit bonhomme qui vient nous ouvrir les yeux et nous faire réfléchir. Ce livre vaut le détour : empruntez son chemin, et tant que vous y êtes, « dansez sous un réverbère et étincelez comme l'étoile que vous êtes ». Ce sera votre première activité hors-piste !

                                  

Je m'appelle Mina est un livre écrit par David Almond et publié le 2 Septembre 2010 sous le titre original de My name is Mina aux éditions Hodder Children's Books. Il fait 320 pages en langue anglaise et 318 en langue française. Il a été traduit de l'anglais par Diane Ménard et est paru le 12 Janvier 2012 aux éditions Gallimard Jeunesse. Il coûte 14,50 euros en format broché et 7 euros dans la collection Folio Junior.


David Almond a grandi au sein d'une grande famille dans une bourgade escarpée au dessus de la rivière Tyne. Il a fait ses études dans les universités de l'East Anglia et du Newcastle en littératures anglaise et américaine. 

Il a été enseignant, postier, portier, a vendu des brosses, a travaillé dans le bâtiment, a été pigiste à la BBC. Dans les années quatre-vingts, il a vécu un an dans une communauté d'artistes et d'écrivains, dans un manoir délabré du Norfolk. C'est là qu'il a rédigé ses premiers récits et qu'il a rencontré sa compagne. 

De 1987 à 1993, il s'est occupé du magazine littéraire "Panurge" qui publiait de la fiction. Puis il s'est retiré pour se consacrer à ses propres travaux d'écriture. 

Paru en 1998, "Skellig" a depuis été traduit en 15 langues et a obtenu plusieurs prix, Whitbread Children's Novel of the Year Award et Carnegie Medal. Skellig est adapté à la TV en 2009 par Annabel Jankel avec Tim Roth dans le rôle titre.

Depuis 2000, il vit avec sa compagne et leur petite fille, Freya Grace à Newcastle. Il dirige des ateliers d'écriture et il donne des conférences dans les écoles. 
(Tiré du site Babelio.fr)

24 mars 2014

Roméo et Juliette - « Amour, donne-moi ta force, et cette force me sauvera. »



Vérone , XVIe siècle. 
Les deux plus puissantes familles de la ville, les Montague et les Capulet, se vouent une haine implacable. Mais lors d’un bal, Roméo Montague croise le regard de Juliette Capulet. Malgré la guerre qui déchire les deux clans, les adolescents tombent éperdument amoureux l’un de l’autre, et décident de vivre cet amour, quoi qu’il advienne… (Lecture Academy)

En proposant cette LC à Marie, je voulais remonter aux sources, découvrir enfin l'histoire de cet amour impossible, de cette passion qui est folie entre Roméo et Juliette. Je voulais lire cette tragédie qui a inspiré les dramaturges, les poètes, les auteurs, les artistes et les musiciens. Je m'attendais à un amour intense, poignant, transcendant, à une paire de claques dans la figure et à une empathie immense pour ces deux amants sur lequel le sort s'acharne. 

Point de tout cela. Je crois que ma déception est à la hauteur de mes attentes.

J'ai eu beaucoup de mal à rentrer et de l'histoire, et beaucoup moins à en sortir ! Malheureusement, j'ai été déçue par ce roman : pourtant, j'aime bien Shakespeare en général. J'avais globalement apprécié Othello, qui s'était laissé lire plus facilement que Roméo et Juliette.
En effet, j'ai retrouvé dans ce dernier les tournures sophistiquées si chères à Shakespeare : des phrases pleines de méandres, qui me perdent sur leurs chemins sinueux. Nuançons : ce dramaturge anglais a un talent remarquable pour écrire en vers tout au long du livre, sans répéter à tout bout de champ les mêmes rimes usées ; il ose des comparaisons audacieuses et pleines de lyrisme. Mais je n’ai apprécié sa plume qu’en la lisant à haute voix : enfin, les mots prenaient un sens !
En m’amusant à prendre les intonations des personnages et en me glissant dans leur corps, j’ai vraiment savouré certains passages. Les différents habitants de Vérone devenaient plus intéressants et sortaient de cette fadeur qui les caractérisaient presque tous. En fait, les personnages manquaient de charisme, de cette petite étincelle qui les distingue les uns des autres : un trait particulier, quelque chose qui m'empêche de retourner chaque fois à la page d'ouverture afin de voir à quel clan se rattachait tel personnage ! Mercutio, Benvolio, Tybalt étaient pour moi sources de confusion et cela a rendu ma lecture d'autant plus hachée. 

