12 mai 2013

Les aventures d'Aurian - par Adrien : Chapitre 4

Les Aventures d’Aurian ©

Chapitre Quatre

Presque un an avait passé. A l’école, il avait appris à parler en faisant des phrases parfaites et en articulant bien. Il savait courir, sauter, escalader un mur et grimper dans les arbres. Il pouvait écrire quelques mots et lire de courts textes. Il connaissait le nom de ses couleurs par cœur et s’appliquait quand il devait dessiner. Pour l’anniversaire de Pénélope, il avait représenté la vallée vue du haut d’une falaise. Il était allé tout en haut avec son amie Edna sans qu’aucun membre du village ne soit au courant de leur escapade. Ils avaient passé toute la journée à dessiner, et ils étaient rentrés pour le dîner. Pénélope et Abraham le grondèrent si fort qu’Aurian se mit à pleurer. Pour la première fois de sa vie au village, ses larmes n’avaient pas de rapport avec l’apparition de l’or sur son corps. Il avait été tellement triste qu’il avait oublié de donner son dessin. Le lendemain, il l’avait retrouvé sous son lit, et il était allé le donner à Pénélope. Celle-ci avait laissé échapper des larmes d’émotions en voyant son cadeau. La vallée, qui descendait tranquillement le long de la rivière était d’un vert flamboyant. Les arbres des collines étaient parfaitement identiques à la réalité. Tous les détails des maisons du village étaient sur le dessin. Jusqu’à la branche rebelle de l’arbre-maison d’Abraham, longue d’une dizaine de mètres et montant vers le ciel.
Aurian en avait vu. Quelques années plus tard, il avait découvert tous les secrets de sa petite vallée. Avec Kylian, ils étaient partis pendant 3 jours pour essayer de capturer des lapins. Kylian en voulait absolument un dans sa chambre. A la place, ils avaient trouvé une meute de loups endormis et avaient préféré rentrer le plus vite possible. Leur péripétie avait été semée d’embûches : des rivières aux eaux gelées, des collines infestées d’orties, des falaises infranchissables. Mais ce qui les avait retenus le plus longtemps avait été de tout repos : une colline verdoyante regorgeante de fraisiers et d’arbres fruitiers.  A leur retour, Edna leur avait sauté au cou en pleurant. Aucun des deux garçons n’avait pensé lui manquer autant.
Aurian avait donc tout vu, tout fait. Il continuait de grandir, et son corps se parait progressivement d’or. Il avait des mèches de cheveux étincelantes, la pupille droite totalement dorée, le bout des doigts brillants, le nombril entouré d’une petite flaque d’or. Désormais, il ne craignait plus les chutes car ses genoux et ses coudes étaient protégés par une épaisse couche du précieux métal. Il ne risquait plus non plus de se casser ni les dents ni les ongles : ils se durcissaient au fil du temps en se transformant en métal jaune, qu’Aurian finissait par bien connaître. 
Aurian avait donc tout vu, tout fait. Jusqu’à ce jour…
Aurian dévalait en courant la pente qui menait à l’école. Il était persuadé d’être en retard. Mais quand il arriva devant la porte en bois massif, il vit que tous les enfants étaient encore dehors. Il chercha Kylian des yeux, et il le vit entrain de parler avec Edna. Elle portait une petite robe en tissu blanc, parsemée de quelques motifs roses. Elle avait lâché ses cheveux châtains qui lui descendaient à présent jusqu’au bas du dos en ondulant légèrement. Quant à Kylian, il portait comme toujours sa tunique de coton blanchâtre et son pantalon beige. Ses cheveux noirs se dressaient au-dessus de sa tête, et ses yeux plus sombres que la nuit inspectaient Aurian :
  -Toi tu as couru, dit-il en rigolant. Tu es essoufflé !
Aurian, en essayant tant bien que mal de reprendre sa respiration, essayait de remettre ses habits correctement. Il portait une chemise blanche et une veste de cuir tanné. Il dépoussiéra son pantalon bleu et releva la tête vers ses amis :
  -Comment allez-vous ce matin ?
  -Ca peut aller, répondirent-ils d’une voix.
Ils continuèrent à bavarder quand le maître arriva derrière eux. Il leur indiqua qu’il était l’heure d’aller en classe, et tous les élèves rentrèrent dans la bâtisse. Il les fit s’assoir et commença à parler :
  -Bonjour les enfants, dit-il de sa voix grave.
  -Bonjour maître, reprirent-ils tous en cœur.
