23 avril 2013

Sur la tête de l'amour

Lu en partenariat avec les Editions Sarbacane.

Un quartier HLM, du bitume et des immeubles. Le cadre du roman n'est pas un palais, mais on y trouve tout de même des trésors : par exemple, les mots de Slam, Sam qui ne parle pas, les mots qu'il griffonne sur ses murs, sur ses carnets ; le pas dansant de la jolie Nora aux baguettes chinoises emmêlés dans ses cheveux. Au mic(ro), il y a Aswad, rappeur connu de la cité, qui parle "aux grandes et aux petites soeurs" mais pas seulement, et qui ne sait pourtant pas écrire les paroles qu'il déclame sur fond de beat et d'instru numérique. 
Alors il est forcé de demander à Sam, qui a du naître avec une plume au bout des doigts pour avoir des mots si justes. Rimbaud, le rap, les murs décrépis et les mots se mélangent dans un collage, sur fond de quartier pas toujours bien famé. Il y a les jumeaux Hein et Neken, qui peuvent tout vous dénicher et qui parlent et mettent l'ambiance devant leur bric-à-brac, leur étal, Le Bon Coin où tu peux trouver un exemplaire de tout ce que tu cherches. 
La lune voit tout, elle observe la cité de sa lumière bienveillante, le soir elle éclaire les confettis dans les cheveux de Nora lorsque qu'a été fêté le premier rire de Sam ; elle fait de l'ombre aux projo qui éclairent la scène de la bataille de slam, ce chant sans musique où les mots, leur sonorité et leur rythme sont acérés, tranquilles ou amoureux...
Cette bataille qui aura lieu dans une semaine, cette scène sur laquelle s'affronteront de bons orateurs, qui savent faire claquer les mots et leur donner une direction : et parfois, cette direction, c'est le coeur...



C'est le roman le plus rythmé que j'ai jamais lu ! Derrière chaque mot, on sent une pulsation, un tempo, tous les mots dansent, c'est presque palpable ! De plus, en début de chaque roman chez Sarbacane figure une playlist, une dizaine de titres, assez éclectiques, à écouter en lisant le roman : je trouve que c'est une excellente idée d'associer les mots, les sons et les chansons, ça apporte quelque chose au livre, un nouveau moyen de le savourer. 
L'auteur utilise beaucoup de périphrases très poétiques et qui parlent d'elles-même : "Les yeux en épines" et "Les yeux en pétales", par exemple. Elles donnent une sonorité au roman, un rythme. C'est la poésie même de ce roman urbain. De la prose poétique, comme j'ai lu quelque part. Des appartements de 40 mètres carrés, d'accord, mais dont les murs sont tapissés de mots et de rimes...
Les personnages ont environ dix-sept ans, même si je les pensais plus jeunes au début. Et pourtant, ils doivent agir comme des grands : Nora dont le père est malade et qui doit faire tous les papiers : le gaz, l'électricité, l'eau, et également . Les jeunes des cités sont forcés de grandir plus vite, au contact des coups de poing, de la vie difficile, des plus âgés qui ne sont pas forcément de bons modèles. Mais il y a aussi les amis qui les épaulent, le grand frère de la jeune fille aux cheveux noirs, avec qui elle s'entend tellement bien. Hein et Neken, qui plaisantent et qui rient avec bonne humeur et humour...
Pour en revenir à la trame du roman, au résumé que l'on trouve sur la quatrième de couverture, même si le résumé parle surtout de la battle de rap, je ne pense pas que ce soit le point central du livre : en fait, on observe Slam, Nora, Aswad et les autres personnages au quotidien, sans artifices ; tout n'est pas facile, comme pour Nora qui a parfois du mal en français, et qui doit, à quatorze ans déjà, subir le regard d'hommes, jusqu'à ce que son frère se fasse brutaliser en la défendant. Slam qui ne parle jamais et qui a pourtant le courage d'écrire une lettre à la jeune fille, Aswad qui n'est pas très innocent et qui se la joue poseur... 
Je conseille de lire ce livre à partir de quatorze, quinze ans, pour un passage en particulier ; le roman est néanmoins très poétique, très réel. L'amour y est abordé d'une façon plus belle et authentique, pas de petits coeurs roses, mais des mots et des pensées qui effleurent, très légères, qui traversent les immeubles gris sale et les ascenseurs qui ne répondent jamais, ni le pair ni l'impair. Bref, un genre que je ne connaissais pas mais que j'aime bien.


Sur la tête de l'amour, Boris Lanneau, Editions Sarbacane, 264 pages, 14 euros 90.
Face à face, ils ne savent plus comment s'y prendre tous les deux. Dans les bras ! pense Neken en les regardant commencer malgré eux à s'aimer. Le BON COIN d'un coup est devenu une île qui n'est pas sur la carte, sans traces de pas sur la plage, la Terre s'est arrêtée de tourner, même mieux : elle a chaviré, les tours ont la tête en bas, il y a du sable en Antarctique et de la glace en Afrique !

1 commentaire:

  1. Je ne connaissais pas du tout mais tu m'as donné envie de le lire Merci pour la découverte. ;)

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