Les péripéties m'ont empêchées de refermer cette pièce : je dois admettre que Shakespeare manie plutôt bien l'art du rebondissement, un peu moins celui de la chute. Mais ce n'est que mon avis, et je n'ai pas assez de connaissances pour trop m'avancer. Simplement, je rejoint Molière qui disait que 'le théâtre n'est fait que pour être vu', du moins chez Shakespeare.
Je rouvrirai Roméo et Juliette dans un an ou deux, le temps de mûrir un peu et d'avoir une meilleure connaissance de la littérature anglaise. Parce qu'il ne faut jamais s'arrêter sur une déception !


Retrouvez ici l'avis de Marie

Roméo et Juliette est une pièce composée par William Shakespeare vers 1595 et publiée vers 1597, sous le titre original 'Romeo and Juliet '. Elle est parue aux éditions Livre de Poche Jeunesse le 08 Septembre 2010, fait 224 pages et coûte 5.5 €. 
Attention, la version Livre de Poche Jeunesse est abrégée ! Cependant, la couverture est plus belle et c'est pour ça qu'elle illustre cette chronique. Mais pour lire le texte en entier je vous conseille de vous tourner vers l'excellente collection Larousse, ou encore vers Librio.


William Shakespeare est un dramaturge anglais né aux environs du 23 Avril 1564 à Stratford on Avon, dans le comté de Warwickshire (Angleterre). Il étudie à l'upper school de Stratford avant de se tourner vers l'écriture : comédien, poète et dramaturge, ses oeuvres les plus célèbres sont Le Songe d'une nuit d'été (1592-1595), Hamlet (1595-1600), Macbeth et Le Roi Lear (1605-1607) et Roméo et Juliette (1592-1595). Il a écrit en tout une quarantaine de pièces, dont des comédies et des tragédies. Shakespeare s'éteint le 23 Avril 1616, à l'âge de 52 ans, et est enterré dans l'église de sa ville natale. (Inspiré par Larousse)


3 janvier 2014

Anna Karénine - "Je t'aime, et t'ai toujours aimé; quand on aime ainsi une personne, on l'aime telle qu'elle est et non telle qu'on la voudrait."


Russie, 1874.
La belle et ardente Anna Karénine jouit de tout ce à quoi ses contemporains aspirent : mariée à Karénine, un haut fonctionnaire du gouvernement à qui elle a donné un fils, elle a atteint un éminent statut social à Saint-Pétersbourg.
À la réception d’une lettre de son incorrigible séducteur de frère Oblonski, la suppliant de venir l’aider à sauver son mariage avec Dolly, elle se rend à Moscou. Au cours de son voyage, elle rencontre la comtesse Vronski que son fils, un charmant officier de la cavalerie, vient accueillir à la gare. Quelques brefs échanges suffisent pour éveiller en Anna et Vronski une attirance mutuelle.
Oblonski reçoit également la visite de son meilleur ami Levine, un propriétaire terrien sensible et idéaliste. Épris de la sœur cadette de Dolly, Kitty, il la demande gauchement en mariage, mais Kitty n’a d’yeux que pour Vronski. Dévasté, Levine se retire à Pokrovskoïe et se consacre entièrement à la culture de ses terres. Mais le cœur de Kitty est lui aussi brisé quand elle prend conscience, lors d’un grand bal, de l’infatuation réciproque d’Anna et Vronski. Anna, désorientée, rentre à Saint-Pétersbourg, mais Vronski l’y suit. Elle s’évertue à reprendre sa calme vie de famille mais son obsession pour le jeune officier ne cesse de la tourmenter.
Elle s’abandonne alors à une relation adultère qui scandalise toute l’aristocratie locale. Le statut et la respectabilité de Karénine sont mis en péril, le poussant à lancer un ultimatum à sa femme.
Dans sa recherche éperdue de bonheur, Anna révèle au grand jour l’hypocrisie d’une société obsédée par le paraître. Incapable de renoncer à sa passion, elle fait le choix du cœur. (Allociné)


Cette oeuvre est très dense. Un pan d'histoire rapporté avec une foultitude de détails. 
Mille vingt-quatre pages de vies, d'existences qui se croisent, s'unissent et se défont, une trame ayant pour décor la Russie du XIXe siècle qui subit de nombreux changements. Et nous, lecteurs, deux siècles plus tard, nous contemplons ce vaste territoire comme si nous y étions. Tolstoï a réalisé un chef-d'oeuvre incroyable, une romance passionnée et destructrice qui parvient à nous donner un aperçu de son époque.

