9 juin 2013

Les Aventures d'Aurian - par Adrien : Chapitre sept


Les Aventures d'Aurian  ©
Chapitre 6

Au milieu de la forêt, le petit groupe avançait gaiement le long d’un sentier couvert de quelques feuilles mortes. Le doux bruit de la petite rivière les accompagnait depuis déjà plusieurs heures et les deux garçons qui avançaient sans peine chantaient à tue-tête depuis plusieurs kilomètres. À l’inverse, Edna commençait à fatiguer. Alors qu’ils passaient près de la grotte sans s’arrêter, elle décida d’intervenir :
  -Les garçons, je fatigue moi… dit-elle en se laissant retomber sur le sol. Elle se coucha sur son sac et ferma les yeux. Et je crois que vous n’avez même pas vu la grotte.
À ces mots, ils stoppèrent net :
  -Une grotte ? demandèrent-ils d’une seule voix.
Edna, presque trop fatiguée pour parler, leur indiqua la fameuse cavité de la main. À dix mètres d’eux, au-dessus d’une petite pente, nichait dans la roche une fracture verticale assez longue, mais étroite. Un petit ruisseau qui coulait à côté venait se jeter dans la rivière pour continuer son chemin, et des arbustes en cachaient partiellement l’entrée. Conscient du fait qu’il avait omis de regarder partout autour de lui, Aurian remercia chaleureusement Edna :
  -Sans toi nous serions passés à côté sans même la voir ! Merci, dit-il en déposant à son tour son attirail.
Edna se laissa tomber dans l’herbe et se coucha sur sac à dos. Elle ferma les yeux comme pour mieux se reposer et dit :
  -Vous devriez aller regarder dans la grotte, on ne sait jamais !
Kylian lâcha à son tour son sac à dos :
  -Elle a raison, il y a peut-être le trésor à l’intérieur !
Alors qu’ils remontaient la pente douce qui menait à la grotte, ils entendirent un soupir de soulagement :
  -Qu’est-ce-que ça fait du bien d’enlever ses chaussures, dit Edna en contrebas.
Les deux amis se retournèrent et lui décochèrent un sourire amusé. Puis ils s’approchèrent de la grotte. L’entrée n’était pas très large, et faisait environ deux mètres de haut. Après avoir appréhendé la taille et la profondeur de la cavité, ils pénétrèrent à l’intérieur. Alors qu’ils avançaient en longeant le mur, une petite voix leur vint de l’extérieur :
  -Vous trouvez quelque chose ?
  -On ne voit rien ! répondit Aurian. Il nous faudrait une torche !
Edna se mit alors à chercher dans les sacs. Elle savait qu’elle n’avait rien dans le sien, et ouvrit donc celui d’Aurian. En voyant qu’il n’y avait aucune torche, elle releva la tête vers la grotte, mit ses mains en porte-voix, et cria :
  -Revenez ! Je ne sais pas comment on fait moi !
Les deux garçons ressortirent, et ils redescendirent vers la rivière. Kylian mourrait d’envie d’aller chercher le trésor, mais il sentait que ses pieds appelaient au secours. Alors il enleva lui aussi ses chaussures et senti un sentiment de liberté l’envahir. Puis il descendit prudemment sur les rochers qui bordaient la rivière, et il enfonça ses pieds dans l’eau claire.
  -Viens me rejoindre, dit-il à l’intention d’Edna, tu verras comme ça fait du bien !
La fillette qui inspectait ses pieds rougis ne se le fit pas dire deux fois, et elle le rejoignit rapidement. Elle s’assit à côté de lui et elle commença à faire des petits cercles du bout des pieds dans ce bain réconfortant. Elle barbota quelques instants et se retourna vers Aurian. Celui-ci était entrain de fouiller dans son sac, il tenait dans sa main droite un bâton d’une trentaine de centimètres, et à ses pieds gisaient de vieux bouts de tissus. Il avait remonté les manches de sa chemise et ses coudes brillaient par intermittence lorsque les rayons du soleil les rencontraient.
