DERNIERES CHRONIQUES

         


13 juin 2014

Je m'appelle Mina - « Il m'a fallu ma vie entière pour apprendre à dessiner comme un enfant. » (Picasso)


- Quatrième de couverture -
«Ecrire sera comme un voyage, chaque mot sera un pas qui m’emmènera vers une terre inconnue », commence à écrire Mina dans son journal. Vivant seule avec sa mère depuis la mort de son père, Mina McKee, neuf ans, nous raconte son histoire. Mais comment pourrait-elle savoir où ses phrases vont la mener ? Perchée dans l’arbre où elle aime grimper, elle se pose beaucoup de questions. Trop, aux yeux des autres, qui la trouvent étrange et même un peu folle. De toute façon, Mina n’a pas besoin des autres. Elle préfère jouer avec les mots comme « archéoptéryx », ou « métempsycose ». Elle a aussi ses idées sur la vie, la mort, ce que l’on devrait apprendre à l’école… Mina osera-t-elle sortir de son monde ? Un jour, du haut de son arbre, elle voit arriver une famille… 


Merci aux éditions Gallimard Jeunesse !

Certains bouquins sont de véritables bouffées d'air frais. C'est le cas de Je m'appelle Mina, le dernier livre de David Almond. Le qualifier de "jeunesse" me semble assez réducteur puisque ce bijou s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux enfants. En l'ouvrant, on rencontre Mina, une petite fille perchée sur un arbre la plupart du temps, qui se demande ce qu'est le monde et quelle est sa place au sein de celui-ci. Isolée de ses camarades de classe, l'enfant préfère jouer avec les mots et se poser des questions qu'elle note sur un petit carnet. Au fil des pages on découvre celui des pensées de Mina, qui nous fait voir le monde avec les yeux d'un enfant. Et en ce moment c'est ce dont j'avais besoin - de la poésie, de l'émerveillement, de la simplicité. Pas de niaiserie, pas de fioritures, pas d'ordre non plus, on suit Mina dans les méandres de son esprit ; et elle se fait Ariane, nous guidant dans le labyrinthe complexe des questionnements enfantins qui ne se soucient pas des convenances. 
Le ton est donné, il sera poétique.

Ce livre me paraissait frais et divertissant. Il s'est révélé bien plus que ça ! Et au milieu d'essais complexes et de thriller violents - je pense à Réseau(x) de Vincent Villeminot, le dernier livre lu avant celui d'Almond et dont je ne sais toujours pas dire si je l'ai aimé ou pas. Mon coeur balance plutôt du côté du "Mais qu'est-ce que c'est que c'est ovni dangereusement génial ?" - le point du vue d'un enfant permet de reprendre son souffle et d'avoir un regard neuf et pur.  Pour cette chronique, je n'ai pas envie d'établir un plan de mes pensées, je préfère les laisser jaillir et à peine me relire afin de vous faire part de mon ressenti à brut. Néanmoins, on peut structurer cette avis en plusieurs parties.

Il y a les mots. Mina joue avec eux, savoure leur sonorité, leur sens et les utilise comme elle le veut. L'éditeur a rendu ce jeu plus frappant par une typographie particulière : certains mots sont immenses, d'autres écrits noirs sur blanc. Les mots tiennent une place importante dans ce bouquin dont ils forment l'essence : Mina les rend vivants, nous plonge en leur coeur et ce ne sont plus seulement des vecteurs d'émotions ou des tâches d'encre sur la fibre, non ces mots ont une âme. Ils sont la glaise que l'enfant modèle encore et encore et nous montrent la puissance et la diversité de la langue.