Alors oui, j'ai mis près d'un mois à le lire, mais je ressors enrichie de cette lecture. Et mes mots virevoltent comme l'on fait les couples évoluant sur la piste de danse lors de la rencontre d'Anna et Vronski. Ces deux personnages ne sont pas les seuls principaux, puisque Tolstoï confronte leur amour trop intense à celui de Lévine, paysan peu à l'aise en société et brillant dans ses affaires à la campagne, et Kitty, petite dernière d'une riche et noble ancienne famille pétersbourgeoise, mais aussi celui, effiloché et raccommodé, d'Oblonski, bourgeois aisé, et de sa femme Dolly, lasse de l'infidélité de son mari et désabusée de son amour. Et eux six ne sont pas les seuls acteurs de leur micro-société : leurs parents, leurs proches, leurs amis, leurs connaissances forment une représentation à petite échelle de la société russe. A petite échelle et donc pas entièrement complète, mais quand même ! 

Présenter ces personnages en si peu de mots me dérange, car ils sont tellement plus que ces quelques lignes... Ce sont des personnes complexes, profondes, tellement humaines, tellement réelles, tellement authentiques et tellement nombreuses ! On se mélange parfois les pinceaux, notamment à cause de leurs noms aux consonances ressemblantes, surtout pour les hommes. Mais ça ne dérange pas tellement la lecture. Ce qui la rend longue, c'est la quantité de détails, de situations, d'informations, de lieux à assimiler. Tolstoï aborde tout. 
Tout. 
Et c'est passionnant d'avoir son avis, de voir grâce à lui la Russie qui change. A propos de la politique : il parle des juges de paix en faisant débattre ses personnages et en opposant leurs avis par des arguments pour et contre.  Le travail aux champs et les relations avec les paysans sont traités par le biais de Lévine. Ce propriétaire agricole à la nature bonne et généreuse brosse un aperçu de la vie aux champs, des comptes et des récoltes et de toute l'organisation que cela nécessite. 
Les bals et les salons sont du domaine de Kitty, d'Anna, mais aussi de Lévine (qui ne s'y plaît pas) de Vronski, de vieilles comtesses ou de jeunes filles en fleur qui font leurs premiers pas dans la société. Théâtre, moeurs, loisirs, ventes, chasse, ateliers de peintre, droits et conditions des hommes et des femmes, vie quotidienne et industrie, vie et mort… 
La liste est longue et les sujets variés. Quand on est plongé dans le livre, c'est passionnant : le tout c'est d'arriver à y plonger, parce que le livre est particulièrement complexe : je serais incapable d'en lire un par semaine ou par mois, il me faudrait faire une pause. Mais réussir à réunir autant de thèmes différents en un livre, sans que ce soit brouillon ou illogique, c'est du grand art : Anna Karénine est une fresque historique et sociale incroyable et Tolstoï est un maitre. 

J'ai été immergée dans ce récit – bien que pas tout le temps, ma lecture étant hachée – et j'en ressors séduite. Toutefois, j'ai fini par décrocher à la fin, alors que la chute aurait dû être le moment de suspense angoissant. Mais de ce livre je garde un avis très positif, dû à la plume de Tolstoï et à son talent plus qu'à l'intrigue amoureuse en elle-même. La trame est complexe et va un peu dans tous les sens, mais elle se laisse suivre. Enfin, Anna Karénine est un  roman que l'on lit mieux avec un peu d'expérience. Je le réouvrirai dans quelques années pour voir s'il m'a plu autant qu'aujourd'hui...!
                              
Anna Karénine a été écrit par Léon Tolstoï et est paru en 1877 sous le titre Анна Каренина
Son éditeur original  est Rousky Vestnik (Le Courrier russe), et il a été publié en France pour la première fois 1885 aux éditions Hachette. Il a été publié aux éditions Poche le 28 Mai 1997, fait 1024 pages et coûte 9,20 euros.



Léon Tolstoï, ou comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï (en russe: Лев Николаевич Толстой), né à Iasnaïa Poliana , le 09 Septembre 1828 et mort à Astapovo le 20 Novembre 1910, est l'un des plus grands romanciers russes. Ses chefs-d'œuvre littéraires majeurs sont Guerre et Paix et Anna Karénine, des fresques sur la vie en Russie au XIXème siècle. Tolstoï est également connu comme essayiste, dramaturge et réformateur. (Exrait du site Babelio)

Livre lu en tandem avec Christel, du blog La tête dans les livres
Vous trouverez ici son avis.