  - Aujourd’hui nous allons faire de l’histoire. Nous allons essayer de comprendre comment vivaient ceux qui étaient là avant nous. Je vais vous parler d’une légende qui nous vient de nos ancêtres : « Autrefois vivait dans notre vallée un peuple de fiers guerriers. Un jour, ils décidèrent de partir à la conquête du monde. Ils s’équipèrent de leurs épées et de leurs boucliers, de leurs armures et de leurs casques, et ils sortirent de la vallée. Ils pillèrent tous les villages qu’ils rencontrèrent. Et ils obligeaient tous les prisonniers à se battre à leur côté si bien que leur armée allait grandissante. Quand ils arrivèrent aux portes de la cité la plus riche du monde, ils étaient l’armée la plus puissante jamais créée. La ville tomba en cendres en seulement quelques jours, mais la bataille avait été tellement cruelle que seulement quelques centaines des meilleurs hommes avaient survécus. Le chef se rendit alors compte que l’appât de l’or était la pire des choses. Il décida qu’aucune autre civilisation ne commettrait de nouveau le carnage qu’ils avaient fait. Ils ramenèrent tout leur butin dans notre vallée et le cachèrent pour que personne ne veuille le reprendre. Tous les soldats fondèrent une famille et vécurent plus heureux que sur le champ de bataille. Au fil des siècles, le trésor tomba dans l’oubli. Et personne ne sait où il se trouve désormais»
Aurian ne comprenait pas pourquoi le maître leur expliquait ça. Si leurs ancêtres avaient voulu cacher le trésor à jamais, il ne fallait pas raconter cette légende au risque d’éveiller des convoitises. Il fit part de ses questions au maître, et celui-ci lui répondit :
  -Je comprends ce que tu dis, et c’est très intelligent de ta part. Mais je ne pense pas que cette légende soit vraie. C’est pour ça que je ne prends pas de risque en vous la racontant. A la vérité, cette légende contient une morale destinée à ceux qui l’écoutent. Les morales permettent de réfléchir sur le monde, et de le voir avec les yeux d’autres gens.
  -He bien moi, dit Aurian à l’oreille de Kylian, je suis sûr que le trésor existe !
  -Tu as raison ! Et si on allait le chercher ? demanda-t-il en chuchotant.
Edna vit bien qu’Aurian et Kylian étaient en train de parler, ce qui l’interpella :
  -Qu’est-ce-que vous dîtes les garçons ? Questionna Edna en s’approchant d’eux. Vous parliez du trésor ?
  -Chut ! Pas si fort Edna ! Il ne faut pas que les autres nous entendent. Si…
  -Héla les enfants, interrompit le maître, pas de bavardages. 
  -On se retrouve sous l’arbre d’Abraham après la classe, chuchota Aurian, et pas un mot aux autres ! conclut-il avec autorité.
Après la classe, Edna rentra chez elle à toute allure. Quelle folle idée avaient encore-t-ils eue ces deux-là ! Mais cette fois elle serait de la partie. Et elle comptait bien en profiter. Kylian savait qu’il prépare ses affaires. Aurian paraissait vraiment décidé. Il se doutait même qu’ils partiraient cette nuit ! Aurian quant à lui, marchait tranquillement vers l’arbre-maison d’Abraham. Il fallait qu’il aille embrasser Pénélope avant de partir ! Il devrait aussi aller embêter un peu Abraham pendant qu’il cultivait ses légumes. Aurian savait bien qu’Abraham détestait ça. Mais c’était le seul moyen pour qu’il lui courre après. Il ne pouvait plus faire autrement pour jouer avec lui. A vrai dire, Abraham commençait à devenir vieux. Ou du moins, c’est ce qu’Aurian pensait : il ne voulait plus aller gambader dans les champs ou jouer dans les arbres avec lui. « Vas voir tes amis, ils sont là pour ça ! » disait-il, en fumant sa tige de bambou. Aurian devait absolument savoir quel goût ça avait. Mais évidemment, Abraham ne l’avait jamais laissé goûter !

A la tombée de la nuit, Edna, Kylian et Aurian se retrouvèrent à la lisière de la forêt. Plus tôt dans l’après-midi, ils avaient convenu de se voir là où personne ne pourrait les voir. 
  -Alors ? demanda Edna, complétement surexcitée, qu’est-ce qu’on fait ?
  -Nous partons à la recherche du trésor ! répondit simplement Aurian. J’ai élaboré un plan : nous allons progressivement descendre le lit de la rivière. Jusqu’à ce que nous arrivions dans un endroit propice à une cachette ! La vallée n’est pas si large ! En suivant le court d’eau, nous aurons toutes nos chances.
Bien qu’enthousiaste, Kylian restait sceptique :
  -Tu as pris de la nourriture ? demanda-t-il pour plus de prudence.
  -Bien sûr ! Alors ? On y va ?
  -Allons-y ! s’écria Edna en commençant à courir vers la rivière. 
Les deux amis la regardèrent s’éloigner. Ils s’échangèrent un regard, et ils la suivirent en éclatant de rire.

1 commentaire:

  1. Je suis cette nouvelle avec une admiration grandissante. C'est parfait.

    Feuy.

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