  -Tu as ce qu’il faut pour faire une torche ? demanda-t-elle de sa voix fluette.
Aurian se redressa victorieux et brandit une sorte de pâte luisante :
  -La voilà cette satanée graisse ! Je savais bien que je l’avais prise dit-il en ramassant le tissu à ses pieds.
Puis, il enleva à son tour ses chaussures de cuir. Ses orteils dorés se posèrent sur le sol, et il se sentit instantanément plus libre. Il les remua, les uns après les autres, et en voyant qu’ils étaient encore réceptifs après cette dure journée de marche, il se félicita intérieurement. Aurian se savait à l’aise avec la marche, mais il voulait essayer de renforcer ses pieds. Il se demanda s’il pouvait continuer sans chaussures. Après tout, il pouvait profiter de ses orteils… Il avait l’impression qu’ils n’étaient pas affectés par la douleur, et pourtant, il sentait chaque brin d’herbe sous ses pieds. Décidé à tester son étrange pouvoir, il opta pour la marche pieds nus. Puis il rejoignit ses amis à grandes enjambées et  il s’assit à côté d’eux. Il aligna les bouts de tissu le long de sa cuisse droite, saisit son bout de bois de la main gauche, et commença à confectionner sa torche :
  -Regarde Edna, il suffit d’enrouler le bois de tissu, puis de l’enduire de graisse. Ensuite, on remet du tissu, et encore de la graisse, et ainsi de suite ! dit-il fièrement.
Edna voyant que les yeux d’Aurian brillaient d’excitation, mais elle doutait de la sécurité du dispositif :
   -Mais ça ne risque pas de couler ? demanda-t-elle inquiète.
  -Si, c’est pour ça qu’on doit mettre un bac de récupération en dessous. Je l’ai fait moi-même et je vais bien voir s’il fonctionne.
Là, il sortit un récipient en bois. Il avait la forme d’un demi-œuf coupé dans le sens de la largeur, et un trou assez large avait été creusé au fond. Aurian prit son bout de bois et le planta dans le récupérateur. Il l’enfonça jusqu’à ne plus pouvoir. Kylian avait tout regardé et paraissait impressionné :
  -Je n’avais jamais pensé à bloquer la graisse de cette façon ! C’est génial ! s’exclama-t-il. Mais il faut juste faire attention à garder la torche bien droite sinon tout peut couler.
Aurian, fier de sa découverte, acquiesça d’un hochement de tête. Il posa sa torche dans l’herbe, il enleva sa chemise, et il descendit dans l’eau. Pendant sa descente, ses amis purent voir la tâche dorée le long de sa colonne vertébrale. Quand l’eau lui arriva à la taille, il invita ses amis à venir le rejoindre :
  -Venez, elle n’est pas froide ! On va pouvoir s’amuser comme vous le vouliez ce matin, dit-il le regard narquois.
Kylian se débarrassa de sa chemise et plongea dans l’eau. Edna, elle, enleva sa robe. Elle portait en dessous une sorte de grande chemise en fine laine blanche cousue à un short. Le tout lui couvrait les épaules et descendait jusqu’au milieu de ses cuisses.
  -Je ne sais pas bien nager, dit-elle en avançant prudemment pour ne pas glisser sur les pierres lisses. Vous me rattrapez si je tombe hein ? demanda-t-elle en levant la tête vers ses amis, tout en essayant de s’agripper à quelques racines.
Aurian s’approcha d’elle pour la mettre en confiance, et Kylian vient lui tenir la main :
  -Ne t’inquiète pas, répondit-il, c’est moi qui ai appris à nager à Aurian : tu vas devenir une championne en deux temps trois mouvements !