10 novembre 2013

Black Out


Lac Gunflint, Minnesota, juin 1977. 
L’histoire en mots. 
« Les loups sont lancés à sa poursuite, galopant à travers la neige baignée par la lune, avec leur langue rouge pendante et leurs crocs blancs étincelants...» 
Ben Wilson, sourd de naissance d’une oreille, fait chaque nuit le même cauchemar… 
Mais pourquoi ces bêtes le traquent-elles ainsi ? 

Hoboken, New Jersey, octobre 1927. 
L’histoire en images. 
Rose, une fillette sourde-muette, est seule dans sa chambre. 
Ses parents lui interdisent de sortir à cause de son handicap. 
Rose contemple New York, et découpe des photos retraçant la carrière d'une star dans un magazine…

Ben vient de perdre sa mère, il est recueilli par son oncle et sa tante. 
Le garçon n’a jamais connu son père, il ignore tout de lui. 

Rose s’enfuit de chez elle et se rend à New York. Cachée derrière un paravent,
elle regarde cette actrice qu'elle admire tant...   

Ben découvre, une nuit, par temps d’orage, dans la maison de sa défunte mère, caché dans un placard, un livre sur les musées avec une dédicace : « Pour Danny, de tout mon coeur, M ». Et sur un marque page un numéro et une adresse à New York. Et si ce Danny était son père ? Il décide d’en avoir le coeur net, et saisit le téléphone… Mais, au moment où il colle son oreille sur le combiné, il est frappé par la foudre...

(Résumé tiré du site Babelio)


"Nous sommes tous au fond du trou, mais certains regardent les étoiles."
Black Out est un roman graphique réalisé par Brian Selznick, l'auteur de L'invention d'Hugo Cabret (le livre a d'ailleurs été adapté au cinéma par le réalisateur Martin Scorcese). Et dès les premières pages, on sait que les magiciens existent. Qu'ils savent nous toucher aussi bien avec leurs mots qu'avec leurs esquisses -fussent-elles en noir et blanc. 

Parce que la plume de Brian Selznick est belle et pleine de tendresse, emplie d'un brin de nostalgie et de tant d'authenticité. 
Parce que son crayon est empreint de finesse et révèle un talent immense : il confère aux dessins une vie palpable : un simple jeu de lumière fait pétiller les yeux inanimés des personnages, leur donne un air désespéré ou un sourire rayonnant, nous emmène dans les sombres ruelles new-yorkaises ou dans la salle de cinéma muet d'une petite bourgade américaine. 

L'histoire est faite de fils de vies entremêlés qui se croisent et de personnages qui se rencontrent, sans que nous connaissions les liens qui les unissent. Mais Selznick ménage le suspens jusqu'aux dénouements époustouflants. Des dénouements, et non pas un seul tomber final de rideau. Des chutes surprenantes et inattendues : un peu comme dans les Agatha Christie, où l'on pressent quelque chose sans toujours arriver à mettre le doigt dessus, et ce désir de connaître enfin la solution nous fait dévorer Black Out d'une traite.

En effet, et malgré ses apparences de pavé, surtout ne reposez pas ce bouquin. 
Vraiment. 
Vous passeriez à côté d'un livre exceptionnel, un de ceux qui vous immergent dans l'histoire et dont vous ressortez différent. Les dessins de Selznick prennent aussi une place importante, et tant mieux ! Car ils sont magnifiques : mon seul regret est qu'ils soient parfois imprimés sur deux pages, et donc pliés au centre. Malgré ça, ils nous invitent à nous pencher sur la finesse de leurs traits en regardant les formes qui naissent du graphite. Des lieux. Des visages. Ceux des personnages. Parmi eux... Rose et Ben. Deux enfants sourds et solitaires. Deux enfants débrouillards et courageux, qui malgré leur jeune âge et leur surdité, prennent leur valise et leur courage à deux mains, et affrontent la trop Grande Pomme pour retrouver ce qui leur est cher. 
On se sent assez proche d'eux. Parce que pendant toute notre lecture, on est avec eux. On en sait aussi peu qu'eux, alors on les suit, on déambule, on se perd, on rencontre et on découvre. Avec plaisir. Avec émotion. Avec bonheur. Avec eux.
Si ma chronique est très décousue, Black Out lui garde un fil conducteur et une trame pleine de réflexion et d'émotion.
Alors si vous voyez sa couverture bleu nuit se détacher sur le présentoir d'une bibliothèque ou d'une librairie... foncez ! 


Black Out (titre original : Wonderstruck), écrit par Brian Selznick (traduction faite par Danièle Laruelle), et publié en Mars 2012 aux éditions Bayard Jeunesse. 16 euros 90.


