![]() |
Images tirées du site de Madmoizelle |
DISCLAIMER
Cet article est une chronique, et pas une critique. L'une des choses qui m'a le plus dérangée avec le recul pris sur mon travail passé, est le sentiment d'avoir critiqué le travail des auteurs sans vraiment apporter d'éléments constructifs et sans véritable légitimité. Ecrire un livre est un exercice difficile, où l'on dépose tellement de soi. Les commentaires des lecteurs sont importants car l'auteur écrit pour eux et qu'il a besoin de connaître les faiblesses de son récit pour les retravailler. Cependant l'exercice du blogging est une activité spontanée, et invite donc à l'humilité. Je pense avoir toujours émis des avis dans la bienveillance au cours de mes chroniques passées, mais il m'est apparu important de clarifier ce point. Cette chronique sera donc simplement une présentation du travail de Christelle Dabos et des impressions qu'il m'a laissées dans les quelques jours qui ont suivi sa lecture.
LA NAISSANCE D'UNE AUTRICE
En interview un jour, un auteur m'a confié ne pas se considérer comme tel. Pour lui, c'est le lectorat qui l'adoube - ou qui ne le fait pas. L'auteur naîtrait dans la reconnaissance de sa communauté de lecteurs, mais pas avant. Mais justement, avant, que serait-il ? Pour y avoir réfléchi un peu, je pense qu'il est un peu poète, un peu artiste et un peu fou. Il y'a quelque chose de beau dans la conviction que ses mots pourront en toucher d'autres, les rejoindre dans leurs faiblesses et les aider à s'élever en rêvant plus haut, plus fort, plus courageusement. Et mettre des mots pour dépasser les maux, c'est ce qu'a fait Christelle Dabos. Dans sa brève présentation, elle nous apprend que "L'écriture devient alors une évasion hors de la machinerie médicale, puis une lente reconstruction et enfin une seconde nature." L'authenticité et l'originalité de son univers sont des conséquences heureuses de ce goût pour les livres. La Passe-Miroir est son premier manuscrit publié dans le cadre d'un concours-tremplin pour auteurs en germe. A sa lecture, comprend aisément pourquoi il a retenu.
UN UNIVERS ORIGINAL
L'auteur nous jette dans le livre, et c'est très appréciable. J'ai toujours trouvé agréable que le lecteur soit contraint de se faire aux us et légendes d'un monde qui n'est pas le sien, en simple visiteur, sans que l'auteur adapte à son ignorance le fil de son récit. Ici, il faut ouvrir les yeux et découvrir par nous-même la vie des personnages, leurs manies et leurs proches, par leurs interactions quotidiennes au fil des pages. Nous faisons ainsi la connaissance de la jeune Ophélie de l'arche d'Anima, à la maladresse pathologique et aux gants de liseuse. Sur Anima, chaque personne est douée de pouvoirs : Ophélie peut connaître le passé d'individus en lisant leurs objets. Sa grande intégrité la rend également capable de traverser les miroirs, points de passage d'un lieu à l'autre et discipline relativement difficile à maîtriser. Elle doit d'ailleurs sa maladresse à un "accident de miroir" advenu dans son enfance.
Passionnée par le passé, Ophélie est en charge d'un musée et se voit y rester toujours. C'est sans compter les Doyennes, trois matriarches l'ayant accordée en mariage à un inconnu venu de l'arche du Pôle. Point de dérobade possible pour la jeune femme, qui a déjà éconduit deux prétendants. Mais Thorn est aussi glacial que l'arche dont il provient, et les choses s'annoncent rudes pour Ophélie. Contrainte de déménager sur le Pôle, elle côtoie désormais des Clans ennemis au sein d'une Cour sans pitié. Les pouvoirs de leurs membres relèvent d'une formidable créativité de la part de l'auteur, qui manie par ailleurs à merveille l'art de la description. Il est compliqué de tailler sa place dans l'univers de la fantasy, dont les pontes ont inspiré des générations d'écrivains. Le plus souvent, cet exercice périlleux finit par ressembler aux univers principaux que sont le monde de la sorcellerie ou celui de l'heroic fantasy. Point de tout cela ici. Certes, l'univers de Christelle Dabos n'est pas un OVNI mais il n'en reste pas moins vraiment original, avec ses clans familiaux aux pouvoirs si spéciaux, son système d'arches suspendues dans le vide, et l'ombre de ce "Dieu" qui, dans sa rage, aurait "détruit le monde en morceaux". La force de ce premier tome est de parvenir à esquisser à petites touches un univers entier que le lecteur parvient sans peine à se représenter. Les détails pittoresques, les lieux surprenants et les objets soigneusement élaborés par l'autrice contribuent à faire de l'univers de la saga, un lieu happant et enveloppant.