 Edna se rapprocha de ses amis guère peu rassurée. Mais, voyant qu’elle avait pied et que le courant n’était pas très fort, elle se rassura. Elle chercha une cachette des yeux et vit un petit rocher qui dépassait du fil de l’eau. Elle commença à se déplacer dans sa direction, et arrivée à mi-chemin, elle accéléra le pas en envoyant de l’eau sur ses deux amis. Ceux-ci, pris par surprise, ne réagirent pas et se sentirent assaillis par un froid soudain. Quand ils se rendirent compte qu’ils avaient été victimes d’une attaque, ils envoyèrent des bourrasques vers Edna. Mais celle-ci s’était déjà protégée derrière  son rocher,  et elle riait aux éclats. Quand ses deux amis arrivèrent de part et autre de son abri de fortune elle poussa un cri :
  -Ha non pitié ! C’est froid ! dit-elle en recevant des trombes d’eau sur le corps.
Leur vengeance étant accomplie, les deux garçons retournèrent sur la terre ferme et étendirent leur pantalon à des branches d’arbre.  Edna sortit de l’eau et demanda un peu gênée :
  -Vous pourriez vous tourner s’il vous plaît ? Je dois me changer parce que je n’ai rien d’autre et je dois faire sécher cette chemisette.
Les deux garçons obtempérèrent, et ils allèrent un peu plus loin.
  -J’ai pris la torche, dit Aurian, on va pouvoir y aller. Remets tes chaussures et sèches toi un peu.
  -Tu as raison, ça serait bête d’attraper froid de cette façon ! dit Kylian en se frictionnant.
Kylian alla à l’entrée de la grotte tandis qu’Aurian reparti vers les sacs.
  -Qu’est-ce-que tu fais ? demanda Kylian, la grotte est par là ! dit-il en pointant la sombre cavité rocheuse de sa main droite.
  -Je n’avais pas allumé la torche, répondit Aurian. Accorde-moi juste quelques instants.
Il sortit de la poche supérieure de son sac à dos un petit silex et un bout de métal. Il se mit à genoux et plaça la torche entre ses jambes. Puis, il disposa de la paille bien sèche sur la graisse et commença à frapper son silex contre le bout de métal. Des étincelles sortaient à chaque choc, ce qui permit à la paille de s’enflammer très facilement. Aurian se releva rapidement en brandissant la torche à bout de bras. Les flammes redoublèrent d’intensité et la graisse se mit à brûler. Edna, qui avait assisté à la scène restait bouche bée :
  -Tu pourras m’apprendre ? demanda-t-elle émerveillée.
  -Je te dois bien ça, répondit Aurian en faisant mine d’aspirer la fumée qui émanait de sa torche.
Edna se mit à rire et elle rejoignit ses deux compagnons :
  -Je vais surveiller les sacs pendant votre exploration. Faites attention, mes parents m’ont toujours dit que les grottes étaient des endroits dangereux.
Abraham avait lui aussi expliqué les dangers des grottes à Aurian. Ne jamais y aller sans lumière si la grotte est profonde, toujours s’assurer que la source de lumière a une longue durée de vie, ne jamais partir trop loin sans équipement, et ne jamais descendre trop profondément au risque de glisser et de tomber dans un trou trop profond pour en sortir Il parcouru les quelques mètres qui le séparaient de l’entrée d’un pas vif et s’arrêta aux côtés de Kylian :
  -Allons-y, dit-il en écartant les arbustes et en pénétrant à nouveau dans le sombre couloir.
Edna resta quelques instants à les regarder s’éloigner. Soudain, la lumière disparu. Ils avaient dû tourner. Elle redescendit vers les sacs et s’allongea. Elle sentait les brins d’herbe effleurer son visage. Elle entendait le doux bruit du ruisseau couplé à celui de la rivière. Le vent s’engouffrait dans ses cheveux et faisait s’envoler quelques mèches. Elle se sentait si bien qu’elle s’endormit presque aussitôt. Quand elle se réveilla, la luminosité avait déjà bien baissé. Elle se redressa sur son coude droit et vit que ses deux amis étaient revenus. Kylian finissait de tendre la peau d’ours au-dessus des piquets et Aurian faisait un cercle avec des galets pour abriter le feu.
  -On s’installe ici pour la nuit ? demanda la fillette un peu déboussolée. J’ai dormi longtemps ? continua-t-elle en songeant qu’elle avait fait une bonne sieste.