18 mai 2013

Vango 2 : Un prince sans royaume - Semaine Timothée de Fombelle




 New-York, 1936. Accroché au sommet des gratte-ciel, Vango poursuit l'homme qui a causé son malheur et détient le secret de sa naissance. Mais la fuite de Vango ne connaît pas de trêve. Quel est le chasseur et quelle est la proie? L'amour d'Ethel survivra-t-il à tant de tempêtes? À travers les forêts du Caucase, le ciel de Paris ou de l'Ecosse, ce second volume achève somptueusement la saga de Vango. 
Un héros inoubliable et romantique, une aventure haletante, envoûtante, poétique. Timothée de Fombelle signe à nouveau un grand roman, après le succès international de «Tobie Lolness».
«J'ai mis dans ce roman tout ce qui compte pour moi : le souffle de l'aventure, la fragilité, la cruauté, la beauté des existences. Je voulais une saga qui emporte le lecteur, mais qui laisse chez lui des traces» (Timothée de Fombelle).

L’attente de Vango tome 2 fut … interminable, insoutenable. Plus la date approchait, plus le simple fait de penser au livre faisait naître en moi une fébrilité, une joie, une excitation ou encore une impatience de plus en plus grandissante. Il fallut attendre une année et demie. La date étant cesse repoussée. Puis il fallut attendre quelques semaines, en septembre, depuis le mail où Timothée De Fombelle me confirmait qu’il m’enverrait le livre dès qu’il irait le chercher à Gallimard Jeunesse. Et il fallut une dernière fois attendre, pour 3 jours, lorsque Hub’ m’annonça avoir reçu le livre le mardi 4 Octobre. Et quand je découvris, vendredi soir, 7 octobre, dans ma boîte aux lettres, Vango tome 2 qui, bien sagement, m’attendait, comme promis dédicacé, ma joie et mon bonheur firent en quelques minutes le parcours croissant qu’avait fait mon impatience en une année et demi. Celle-ci avait atteint ses limites, les avaient largement dépassées et je me suis lancé, heureux, dans ma lecture de Vango tome 2 Un prince sans royaume …

                On rentre dans ce livre, comme on plonge dans la mer. La surface n’est qu’une simple couche à transpercer, et le froid une simple épreuve à surmonter, qui n’est rien, face à la beauté de l’ouvrage qui nous attend.

                Comment décrire Vango ? Comment coucher sur le papier toutes les sensations, les sentiments, les émotions qui ont jailli en moi durant cette lecture ? Par où commencer dans ce complexe entrelacement d’émerveillement et d’adoration pour ce livre ? … Timothée de Fombelle a réussi, dans son roman, à mettre dans un désordre comme celui-ci, une harmonie parfaite. Une symbiose naturelle où tout s’entrelace dans une étonnante fluidité, où tout trouve sa place et ce qu’il a à faire dans cet enchaînement complexe, cette connexion surprenante, cet admirable kaléidoscope. On retrouve là tout ce qui a fait la beauté du premier tome. On a l’impression de se retrouver dans la réception d’un hôtel, où l’on verrait défiler devant nos yeux naïfs une multitude de personnes différentes. Une multitude de fragments d’existences qui s’assemblent là, le temps d’un court instant. Tous ces personnages, toutes ces vies aux caractères uniques, aux personnalités et aux contrastes inlassablement présents. Toutes, toutes s’entremêlent étroitement, se croisent et s’éloignent, leurs destins coexistent, passent l’un à côté de l’autre, et prennent le même chemin, avant d’en changer. Certains sont liés. Inextricablement. Envers et contre tout, et sont tout bonnement indissociables l’un de l’autre. L’un ne peut pas continuer de s’étendre sans l’autre. L’un ne peut pas s’achever si l’autre ne fait pas de même ! L’un ne peut tout simplement pas exister, sans l’autre …