DES PROTAGONISTES TRES HUMAINS
Ophélie est l'anti-héroïne par excellence, ce qui, là encore, est rafraichissant. Pataude et peu soignée, la jeune femme se positionne à contre-courant de la lignée des héroïnes amazoniennes au charme magnétique et au physique galbé. Pugnace et endurante, Ophélie est un bout de femme au caractère déterminé. Son fiancé Thorn a quant à lui suscité ma curiosité, par sa froideur et son mépris protégeant un passé douloureux. Le personnage de Berenilde pourrait sembler surfait tant sa beauté de reine et son aura solaire sont mises en avant, mais le talent de Christelle Dabos la rend simplement touchante d'une fragilité qui va croissant, et impressionnante - voire effrayante - de par sa force de caractère. La tante Roseline et ses jurons en patois animiste contribuent à esquisser un portrait bariolé et vivant des protagonistes du récit, tous plus étonnants les uns que les autres.
LA CADENCE SI PARTICULIERE DU RECIT
L'intrigue est lente, mais elle est prenante à la fois. C'est là le tour de force réalisé par Christelle Dabos, qui a décidément choisi de respecter le rythme de ses personnages au détriment des codes de la littérature jeunesse. On suit Ophélie avec un intérêt croissant, et l'on découvre en même temps qu'elle l'arche du Pôle. L'univers de La Passe-Miroir est si particulier que la lecture ne m'a pas semblé poussive. Au contraire, on sent derrière les pages un grand travail de relecture, et une harmonie entre les différents éléments de l'histoire. Il y'a même un véritable parallèle entre Ophélie et l'auteur : son ennui devient le nôtre, ses émotions nous sont partagées et son appréhension est communicative. Si bien que l'immersion est complète et que les dernières pages nous pressent de lire les premières du tome suivant.
AU FINAL...
J'ai vraiment apprécié cette lecture, qui m'a tenue en haleine au point de finir le livre en une journée seulement. Je la recommanderais donc sans peine aux amateurs de fantasy, curieux de découvrir un univers très différent de ce qui se fait d'ordinaire. Le fait que le roman soit un premier manuscrit rend encore plus impressionnant le travail de l'auteur. Et l'originalité du récit et de l'univers déployé dans ce premier tome, est prometteur pour la suite du parcours d'Ophélie.
DES PROTAGONISTES TRES HUMAINS
Ophélie est l'anti-héroïne par excellence, ce qui, là encore, est rafraichissant. Pataude et peu soignée, la jeune femme se positionne à contre-courant de la lignée des héroïnes amazoniennes au charme magnétique et au physique galbé. Pugnace et endurante, Ophélie est un bout de femme au caractère déterminé. Son fiancé Thorn a quant à lui suscité ma curiosité, par sa froideur et son mépris protégeant un passé douloureux. Le personnage de Berenilde pourrait sembler surfait tant sa beauté de reine et son aura solaire sont mises en avant, mais le talent de Christelle Dabos la rend simplement touchante d'une fragilité qui va croissant, et impressionnante - voire effrayante - de par sa force de caractère. La tante Roseline et ses jurons en patois animiste contribuent à esquisser un portrait bariolé et vivant des protagonistes du récit, tous plus étonnants les uns que les autres.
LA CADENCE SI PARTICULIERE DU RECIT
L'intrigue est lente, mais elle est prenante à la fois. C'est là le tour de force réalisé par Christelle Dabos, qui a décidément choisi de respecter le rythme de ses personnages au détriment des codes de la littérature jeunesse. On suit Ophélie avec un intérêt croissant, et l'on découvre en même temps qu'elle l'arche du Pôle. L'univers de La Passe-Miroir est si particulier que la lecture ne m'a pas semblé poussive. Au contraire, on sent derrière les pages un grand travail de relecture, et une harmonie entre les différents éléments de l'histoire. Il y'a même un véritable parallèle entre Ophélie et l'auteur : son ennui devient le nôtre, ses émotions nous sont partagées et son appréhension est communicative. Si bien que l'immersion est complète et que les dernières pages nous pressent de lire les premières du tome suivant.