On en vient ensuite à la réflexion. C'est l'immense force des paroles d'enfants, pleines de profondeur et de philosophie. Y a t-il plus sage que l'enfant, qui veut découvrir le monde sans filtre, qui pose inlassablement des questions, qui palpe ce qui l'entoure pour mieux découvrir ? Mina s'interroge sur tout. Elle pose les questions qu'on oublie de poser et les questions qu'on ne se pose plus. Par ses interrogations, elle bouleverse nos pensées : sa voix est forte, percutante et pleine de sens, et cette réflexion va de pair avec la poésie inhérente au livre. Voir le monde avec les yeux de Mina implique de s'émerveiller de tout, de vivre plus intensément. Tout ce que dit Mina est plein de poésie, qu'elle parle de la nuit, d'un oiseau ou de la mort de quelqu'un. J'ai l'impression qu'elle voit plus grand, parce qu'elle regarde mieux et différemment, qu'elle ne s'arrête pas sur un a-priori et qu'elle cherche à comprendre le monde qui l'entoure. Mais attention, cette protagoniste n'est pas infaillible. Et le fait qu'un adulte puisse rendre de manière si réelle les pensées d'un enfant dénote une grande sagesse.


Bien sûr, et même si les pensées de Mina sont tout le livre, David Almond a posé un cadre et une trame, et esquissé d'autres personnages. On s'amuse de l'opposition tenace de l'enfant face à son odieuse institutrice qui veut la couler dans un moule. On est au coeur de la tendre complicité mère-fille et de la vie quotidienne de Mina, rendue unique, précieuse et extraordinaire par l'enfant. La vie est belle. Comprenons-nous vraiment ce que ces mots signifient ? Comprenons-nous que la vie c'est aussi l'écorce de l'arbre, les piaillements d'un merle et les spaghettis pomodoro ? Comprenons-nous que la poésie et la merveille se trouvent ici ? Mina saura nous le montrer.



Vous l'aurez compris, ce livre m'a subjuguée presque de bout en bout - oui, j'ai été un peu lassée à un moment. Mais ça n'a pas empêché le coup de coeur parce ce livre est unique. Mina va vous prendre par la main et vous montrer le monde, et croyez-moi, regardez attentivement. Prêtez l'oreille à ce qu'elle vous dit, parce que les enfants ont autant de choses à nous apprendre que les vieillards. Appliquez ses "Activités hors pistes" qui vont donner un nouveau souffle à votre plume et à votre esprit. Vous allez redevenir un enfant qui s'émerveille de tout, et Dieu que ça fait du bien ! Après coup j'ai compris à qui l'enfant me faisait penser : Mina ressemble au Petit Prince de Saint-Ex, ce bouleversant petit bonhomme qui vient nous ouvrir les yeux et nous faire réfléchir. Ce livre vaut le détour : empruntez son chemin, et tant que vous y êtes, « dansez sous un réverbère et étincelez comme l'étoile que vous êtes ». Ce sera votre première activité hors-piste !

                                  

Je m'appelle Mina est un livre écrit par David Almond et publié le 2 Septembre 2010 sous le titre original de My name is Mina aux éditions Hodder Children's Books. Il fait 320 pages en langue anglaise et 318 en langue française. Il a été traduit de l'anglais par Diane Ménard et est paru le 12 Janvier 2012 aux éditions Gallimard Jeunesse. Il coûte 14,50 euros en format broché et 7 euros dans la collection Folio Junior.


David Almond a grandi au sein d'une grande famille dans une bourgade escarpée au dessus de la rivière Tyne. Il a fait ses études dans les universités de l'East Anglia et du Newcastle en littératures anglaise et américaine. 

Il a été enseignant, postier, portier, a vendu des brosses, a travaillé dans le bâtiment, a été pigiste à la BBC. Dans les années quatre-vingts, il a vécu un an dans une communauté d'artistes et d'écrivains, dans un manoir délabré du Norfolk. C'est là qu'il a rédigé ses premiers récits et qu'il a rencontré sa compagne. 

De 1987 à 1993, il s'est occupé du magazine littéraire "Panurge" qui publiait de la fiction. Puis il s'est retiré pour se consacrer à ses propres travaux d'écriture. 

Paru en 1998, "Skellig" a depuis été traduit en 15 langues et a obtenu plusieurs prix, Whitbread Children's Novel of the Year Award et Carnegie Medal. Skellig est adapté à la TV en 2009 par Annabel Jankel avec Tim Roth dans le rôle titre.