                On retrouve Vango, Vango et tout cet enfilement de personnages … réalistes et tellement vivants. Ce ne sont plus de simples personnages, qui suivent ce que les mots leur dictent. C’est ça, ils sont vivants, là sous nos yeux ébahis, ils suivent leurs destins toujours aussi passionnants malgré la banalité qu’ils peuvent parfois abriter. Le violoniste rêveur qui continue de lutter pour ses parents, l’homme aux multiples identités, qui ne cesse de nous faire frissonner, ou enrager, la jeune-fille aux envies de hauteur, brille d’une intelligence, d’une ruse et d’une envie d’amour et de liberté attendrissantes … Le padre à la vie en morceaux, le commissaire à l’identité fragile,  un bon nombre de personnages qui nous en mettent plein la vue, mais ils sont tant, qu’il serait difficile de tous les énumérer. Il y a aussi ceux qui sont des clés de l’histoire, ou du moins qui l’étaient, mais qui ont, dans ce second tome, perdu de l’importance. Du décor pittoresque et chaleureux des îles Eoliennes, nous sommes passés à celui enivrant et terrifiant du vaste monde. On en oublierait presque Vango, qui, me diriez-vous, se fait moins présent. J’ai envie de le nier. Vango est partout dans le livre. L’auteur nous le fait voir à travers les autres personnages, à travers les lieux qui ont fait de lui ce qu’il est, à travers les mots, et le livre entier, il le fait vivre de manière brillante ! On le respire à pleines bouffées d’air frais, on le laisse couler en nous comme une goulée d’eau douce, il s’infiltre dans nos cœurs et nos esprits pour n’en plus sortir. Il porte en lui, comme en chacun d’entre nous, une infime partie de notre monde. Celui-ci ci, qu’on découvre les yeux grands ouverts, l’esprit élargi et les sens déployés. Celui-ci, qui transporte l’ambiance de presque tout le roman. Changeante, fascinante bouleversante, et explosant d’une incroyable légèreté ! Timothée nous fait voyager dans toutes les dimensions possibles. Dans l’espace et dans le temps. D’un fragile manoir écossais, on passe aux toits de Paris. D’un dirigeable plein de charme, on tombe dans un repaire crapuleux. Depuis le charme d’une auberge italienne, on passe à celui d’un gigantesque immeuble en construction, qui deviendra plus tard, l’un des gratte-ciels les plus connus au monde. Dans des airs de guinguette parisienne,, nappes rouges à carreaux, vins et littérature, ou dans ceux d’une douce vie de château, lits à baldaquins, belles voitures et somptueuse demeure. Sérénité asiatique, bambous et médecine miracle, une Russie mystérieuse , les quatre coins du monde s’allient pour nous faire voyager …

                Un tout autre ravissement fut celui de retrouver la plume de mon auteur préféré, de Timothée de Fombelle, auteur aujourd’hui incontournable de la littérature jeunesse ! Une poésie poignante, des dialogues aux consonances théâtrales, et ses fameuses et nombreuses chutes, qui en mettent plein la vue ! Des phrases courtes, frappantes et pleines d’une vivacité qui vous coupent le souffle dans un surprenant retournement de situation, avec une soudaine prise de conscience sur l’identité d’un personnage ou tout simplement un souffle d’action qui suffit à vous fasciner.

                Ce n’est plus qu’une bouleversante histoire, une romantique poésie, ou un mouvementé film d’action défilant devant vos yeux que l’auteur a tracé pour nous, lecteurs. Moi, j’ai envie de vous dire de dévorer ce livre, ou plutôt, de la savourer, de vous en délecter, telle une succulente mais maigre soupe, ou une insignifiante pomme de terre épluchée sur huit faces. Ce que l’auteur a réussi à faire, ce n’est pas de voir loin, jusque dans le passé, à l’époque qu’il rend captivante, par ses connaissances et son agréable écriture, il a réussi à voir jusque dans … la vie. Ceci peut vous paraître étrange ridicule, mais c’est ce que j’ai ressenti. Il l’a capturée, juste un fragment, qu’il a su couché de sa plume sur le papier. Il a trouvé la cruauté, l’égoïsme, la peur, la souffrance, l’horreur et la tristesse ; il a apposé l’indifférence, l’incompréhension, la haine, ou la colère, il a introduit dans nos êtres la joie, le bonheur et a su y insuffler l’amour, et la vivacité …
                Ce roman saura capter votre attention de lecteur, du début, jusqu’à la fin. Celle-ci, clôturant de manière réussie et magnifique ce nouveau dyptique. On y trouve tout ce qui a fait de cet auteur, un écrivain célèbre et reconnu. L’émotion et la fragilité, l’amour et l’émotion, et un charmant chapitre, qui comme certains passages, vous donnera envie de vivre !  

L’attente fut longue. Très longue, mais elle en valait largement la peine. Ce second tome porte en lui tous les secrets de la réussite. L’amour, l’aventure, un réalisme secouant, mais qui par ses personnages, et ses destins qui s’entremêlent sans  cesse apporte sa part de magie. Un prince sans royaume porte haut le flambeau de son petit frère et même de Tobie. C’est un hurlement de vivant, une flamme qui brûlera une partie de vous, vous marquant à jamais de son incroyable vivacité. Vous n’oublierez pas Vango car, il n’est peut-être pas comparable à  Tobie Lolness, dont je ne me rappelles plus vraiment, mais Vango tome 2, est de loin, avec ceux du même auteur, un des plus beau livre qu’il m’ait été donné de lire.