AU FINAL...
J'ai vraiment apprécié cette lecture, qui m'a tenue en haleine au point de finir le livre en une journée seulement. Je la recommanderais donc sans peine aux amateurs de fantasy, curieux de découvrir un univers très différent de ce qui se fait d'ordinaire. Le fait que le roman soit un premier manuscrit rend encore plus impressionnant le travail de l'auteur. Et l'originalité du récit et de l'univers déployé dans ce premier tome, est prometteur pour la suite du parcours d'Ophélie.
C'est un vrai plaisir d'être plongée dans l'univers créé par l'autrice et de se laisser embarquer par les personnages. Ophélie évolue au fil des tomes et devient de plus en plus forte et attachante. Quant à Thorn, Berenilde et les autres, ils se révèlent tous complexes et intéressants. J'ai fini ma relecture du troisième tome en début de mois (toujours très impressionnée par les descriptions des arches & co) et compte bien lire le dernier dans pas longtemps !
RépondreSupprimerJe partage entièrement ton avis, au point d'avoir dévoré la saga en une petite semaine ! Le dernier opus est sur liseuse, les critiques étaient très partagées et j'attends avec impatience de lire la tienne.
SupprimerJ'ai vraiment adoré lire ta chronique. J'ai beaucoup aimé lire cette série. Comme toi, j'ai adoré les personnages principaux et secondaires et Christelle Dabos à construit un univers génial.
RépondreSupprimerMerci de tout coeur pour ton avis, et bienvenue sur Coffee and Books chère Gaëtane ! As-tu terminé la saga ? En tous cas je suis ravie de savoir que La Passe-Miroir t'a plu autant qu'à moi. Et je partage vraiment ton opinion sur l'univers de Dabos : franchement, c'est incroyable d'avoir réussi à être si unique dans le registre du fantasy.
Supprimer"Ecrire un livre est un exercice difficile, où l'on dépose tellement de soi. Les commentaires des lecteurs sont importants car l'auteur écrit pour eux et qu'il a besoin de connaître les faiblesses de son récit pour les retravailler. Cependant l'exercice du blogging est une activité spontanée, et invite donc à l'humilité. Je pense avoir toujours émis des avis dans la bienveillance au cours de mes chroniques passées, mais il m'est apparu important de clarifier ce point."
RépondreSupprimerC'est vrai... mes premières chroniques, j'étais assez critique envers le travail de l'auteur/l'autrice et puis au fil du temps j'ai aussi essayé de me montrer plus bienveillante, mais surtout objective la plupart du temps.
J'ai aussi adoré ce roman une des plus belles œuvres de Fantasy en France. J'ai aimé le fait qu'Ophélie soit une anti-héroïne comme tu le soulignes. Ça change !
Bonsoir Buckette, merci pour ton passage par ici :) L'objectivité est tellement essentielle pour l'auteur qui demande des conseils. On ne naît pas écrivain, on le devient à force d'affiner sa plume.
SupprimerOui en effet, anti-héroïne au point que Christelle Dabos ne la ménage absolument pas, ni dans ce premier tome ni par la suite ! Elle a du cran cette Ophélie aha.
J'ai beaucoup aimé ce livre. Le tome deux aussi était chouette. Ensuite, j'ai moins accroché...
RépondreSupprimerHello Wyndirella :) C'est vrai que le livre a pris un tournant sur Babel. Qu'est-ce qui t'a fait décrocher ?
SupprimerCoucou Camille
RépondreSupprimerJe suis en train de finir la saga de la passe miroir et je l'adore ! C'est vraiment une oeuvre très prenante et l'écriture de l'auteur est parfaite !
Des bisous
Audrey
https://pausecafeavecaudrey.fr
Coucou Audrey ! Je suis ravie de te voir par ici :)
SupprimerC'est génial que la saga t'aie happée. Franchement elle est tellement unique et originale, je me devais d'en parler. Et voir qu'elle est dotée d'une communauté de lecteurs qui l'apprécie c'est super sympa. As-tu un personnage favori ?
Bisous ! Safran
Wahou quel bel avis et très intéressant !! Tout à fait d'acc avec toi, je prends plaisir à partager mes ressentis sur mes lectures, mais en aucun cas je critique l'auteur(e), j'essaie juste d'exprimer ce que j'ai aimé ou non dans l'histoire :D
RépondreSupprimerLa Passe-miroir, quelle saga <3 !! Il y a tout de formidable dedans !