Aurian s’approcha d’elle en souriant. Edna avait l’impression que ses dents devenaient de plus en plus brillantes. Il s’assit à côté d’elle et dit :
  -Nous avons exploré toute la grotte, et il n’y a aucune trace d’un quelconque trésor. Elle tourne juste vers la droite au bout de quelques mètres, puis descends pendant une dizaine de pas. Après on s’est retrouvés bloqués puisque ce n’est qu’un cul-de-sac… conclut-il un peu triste. Et quand nous sommes remontés quelques minutes plus tard tu dormais déjà. On n’a pas eu le cœur de te réveiller, tu paraissais si tranquille. Et il faut dire que tu avais bien mérité un peu de repos.
  -Vous avez installé le camp, ça veut dire qu’on dort ici cette nuit ?
Aurian examina les alentours et répondit :
  -L’endroit me paraît idéal : il y a de l’eau, un abri en cas d’orage et une zone plate pour dormir.
Edna sourit un peu en pensant à sa longue sieste :
  -Je t’assure qu’on dort très bien, dit-elle en arborant un large sourire. Je peux vous aider ? Je pourrais installer les peaux sur le sol pour nous refaire le matelas.
En entendant cette proposition, Kylian se releva :
  -Si tu insistes, je ne vais pas t’en empêcher, dit-il en tendant les bras vers le ciel pour s’étirer.
Kylian avait choisi pour lieu de couchage le pied d’un grand chêne. Il avait planté deux piquets dans le sol, espacés  d’un mètre, et il avait disposé des galets en ligne au pied de l’arbre. Puis, il avait tendu la peau d’ours en la fixant avec les galets en en l’enroulant autour des deux piquets. De sorte que leur tente artisanale offrait un abri à la fois aéré et protégé. Edna était allée chercher les peaux de loup dans son sac et les avait disposées sur le sol, sous la peau d’ours. Alors que le soleil commençait à descendre à l’horizon, les trois compagnons commencèrent à manger au coin du feu qui grésillait. Aurian avait fait cuire le lapin qu’il avait capturé le matin même, et il était de nouveau allé chercher des fruits dans la forêt. Dès qu’ils eurent fini leur repas, les trois amis allèrent se coucher. Mais cette nuit-là, aucun d’eux n’avaient eût le temps de rêvasser. Chacun d’eux s’était endormi  après avoir posé sa tête sur les douces et réconfortantes peaux grisâtres.

*

Abraham s’était reposé toute la journée. Il venait de faire ses affaires, et il s’apprêtait maintenant à partir à la recherche des trois enfants. La nuit était entrain de tomber quand il dit au revoir à sa femme :
  -Essaye de garder un œil sur les parents d’Edna, j’ai peur qu’ils ne fassent une bêtise. Ils sont tellement inquiets qu’ils pourraient mettre leurs propres vies en danger.
  -Je n’y manquerai pas, rassure-toi, répondit-elle en passant ses mains sur les épaules de son mari.
Il déposa un baiser sur le front de Pénélope et sortit. Puis il descendit les marches et s’enfonça dans la nuit.
Alors qu’Abraham rejoignait la rivière, il pensait aux trois enfants. Sa priorité était de retrouver leurs traces. Evidemment, il ne serait pas chose aisée de connaître leur destination. Il avait appris à Aurian comment survivre dans la nature. Il savait donc qu’ils longeraient sûrement un court d’eau. Le seul de la vallée étant la rivière, il s’engagea vers le pont. Arrivé là, il chercha des traces sur le sol. Après quelques instants, il découvrit les empreintes de trois chaussures s’en allant vers le nord. Il suivit la direction indiquée par les pas, et s’enfonça dans le sous-bois.  Là, il vit une peau de lapins sur le sol. Aurian avait-il pris de quoi coucher dehors ? Quoi qu’il en soit, il était décidé à suivre la rivière. Il était certain qu’il ne faisait pas fausse route. Il ramassa la peau de lapin, la noua autour de sa tête, et pénétra dans la forêt.

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