" C'était un palais de bois dont les toits de couleur, les galeries et les clochers suspendus surgissaient entre les pins. Des collines couvertes de forêts l'entouraient. Ce palais de conte de fées semblait désert. On entendait les eaux basses de la rivière Otskhe chanter sur les galets et s'arrêter dans des recoins derrière les rochers. Il était neuf heures du latin. Dans l'herbe, la rosée s'était déjà évaporée. Le soleil allait frapper très fort.
Un homme regardait ce paysage depuis le bord du chemin. "




Vango tome 2 : Un prince sans royaume par Timothée de Fombelle Editions Gallimard,  392 pages.

«À recommander sans modération» (Le Figaro littéraire).
«Vango, un héros qui ne manque pas de panache» (Le Figaro).
«S'il y avait un Goncourt du livre de jeunesse, Timothée de Fombelle remporterait la mise.» (Françoise Dargent, Le Figaro).
«S'il n'y avait qu'un seul ouvrage à recommander, ce serait celui-là, qui a déjà tout d'un classique.» (Françoise Dargent, Le Figaro).
«Il est des livres qui marquent les mémoires au fer rouge» (Lire).
«Haletant et magique» (Pèlerin magazine).
«Un vrai plaisir de lire» (Je bouquine).



13 mai 2013

Vango tome 1 : Entre ciel et terre - Semaine Timothée de Fombelle


Pour feuilleter un extrait du roman, cliquez sur la couverture !



Paris, 1934. Devant Notre-Dame, une poursuite s'engage au milieu de la foule. Le jeune Vango doit fuir. Fuir la police qui l'accuse, fuir les forces mystérieuses qui le traquent. Vango ne sait pas qui il est. Son passé cache de lourds secrets. Des îles silencieuses aux brouillards de l'Écosse, tandis qu'enfle le bruit de la guerre, Vango cherche sa vérité.


Tout commence en 1934, en France, devant Notre-Dame de Paris où Vango Romano va devenir prêtre ! Tout a l'air de bien se dérouler jusqu'à ce que le commissaire Boulard débarque. Vango est accusé d'avoir commis un meurtre dont il n'est pas coupable. C'est le début d'une fuite sans fin où il nous entraîne en Italie, en Angleterre, en Écosse, dans un Zeppelin, en France... Vango nous fait voler autour du monde en un voyage merveilleux et haletant.
Le suspense est à son comble, tous les personnages ont chacun leur histoire, leur vie, leur caractère bien à eux et son très attachants. Cette écriture si particulière de Timothée de Fombelle à qui nous devons "Tobie Lolness" nous fait toujours autant rêver. Il écrit simplement et poétiquement. Il a une manière de cacher les choses et de nous les dévoiler sous effet de surprise toujours très amusant. On retrouve comme dans Tobie Lolness cette organisation du roman qui nous fait passer de la fuite de Vango, à son passé, à la découverte de nouveaux personnages mystérieux ou à la suite de l'histoire d'un des autres personnages du roman.
Ce roman au rythme léger et palpitant nous met des images magnifiques plein la tête nous donnant l'impression d'y être. L'enfance de Vango et son histoire est un vrai mystère que nous découvrons peu à peu. Tout ça dans un cocktail d'amour, d'amitié, de haine, de rires, de tristesse, de pleurs, de joie et de colère. Timothée de Fombelle nous offre un nouveau miracle de la littérature jeunesse. Un livre, un délice, une merveille, à mettre absolument dans sa bibliothèque !



Merci à Nathan, du blog Le cahier de Lecture de Nathan, partenaire du blog !


........................................................................................................