Depuis 2000, il vit avec sa compagne et leur petite fille, Freya Grace à Newcastle. Il dirige des ateliers d'écriture et il donne des conférences dans les écoles. 
(Tiré du site Babelio.fr)

7 juin 2014

Ici et maintenant - Cueille le jour



Voici l'histoire de Prenna James, une jeune fille de dix-sept ans qui a immigré à New York avec sa mère. Mais Prenna ne vient pas d'un autre pays. Elle vient d'une autre époque. Un futur où la vie est devenue impossible, ravagée par une pandémie tuant des millions de gens et laissant le monde en ruines… Prenna et ceux qui ont fui avec elle jusqu'au temps présent doivent se fondre dans la société actuelle en suivant des règles strictes : ne jamais révéler d'où ils viennent, ne jamais interférer dans le cours de l'Histoire et ne jamais, au grand jamais, développer de relations intimes avec quiconque en dehors de la communauté. Mais tout bascule lorsqu'elle tombe amoureuse d'Ethan Jarves. 

Ce résumé ne donne pas très envie. On sent l'histoire maintes fois répétées d'une jeune fille amoureuse d'un garçon qu'il lui est impossible d'aimer sous peine de graves dangers. Mais elle l'aime. Mais ils bravent l'interdit. Point final. 

Ce n'est pas ce que j'ai ressenti en commençant le livre. Je rentrais de voyage quand j'ai découvert sur mon bureau un paquet estampillé Gallimard Jeunesse, que je remercie grandement de leur envoi ! Car ces éditions fantastiques m'ont envoyé non seulement les épreuves non corrigées mais aussi le livre final ! Ma valise était pleine, il était dix heures du soir, j'étais crevée mais j'ai quand même commencé le bouquin parce qu'il me disait bien - non, ce n'est pas paradoxal! - Je l'avais repéré sur le programme Mai-Juin-Juillet de Gallimard Jeunesse et l'idée d'une pandémie à l'origine de cette fuite contrainte formait une trame originale et notable. J'ai donc entamé ce Brashares avec curiosité. Et j'ai très vite reposé ce bouquin - mais pas pour les raisons que vous croyez ! J'ai flairé tout de suite le roman génial, celui qu'il est impossible de lâcher et qui se dévore jusqu'à trois heures du matin - avec une valise à ranger, je devais remettre ma lecture à plus tard. Plus tard ? Un quart d'heure après je replongeai dedans. Sans surprise, je l'ai reposé à deux heures quarante du matin. Mais il m'a fallu deux lectures pour faire cette chronique et la première m'a plus plu que la seconde. 

Mention spéciale pour le livre-objet. Joli packaging, vous ne trouvez pas ?

Une particularité de ce bouquin est qu'Ann Brashares commence par narrer l'histoire du point de vue d'Ethan, oh pas bien longtemps, le temps d'un simple chapitre, avant de donner la parole à Prenna jusqu'à la dernière page. C'est intéressant même si je préfère le point de vue de la jeune fille, qui nous en apprend plus sur la pandémie et l'intégration difficile au monde actuel. La plume de Brashares retranscrit extrêmement bien les pensées adolescentes, comme elle l'avait prouvé dans Quatre filles et un jean. C'est fluide, c'est authentique, c'est tantôt drôle tantôt tragique, et on n'a pas besoin de descriptions minutieuses pour s'imaginer aux côtés des protagonistes ni de longues phrases pour nous faire sourire ou nous émouvoir. C'est vraiment un point fort pour s'immerger dans le récit : une bonne plume, qui se lit avec confiance et plaisir. 

Côté personnages j'ai eu l'agréable surprise de ne pas trouver de triangle amoureux : il existe encore des romans sentimentaux où les personnages n'ont pas le coeur qui balance entre vampire et loup-garou entre deux jeunes gens ! Par contre, rien d'original dans le couple Prenna-Ethan, très prévisible. Mais Prenna est intéressante par ses réflexions et ses pensées et Ethan est très touchant par son amour sincère et son côté timide et assuré à la fois. Ces deux jeunes un peu maladroits ne m'ont pas spécialement marquée mais j'ai passé un bon moment avec eux. J'ai un seul regret mais il vous spoilerait un véritable coup de théâtre, alors je me contenterai de paroles sybillines : j'aurais aimé qu'un personnage reste plus longtemps, pour qu'on puisse mieux s'y attacher. Il était très intéressant et j'aurais aimé en apprendre plus sur lui. Voilà, si vous lisez le livre vous saurez de qui je parle ! 