 Paris, 1934. Vango Romano est allongé sur le sol de pierre froide et s'apprête à être ordonné prêtre. Mais des hommes armés et inconnus et des hommes de la police, le prennent en chasse. Vango s'échappe et la course-poursuite s'engage : le temps d'un retour en arrière, nous assistons à la découverte de Vango et de sa nourrice Mademoiselle par les braves insulaires de Salina, l'une des îles Eoliennes des eaux bleues de la mer Tyrrhénienne, près de la Sicile. Personne ne sait d'où viennent les deux naufragés, qui s'établissent et demeurent sur l'île.
Vango grandit et devient aussi taciturne qu'indépendant. Suite au sauvetage de Pippo Troisi, un des habitants de Salina, par l'enfant, ce dernier découvre les moines "invisibles" du monastère de l'île d'Arkudah, qui vivent cachés du monde dans leur monastère entouré de jardins luxuriants et de... lapins. Quelques années et de nombreuses visites nouent des liens étonnants et forts entre les moines et le garçon.
Mais un jour, Zefiro, supérieur du monastère, l'envoie près d'Hugo Eckener, commandant du majestueux Graf Zeppelin, qui pratique la "résistance de l'air" face à la montée du nazisme (l'histoire se passe pendant la Seconde Guerre mondiale).
1929, parmi les nuages et les rayons de soleil, Vango fait partie d'un voyage à bord du zeppelin, une année durant. Il y rencontre Paul et Ethel, deux enfants de son âge, frère et soeur, qui viennent de perdre leurs parents. Le trio devient un groupe d'amis, mais du jour au lendemain, Vango disparait.
Et au fil des chapitres apparait une sorte de "ballet" de personnages qui ont côtoyé le fugitif.
Un fugitif innocent et recherché par la police en la personne de l'inimitable commissaire Boulard, mais aussi par des tueurs soviétiques à la solde de Staline, qui le surnomment "L'Oiseau": un oiseau qui vole plus haut que ses poursuivants : rattrapé, il s'échappe. Et dans cette course-poursuite haletante où se mêlent passé et présent, le jeune homme à l'identité mystérieuse n'est pas seul. De chaque coin du monde, de Paris aux îles où il a grandi en passant par l'Ecosse ses amis sont là.
Mais "Qui es-tu ?
           Qui es-tu ?
           Qui es-tu ? " Vango ?", comme l'écrit si justement Ethel...




Quel livre incroyable ! Il est étourdissant et nous emporte dans une course-poursuite complexe et effrénée dans laquelle entrent des personnages qui ne disparaissent jamais vraiment. Timothée met en scène des dizaines de personnages différents et uniques, qui ont une saveur de vérité, d'authenticité : mais Ethel est néanmoins comme irréelle, c'est une jeune fille élégante aux manières agréables et au charme indiscutable. Zefiro la décrit ainsi : "Il comprit d'abord : "Est-elle ?" et il se dit que c'était la question qu'on devait se poser en se pinçant chaque fois qu'elle entrait dans une pièce." Elle est forte et fragile, sensible et laisse dans son sillage une trace qui marque jusqu'aux chroniqueurs parisiens. Et qui nous marque nous, lecteurs, bien sûr.
Vango est aussi de ces personnages à part, de ceux que l'on n'oublie pas. Il est pourchassé sur toute la planète mais a la "force des survivants". Elevé par sa nourrice bienveillante, il a néanmoins connu la mort depuis son enfance. Ce n'est pas un héros prétentieux et toujours sur le devant de la scène : il est sensible et discret, il a un charme certain, et se dissimule là où ni les autres personnages, ni nous autres lecteurs, ne l'attendions.
Zefiro est un moine au caractère marqué. Bien que vivant avec les autres frères sur une île reculée de la mer Tyrrhénienne, il n'hésite pas à camoufler son identité et à dissimuler au monde l'existence du monastère invisible, ou encore à voyager aux quatre coins du monde.
Mais ces personnages forts n'en sont pas moins humains, et c'est ce qui rend ce livre superbe. Il a tout pour lui, ou presque : des personnages vivants, tantôt comiques, tantôt mystérieux voire irréels. ; tantôt enfants, tantôt adultes ; et toujours écrit avec finesse et sentiment. En fait, j'irais même jusqu'à parler d'émotion.
Et le monde, quel vaste cadre pour une intrigue ! Plus que le monde, puisqu'il y a aussi le ciel, avec l'imposant Graf Zeppelin (qui est sali par la croix nazie, car l'intrigue se déroule, comme écrit plus haut, pendant la Seconde Guerre mondiale).

Timothée de Fombelle implante dans ce contexte difficile une trame complexe : et il le fait avec talent. Sa plume est vivante et son roman marque les esprits, notamment par ses personnages. En somme, ce sont beaucoup de phrases pour ces quelques mots : à lire et relire pour toujours mieux le savourer, pour toujours mieux le retrouver, comme on le ferait pour un bon ami.



Vango tome 1 : Entre ciel et terre, Timothée de Fombelle, Editions Gallimard, 364 pages, 17 euros 25.

«J'ai mis dans ce roman tout ce qui compte pour moi : le souffle de l'aventure, la fragilité, la cruauté, la beauté des existences. Je voulais une saga qui emporte le lecteur, mais qui laisse chez lui des traces» (Timothée de Fombelle).

Prix Livre entête- roman Ado 2011
Prix "Les mordus du polar" 2011
Prix jeunesse 2011 des libraires du Québec





Coup de coeur