On entre dans le vif du sujet : le roman gravite autour de deux thèmes, cette romance impossible et une pandémie meurtrière qui a forcé les habitants futurs à fuir leur époque. C'est le point fort du récit, sa note originale. Le fléau ne vient pas directement des hommes, et pourtant, on comprend que si les moustiques transmettent la maladie, c'est l'Homme qui est à l'origine de celle-ci, par son comportement irrespectueux et sa soif intarissable d'énergie. 


Et ça, c'est le message du roman - j'ai tendance à en chercher dans toutes mes lectures en ce moment ! -  Je l'ai trouvé fort. 
Dans son apostrophe aux lecteurs - présente uniquement sur les épreuves non corrigées. Vous voulez que je le recopie ? - , Ann Brashares voulait qu'elle et nous soyons connectés. Et j'ai eu le sentiment fort que dans certains passages, Ann parlait directement. Ce n'était plus ses personnages, c'était vraiment elle qui s'adressait à nous. Ce roman nous fait prendre conscience d'une manière différente que la Terre repose sur un équilibre fragile et que chaque petit geste que nous faisons, chacun de notre côté, a un réel impact. Oui, ça ne change pas beaucoup des discours que nous entendons. Dans ce cas, pourquoi ce message est-il si fort ? Parce que Brashares nous montre l'après

C'est ça, la force du roman : il nous met en garde en nous montrant comment les choses pourraient évoluer. Vous me direz que c'est déjà le cas de dizaines de chansons, poèmes, livres et communiqués officiels et c'est vrai. Mais ce bouquin fait 314 pages et on a le temps de penser, de passer par toute une gamme d'émotions, de s'attacher aux personnages, d'en apprendre plus sur un hypothétique futur, et ce par les yeux d'une personne qui ne connaît pas notre époque, qui s'émerveille de pouvoir manger une mangue juteuse ou de se promener à l'air frais sans danger, tout en critiquant notre inconscience, notre société de consommation insatiable et notre incapacité à vivre le moment présent. Et tout ceci, on le lit on se le prend vraiment en pleine face dans des lettres de Prenna à son jeune frère Julius. Ce sont ces passages d'une page à peine qui m'ont le plus émue et le plus marquée. 


C'est vrai que hors contexte, en les lisant comme ça, ces lettres semblent jouer la carte du mélo. Mais ce n'est pas ce que dégage le livre. Non, on sent plutôt une sorte de joie, d'urgence aussi, et même si j'ai tendance à rendre tout ça très emphatique je pense que ce bouquin a vraiment quelque chose. L'idée d'un personnage extérieur n'est pas nouvelle, on le retrouve déjà dans Micromégas de Voltaire - ça sent encore l'oral de français ! - et pourtant ce thème n'est pas éculé. 

Pour finir, je dirais que si les personnages ne sont pas l'élément marquant de Ici et Maintenant, le dernier Brashares est porté par la plume spontanée de son auteur et par un message fort et actuel. Ce livre a frôlé le coup de coeur. Une bonne découverte !
                                        


Ici et Maintenant est un roman écrit par Ann Brashares et a été publié le 8 Avril 2014 par les éditions Delacorte Press sous le titre The Here and Now. Il fait 242 pages en langue anglaise et 314 en langue française. Le roman a été traduit en français par Vanessa Rubio-Barreau est est paru aux éditions Gallimard Jeunesse le 4 Juin 2014. Il coûte 16,50 euros.


Ann Brashares a grandi aux côtés de ses trois frères à Chevy Chase, dans le Maryland, avant d'étudier la philosophie au Barnard College, une branche de Columbia University à New York. Avant de continuer ses études de philosophie en école supérieure, Ann pris une année afin de travailler comme éditrice dans le but de mettre de l'argent de côté pour son école. Mais l'amour de son travail pris le dessus et elle n'étudia pas en école supérieure, restant à New York et travaillant de nombreuses années comme éditrice. Ann passa ensuite d'éditrice à auteur à plein temps grâce à sa première saga The Sisterhood of the Traveling Pants (Quatre filles et un jean). Ann et son mari vivent à New York avec leurs trois enfants. 
(Librement traduit du site Goodread)